LE PRINCE MIIAOU : WHERE IS THE QUEEN ?

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3 avril 2014. 18h00. Nantes. Par mail. « Merci d’avoir fillĂ© les blanks », lis-je, soulagĂ©, au bout d’un long scroll down. Maud-Elisa Mandeau/Le Prince Miiaou vient donc de rĂ©pondre aux questions que je lui avais adressĂ©es pour la sortie de son nouvel album, Where is the Queen. Et vite. J’Ă©tais dehors quand j’ai vu ça tomber (par le biais de sa RP) sur mon smartphone. J’avais hĂąte de lire ça. J’avais l’impression qu’en lisant cela j’aurais des nouvelles des Ă©toiles, de l’au-delĂ , qu’il se passait enfin quelque chose quoi. Je suis rentrĂ© dare dare chez moi. Sur mon tel, le fichier ne s’affichait pas.

« Merci d’avoir fillĂ© les blanks », c’est la petite formule clin d’Ɠil – au titre de son deuxiĂšme album, Fill the Blank with Your Own Emptiness – que je lui avais glissĂ©e en toute fin de questionnaire pour la remercier d’avance de s’ĂȘtre prĂȘtĂ©e Ă  l’exercice souvent relou de l’interview par mail. Surtout que lĂ  j’avais particuliĂšrement chargĂ© la mule. Je craignais donc qu’elle soit comme rĂ©duite au silence par un interrogatoire trop dense, poussĂ©, et que je me retrouve comme un con avec du « blanc » entre mes questions. Qu’elle ne veuille pas en dire plus que ce que ses morceaux disent dĂ©jĂ .

Et, sans ĂȘtre bavardes, les chansons du Prince Miiaou en disent long parce qu’elle s’y met Ă  nu. C’est pourquoi on la compare souvent Ă  ses consƓurs anglo-saxones que sont censĂ©es ĂȘtre Cat Power et PJ Harvey. Sans doute pour ça que, s’Ă©chaudant elle-mĂȘme Ă  livrer ses affects, elle prĂ©fĂšre chanter en anglais et Ă©chafauder avec sa gratte et son ordi des murs de sons et d’Ă©motions hĂ©roĂŻques comme savent le faire MogwaĂŻ et Arcade Fire. Elle s’ouvre tellement que pour se protĂ©ger elle nous en balance plein la gueule. C’Ă©tait parfois le dĂ©faut de ses premiers albums : manque de « vide ».

Son nouvel album ouvre de nouvelles perspectives. Si elle ne concĂšde rien sur le terrain de la langue (english !) et qu’elle crache toujours son venin (bitch !), formellement Maud-Elisa s’affranchi et tord le cou Ă  son pĂ©chĂ© originel. Fini le grand dĂ©ballage 90’s, tout est plus ciselĂ©. Des angles accointants avec les univers inattendus de These New Puritans et de Mansfield Tya apparaissent alors, fuyants, jouant avec l’ombre et la lumiĂšre. C’est plus mystĂ©rieux, Ă©vocateur. Mais au fond c’est la mĂȘme tartine de merde : « Despite of my (r)age I’m still just a rat in a cage » comme dirait Corgan.

A bientĂŽt 30 ans, elle a beau s’ĂȘtre retranchĂ©e dans une vie de couple Ă  la campagne avec son batteur et parler d’avantage des autres dans Where is the Queen ? elle en revient toujours Ă  elle, Ă  ce combat intĂ©rieur, ce noyau dur, cette menace d’effondrement qui fait voir la fin de l’amour alors qu’on le vit (« Beloved Knife »), oublier Ă  quoi ressemble notre cul alors que c’est le kif (« Country Bliss ») et donne envie de se foutre des beignes tellement on fait parfois nimp’, c’est le bordel. (« Alaska »). Elle est comme ça Maud-Elisa, dĂ©estructrice, « Prince Maud-E ». SincĂšrement dure avec elle.

Un jour PJ Harvey a dit qu’elle n’aimait pas son corps. J’ai pensé : « Donne ! ». Et c’est ce qu’elle fait en quelque sorte. Elle se donne. Et je crois que c’est pour ça que Le Prince Miiaou lui est comparĂ©e. Plus pour le cĂŽtĂ© cathartique, « Je me livre au mal » que pour le cĂŽtĂ© « Je suis une nana Ă  guitare ». N’ai-je pas d’ailleurs un jour entendu quelqu’un me dire : « Elle, on dit qu’elle couche » ? Et c’est aussi/surtout pour ça qu’on l’aime Maud-Elisa/LPM, parce qu’elle ne s’aime pas, parce qu’elle se (mal)donne. Pour ça que moi je l’ai dans le viseur. Ce cĂŽtĂ© « Rape Me ». La biche et la bitch.

Son attachĂ©e de presse m’avait dit qu’elle pouvait ĂȘtre « loquace par Ă©crit » mais mettre « parfois un peu de temps Ă  rĂ©pondre ». L’attachĂ©e de presse Ă©tait en vacances, l’artiste en pleine tournĂ©e. C’Ă©tait pas gagnĂ© mais par un petit miracle du jour au lendemain je recevais tout clĂ© en main. Maud-Elisa avaient fait sienne mes questions. Tellement que j’avais l’impression qu’on venait d’Ă©crire un texte « à quatre mains » comme il m’arrive de le croire quand l’Ă©change a vraiment lieu et qu’il vient combler illusoirement – pour un temps – cet espace en nous et entre nous. HeroĂŻnterview.  

« Oui, je suis un peu frustrĂ©e… »

 

  © Emmanuelle Brisson

Bonjour Maud-Élisa. C’est bizarre : de t’avoir vu y’a quelques jours en concert Ă  Nantes ça m’a donnĂ© envie de rĂ©Ă©couter ton dernier disque et du coup je suis vraiment tombĂ© dedans alors qu’avant, aprĂšs 2-3 Ă©coutes, je le trouvais encore trop chargĂ© et inĂ©gal. Ça t’est dĂ©jĂ  arrivĂ© une telle expĂ©rience ?

Pas vraiment ! Je ne vais quasiment jamais voir de concerts, du coup je suis rarement ramenĂ©e Ă  un disque par le biais d’un concert. En revanche, ça arrive souvent que des gens qui n’accrochent pas trop sur mes disques apprĂ©cient les concerts du Prince Miiaou (smiley).

En fait, j’ai l’impression que cet album est trĂšs construit, plus que ses prĂ©dĂ©cesseurs mĂȘme, qu’il a un dĂ©but (« Happy Song for Empty People »), un milieu (« AliĂ©nore ») et une fin (« Suddenly »). Comment c’est venue cette construction, un peu au hasard, sur le tard ?

C’est curieux, car il a Ă©tĂ© fait comme les autres, c’est-Ă -dire sans concept, sans logique. Je cumule des morceaux qui ont un lien parce qu’ils sont faits par la mĂȘme personne, mais c’est Ă  peu prĂšs tout. Dans mon cas le tracklisting arrive toujours au dernier moment, celui du mastering. J’avais depuis longtemps l’idĂ©e de mettre « Happy Song… » en premier (de part l’ouverture « grandiloquente » limite second degrĂ© des cuivres). En revanche pour le reste c’est assez naturel. Il faut trouver un rythme dans le dĂ©roulĂ© d’un disque, alterner des choses calmes et d’autres plus rythmĂ©es ou plus agressives, faire une pause dans la densitĂ©. Dans l’album « AliĂ©nore » a par exemple le rĂŽle d’intermĂšde et « Suddenly », par pur hasard, celui de conclusion aussi bien dans les paroles que dans sa construction, c’est pour ça qu’on l’a mis Ă  la fin. Dans le cas de cet album, on n’a pas hĂ©sitĂ© trĂšs longtemps sur l’enchaĂźnement des morceaux car pour un bon dĂ©roulĂ© il n’y avait pas 50 solutions.

Cet album est mĂȘme, je crois, ton premier Ă  ne compter que 11 morceaux pour moins de 40 minutes de musique, ce qui fait qu’on peut l’Ă©couter en boucle. C’Ă©tait volontaire de faire court ? Ta vision de l’album a changĂ© ? Et est-ce que ça a Ă©tĂ© une souffrance de couper ?

Depuis deux disques dĂ©jĂ  je me dis : « Je fais un album court ». Sur Safety First tout comme sur Fill The Blank With Your Own Emptiness j’ai toujours mis LE morceau de trop, voire deux morceaux de trop. Ces morceaux (qui ne sont jamais les mĂȘmes selon les avis, ce qui rend le choix difficile !) peuvent Ă©touffer un disque, lui faire perdre de sa cohĂ©rence et de sa tenue mais Ă  chaque fois je n’arrivais pas Ă  me dĂ©cider et du coup je gardais tout. Pour Where is the Queen, je m’y suis tenue ! Je me rappelle que pour me dĂ©cider je suis allĂ©e regarder les durĂ©es d’albums de pleins d’autres artistes que j’aime et tous faisaient moins de 40 minutes, ce qui m’a rassurĂ© sur le fait que j’avais le droit de le faire (je ne sais pas si c’est une bonne logique !)

A propos de douleur, aprĂšs une intro cuivrĂ©e majestueuse et baroque qui m’a Ă©voquĂ© certains climats d’Hidden de These New Puritans, l’album s’ouvre donc sur « Happy Song for Empty People » et lĂ , Ă  tous les niveaux ça dĂ©gaine, le riff est imparable, il a la carrure d’un hit et l’ensemble du morceau semble avoir valeur de manifeste. C’est quoi ? Une rĂ©action au morceau de Pharrell Williams qui enterre le credo du rock indĂ©, « happy being sad », sous-entendu la tristesse est la vĂ©ritĂ©, en proclamant profondĂ©ment l’inverse : « Happiness is the truth » ?

Non, ce n’est pas une rĂ©action au morceau de Pharrell Williams ! Ă  l’Ă©poque « Happy » n’existait pas encore (je le sais, je sortais juste l’Ă©pouvantail « Happy » pour gĂ©nĂ©rer une forte rĂ©action – nda). « Happy Song for Empty People » est un morceau que j’ai composĂ© aprĂšs un rendez-vous dans une maison de disque. L’attitude et le discours sur la musique de mon interlocuteur m’a rendu triste mais m’a surtout vraiment mise en colĂšre, d’oĂč le fait que la couleur de ce morceau soit rock et que la batterie « tabasse ». Le titre du morceau est ironique, j’avais la sensation que c’est ça que me demandait ce directeur de maison de disque : « Faire des chansons joyeuses pour des gens vides », comme si les gens Ă©taient dĂ©biles. J’ai conscience que ma musique et que les musiques dans ce genre ne sont pas pour tout le monde, certains me disent mĂȘme que bien que ce que je fais leur plaĂźt et qu’ils trouvent ça qualitatif, ils ne pourraient pas l’Ă©couter chez eux car c’est trop « prise de tĂȘte ». Je dois constamment me battre contre la tentation de faire des morceaux plus lĂ©gers et plus joyeux pour plaire, contre la tentation de faire des compromis pour que mon projet marche plus. J’ai toujours voulu faire et vivre de ma musique et non pas de la musique au sens oĂč je ne veux pas vivre de n’importe quelle musique. En tant qu’auditrice j’Ă©coute surtout des choses barrĂ©es et mĂ©lancoliques et, toujours en tant qu’auditrice, je suis vraiment reconnaissante que des artistes comme Radiohead, James Blake ou Portishead n’aient jamais succombĂ© Ă  la tentation de faire de la musique lĂ©gĂšre. J’ai vraiment besoin de ce genre de musique plus absconse. Absconse, ma musique l’est aussi et parfois ça me dĂ©courage de la dĂ©fendre et d’accepter que c’est une musique de niche et que je ne remplirai probablement jamais de grandes salles (je ne parle pas de ZĂ©nith !), du coup dans ces moments-lĂ  je suis tentĂ©e de faire des choses qui plairaient Ă  un public plus large. Je ne suis pas contre l’idĂ©e de faire des morceaux plus lĂ©gers, lĂ©ger ne veut pas dire mauvais et si un morceau lĂ©ger me vient je ne lutte pas. Je veux juste faire les choses pour les bonnes raisons et j’aime Ă  penser que si un jour je fais de la musique lĂ©gĂšre et joyeuse ce sera parce que ce c’est ce que j’ai envie de faire, pas pour vendre plus ou pour rĂ©pondre Ă  des exigences de maisons de disques.

Le riff de « Happy Song for Empty People » me produit un sentiment de dĂ©jĂ  entendu. AprĂšs avoir longtemps cherchĂ© pourquoi j’ai enfin trouvĂ© et rĂ©alisĂ© qu’il me renvoyait Ă  un morceau de Texas, « Beliefs », sur leur album Mother’s Heaven. Connais-tu ? Es-tu du genre Ă  Ă©couter un groupe comme Texas ? 

Non je ne connais pas ce morceau… ! Je n’ai jamais Ă©coutĂ© Texas, je ne connais que leur tube « Black Eyed Boy ».

Le Prince Miiaou performing in Paris © Mauro Melis

A l’occasion de ton concert Ă  Stereolux, comme tu l’as prĂ©sentĂ© avant de l’interprĂ©ter, j’ai appris que « Bro » Ă©tait un morceau pour ton frĂšre et que celui-ci Ă©tait ton ingĂ©-son en studio comme sur scĂšne. Pourquoi lui avoir consacrĂ© une chanson ?

Parce que je suis souvent mĂ©chante avec lui ! Et que c’Ă©tait un moyen pudique de lui dire que bien qu’il m’énerve comme un frĂšre peut Ă©nerver sa sƓur et inversement, je m’en veux quand je lui fait du mal. C’est pas toujours simple de travailler avec un frĂšre ou une sƓur, surtout dans un domaine passionnel comme la musique ou bien lors des concerts qui sont des moments de stress et de pression. Il me cite souvent la chanson d’Anthony and the Johnsons « You Are My Sister » pour me dire qu’il m’aime. On va donc dire que c’est ma rĂ©ponse en musique.

Chez vous, la musique est une histoire de famille ? C’est comme ça que vous ĂȘtes tombĂ©s tous les deux dedans, via vos parents, ou c’est plutĂŽt pour Ă©chapper Ă  l’environnement familial ?

Oui, c’est une histoire de famille pour mon frĂšre et moi, mais pas du tout pour mes parents qui ne sont pas vraiment mĂ©lomanes bien qu’ils apprĂ©cient la musique et en aient toujours mis Ă  la maison quand nous Ă©tions enfants. Ils nous ont offert l’opportunitĂ© de prendre des courts d’instruments, une activitĂ© extra-scolaire comme une autre. Je n’ai pas tenu trĂšs longtemps mais mon frĂšre a Ă©tĂ© plus rĂ©ceptif et il a continuĂ© la musique aprĂšs avoir arrĂȘtĂ© les leçons de solfĂšge. Moi je m’y suis surtout mise pour traĂźner avec lui et ses copains, et puis au bout de 6 mois, comme une drogue, c’Ă©tait devenu une passion avec tout ce que ça peut avoir de tumultueux…

Comment tes parents voient-ils ce que tu fais ? Leur regard est-il important pour toi ?

Ma mĂšre n’Ă©tait pas trĂšs rassurĂ©e Ă  l’idĂ©e que l’on veuille en faire notre mĂ©tier, et comme mon frĂšre avait arrĂȘtĂ© ses Ă©tudes d’anglais pour devenir ingĂ©nieur du son, derriĂšre ça n’a pas Ă©tĂ© Ă©vident pour moi de leur vendre le fait que je ferais de la musique, du coup on avait un deal, je devais aller au bout de mon Bac +5. J’ai eu de la chance car le milieu professionnel, notamment Bernard Lenoir et Les Inrocks, s’est « intĂ©ressé » rapidement Ă  mon projet, du coup je me suis lancĂ©e dans cette voie et je n’ai jamais eu Ă  chercher un autre travail. Le jour oĂč Bernard Lenoir m’a diffusĂ© dans son Ă©mission sur France Inter (institution pour mes parents) ma mĂšre a commencĂ© Ă  y croire ! Mon pĂšre, quant Ă  lui, m’a toujours dit : « Si tu travailles, comme dans n’importe quel domaine, il n’y a pas de raison que tu n’y arrive pas ». Ce qui est important pour moi ce n’est pas tellement qu’ils apprĂ©cient ce que je fais mais surtout qu’ils m’encouragent (ce qu’ils font Ă©normĂ©ment) et ne s’inquiĂštent pas trop pour moi.

Sujet peut-ĂȘtre tabou mais je tente : comment ça se passe financiĂšrement pour toi ? Quand tu sors un disque et que tu pars en tournĂ©e, combien ça te rapporte ? T’arrives Ă  savoir combien ça te fait rapportĂ© au mois ? J’imagine que tu n’as pas vendu plus de 10 000 exemplaires de chacun de tes albums. Je me trompe ? La synchro pub de « Turn Me Off » dans le spot tĂ©lĂ© pour la banque ING Direct ça avait mis du beurre dans les Ă©pinards ?

Haha, la premiĂšre chose que m’a appris mon manager qui avait affaire Ă  une fille trĂšs honnĂȘte et un peu naĂŻve : « Ne dis jamais combien tu gagnes ! » Je dirai simplement que mes parents ne s’inquiĂštent pas trop pour moi pour le moment (smiley).

Dans « AliĂ©nore » qui est au centre de l’album, ce qui ne semble pas anodin, on entend ce qui semble ĂȘtre la voix de ta grand mĂšre laissant un message sur ton rĂ©pondeur. Pourquoi un tel morceau ? A-t-il Ă©tĂ© en quelque sorte inspirĂ© par ce qu’avait fait Christophe sur le morceau « It Must Be a Sign » qui figure sur son dernier album Aimer ce que nous sommes ? Écouterais-tu un type comme Christophe ou juste ta grand-mĂšre ? Il n’y a pas de raison Ă  un tel morceau ! Il n’y a jamais de raison pour un morceau. Je connais peu le travail de Christophe, peut-ĂȘtre que je devrais m’y pencher davantage. « AliĂ©nore » est un morceau que j’ai fait en plusieurs temps : j’avais toute l’intro guitare basse rĂ©verbĂ©rĂ©es depuis 2012 quand j’ai commencĂ© Ă  me remettre Ă  composer et puis j’ai essayĂ© de le dĂ©velopper pendant longtemps, sans y parvenir. Je l’ai laissĂ© tombĂ© et j’ai rĂ©ussi Ă  le terminer quand j’ai eu l’idĂ©e de mettre ce message vocal laissĂ© par ma grand-mĂšre. Tout s’est emboĂźtĂ© aprĂšs. Il a plutĂŽt Ă©tĂ© inspirĂ© par Talk Talk, notamment leur album Spirit of Eden.

Suis-tu la scĂšne « chanson française » ? A l’Ă©poque de Safety First, tu as fait des premiĂšres parties de Benjamin Biolay. Est-il fan de toi ? Es-tu fan de lui ?

Je n’ai jamais trop su comment et pourquoi on s’Ă©tait retrouvĂ© Ă  faire ses premiĂšres parties au Casino de Paris… On m’a dit qu’il aimait ce que je faisais et que c’Ă©tait son choix… Mais je ne sais pas si il est fan de ce que je fais, j’ai eu beau le croiser plusieurs fois, finalement on n’a jamais vraiment parlĂ© de nos musiques respectives. J’aime certaines choses de lui, certains morceaux, certains textes, mais je connais finalement assez peu… Je connais mal la scĂšne française semble-t-il !

L’irruption de la voix de ta grand-mĂšre marque, si je ne m’abuse, l’unique intervention en français du disque. Sur les deux albums prĂ©cĂ©dents, il y avait toujours quelques titres en français. Je pense Ă  « HawaĂŻ Tree », « No Compassion Available », « American Extract », « Blabla » sur Safety First, « J’ai Deux Yeux » sur Fill The Blank… J’aimais beaucoup. Ça ne te manque pas d’Ă©crire en français, cette poĂ©sie lĂ , ce dire-lĂ , toi qui dis sur Wikipedia (oui, je te suspecte de l’avoir Ă©crit toi-mĂȘme, j’y reconnais ton style) que tu chantes « principalement en anglais, le français Ă©tant rĂ©servĂ© pour parler » ?

L’article de Wikipedia n’a pas Ă©tĂ© Ă©crit par moi, en revanche il reprend des phrases tirĂ©es de mes bios qui pour le coup, elles, sont de moi ! Disons que pour moi l’Ă©criture en français vient ou ne vient pas. Pour ce disque j’ai fait un titre en français, chantĂ©, qui s’appelait d’ailleurs « Where is the Queen ? » mais il n’Ă©tait pas assez abouti pour que je le mette. Non, le français ne me manque pas, je crois que c’est une obsession de français de vouloir absolument que les artistes chantent dans leur langue d’origine. Je n’aime pas trop les contraintes et j’ai parfois l’impression que, comme une adolescente, plus on me dira que je dois ou devrais chanter en français et moins je le ferai ! La pudeur y est Ă©galement pour beaucoup, c’est plus simple pour moi de raconter des choses en anglais, de mettre une distance entre les mots et moi et entre mes mots et le public. Mais peut-ĂȘtre que ça reviendra…

Doit-on s’attendre Ă  dĂ©couvrir prochainement le morceau inabouti « Where is the Queen ? » en face B ou en tĂ©lĂ©chargement sur ton site ?

Non ! Je le rĂ©Ă©coute parfois mais j’ai dĂ©jĂ  passĂ© tellement de temps dessus sans parvenir Ă  l’achever… Ce morceau comme bien d’autres restera au stade de dĂ©mo je pense.

4. LPM visage triste

Cet éloignement du français, serait-il aussi lié à ton envie de toucher le public anglo-saxon et de fuir la chanson française pour faire vraiment « rock indé » ?

Non, je ne pense pas du tout que le fait de chanter en anglais permette de toucher davantage les anglo-saxons. François and the Atlas Mountains est le parfait exemple de projet en français signĂ© sur un label anglais et qui rĂ©sonne en Angleterre. Chanter en anglais alors qu’on est français, si c’Ă©tait un calcul de ma part, ce serait le plus mauvais des calculs ! Car les français (radio, mĂ©dias, public confondus) boudent les artistes français qui chantent en anglais et les anglo-saxons ont un tel vivier dans leur propre pays qu’il est difficile de se dĂ©marquer outre-Manche et outre-Atlantique… Si j’Ă©tais anglo-saxonne ça pourrait Ă©ventuellement mieux se passer pour moi en France. Ça me sidĂšre, mais combien de fois des professionnels du milieu musical m’ont dit : « Ah, si seulement tu Ă©tais anglaise ou amĂ©ricaine… ce serait tellement plus simple. » MoralitĂ©, si c’est une chance incroyable d’ĂȘtre musicienne en France du fait de notre systĂšme d’intermittence et de la qualitĂ© du rĂ©seau des salles de concerts tant au niveau technique qu’au niveau de l’accueil, la mentalitĂ© chauvine et le « protectionnisme culturel » pourraient me donner envie de fuir Ă  l’Ă©tranger. Je comprends l’intĂ©rĂȘt de protĂ©ger notre patrimoine et la langue française pour lutter contre une uniformisation du monde, en revanche j’ai plus de mal Ă  comprendre que certaines radios ou journaux fassent des focus sur des artistes Ă©mergents anglo-saxons et inondent leur pages et ondes de projets anglo-saxons au dĂ©triment de projets français sous prĂ©texte que ces derniers chantent en anglais (sauf si ces choix se basent sur des critĂšres artistiques et qualitatifs bien Ă©videmment).

A propos de rock indĂ©, j’ouvre une parenthĂšse (je ne fais que ça en fait) : j’ai appris que tu as consacrĂ© ton mĂ©moire de DESS en politique culturelle Ă  la question du « post-rock ». Que raconte-t-il et que t’a-t-il apportĂ© ?

Il se raconte sur 100 pages et ça fait plus de 8 ans que je ne l’ai pas lu ! Mais globalement, ça raconte que d’aprĂšs mes recherches et enquĂȘtes (c’Ă©tait pas une thĂšse de doctorat non plus hein !) le post rock n’est pas un style musical dĂ©finissable d’un point de vue musicologique mais bien plus d’un point de vue sociologique, c’est-Ă -dire que ce qui fait le style post rock c’est davantage le profil sociologique (schĂšmes de pensĂ©es et habitus, pour sortir le jargon de Bourdieu) des gens qui le font oĂč l’Ă©coutent que des critĂšres musicaux. Pour le dire plus simplement, les disques Ă©tiquetĂ©s « post rock » se ressemblent beaucoup moins que leurs crĂ©ateurs ou auditeurs. Ce mĂ©moire m’a apportĂ© une mention et c’est aprĂšs avoir interviewĂ© Yann Tambour sur son projet Encre pour mon mĂ©moire que j’ai quittĂ© le groupe post rock dans lequel j’Ă©tais pour commencer mon propre projet Le Prince Miiaou (smiley).

En quoi cette interview de Yann Tambour dans le cadre de ton mĂ©moire t’a-t-elle donnĂ© envie de faire ton propre projet musical ? Et pourquoi avais-tu dĂ©cidĂ© de l’interviewer lui (bon, j’imagine que l’Ă©trangetĂ© fascinante de son premier album a jouĂ©…) ?

Ce n’est pas tellement l’entretien qu’on a fait ensemble qui m’a donnĂ© envie de commencer mon projet, c’est sa musique. Je ne la connaissais pas avant de faire mon mĂ©moire. On m’a dirigĂ© vers lui car sa musique Ă©tait classĂ©e en post-rock. Pour « étudier » son profil dans le cadre de mon mĂ©moire j’ai vraiment dĂ» me plonger dans sa musique (je serais surement passĂ©e Ă  cĂŽtĂ© sans le mĂ©moire) et au fil des Ă©coutes j’a trouvĂ© ce qu’il faisait vraiment fascinant et ça m’a donnĂ© envie de faire comme lui. « FrĂ©nĂ©sies Horizontales », le premier morceau que j’ai fait, je l’ai vraiment fait avec l’idĂ©e de faire la mĂȘme chose que ce qu’il avait fait sur son morceau intitulĂ© « Marbre ». Je ne cherchais pas Ă  l’Ă©poque Ă  ĂȘtre originale ou Ă  faire quelque chose qu’on n’aurait jamais entendu, je n’avais mĂȘme pas encore l’idĂ©e de faire un projet qui tiendrait la route, je ne voulais pas sortir un disque ou je ne sais quoi, je voulais juste faire un morceau comme le sien. Et puis de fil en aiguille, j’ai fait plusieurs morceaux et puis on m’a donnĂ© l’opportunitĂ© de les enregistrer alors je me suis dit : « Pourquoi pas ? ».

Qu’en est-il au juste de l’exportation de ta musique ? N’est-ce pas dur de sortir des frontiĂšres quand, comme toi, on auto-produit ses disques ? Des majors t’ont-elles dĂ©jĂ  fait les yeux doux ? Y’en a-t-il une pour laquelle tu dirai banco ?

On commence tout juste Ă  travailler l’export, il est donc trop tĂŽt pour parler des rĂ©sultats. Je n’ai pas trop connaissance d’un Ă©ventuel public Ă  l’Ă©tranger car je ne me suis jamais vraiment posĂ© la question du nombre de gens que ça reprĂ©sente et de leurs provenances. Je vois sur les ventes digitales que ça se vend un peu partout dans le monde mais ça reste anecdotique ! AprĂšs je crois que ce serait pareil que je sois auto-produite ou signĂ©e. Travailler l’export c’est un travail Ă©norme qui demande beaucoup d’Ă©nergie et de moyens. Il y a dĂ©jĂ  Ă©normĂ©ment de travail pour dĂ©velopper un projet tel que Le Prince Miiaou en France, du coup on s’y met doucement, territoire par territoire. J’ai l’impression de jouer Ă  RISK ! Et non, aucune major ne m’a fait les yeux doux !!! Si cette major me laisse faire tout ce que je veux, ne cherche pas Ă  changer ma musique ou mon image et me donne les moyens de faire les choses alors oui, je dirais banco mais je ne crois pas qu’une telle major existe…

Si, comme je l’imagine, tu te sens un peu Ă  l’Ă©troit ici, frustrĂ©e de ne peut-ĂȘtre pas pouvoir ĂȘtre plus « reine » de la chose rock indĂ© que tu ne l’es lĂ , te verrais-tu, je ne sais pas, partir Ă  Los Angeles comme Antony Gonzales de M83 ?

Oui, comme je le disais, parfois je me dis que je ferais mieux d’aller vivre Ă  Brooklyn. Je pense souvent Ă  Camille Berthomier, la chanteuse de Savages, qui se fait appeler Jehnny Beth et vit Ă  Londres depuis des annĂ©es. Je crois qu’elle et son compagnon, qui formaient John & Jehn pour qui j’Ă©tais guitariste Ă  une Ă©poque, ont compris les choses beaucoup plus tĂŽt que moi et ont rĂ©ussi Ă  esquiver pas mal de chose en brouillant les pistes. Oui, je suis un peu frustrĂ©e parce que je ne comprends pas : la plupart des mĂ©dias qui parlent du Prince Miiaou me comparent Ă  PJ Harvey ou disent que je n’ai rien Ă  envier Ă  Anna Calvi. Pour ma part, je n’aurai jamais la prĂ©tention de me comparer Ă  elles et sans ce discours des mĂ©dias sur ma musique je ne me dirais pas que je mĂ©rite quoique ce soit. Ce n’est pas de la fausse modestie, c’est juste que je suis incapable de juger ma musique et objectivement je ne sais pas ce que je mĂ©rite ou non et puis ce n’est pas une compĂšt’. Mais quand je sors un disque je constate que de nombreux mĂ©dias en parlent, ce qui me donne a priori une certaine lĂ©gitimitĂ© Ă  faire ce que je fais. J’ai un beau succĂšs d’estime, une belle reconnaissance donc ce qui me frustre c’est qu’une fois « hissĂ©e » Ă  cette place de « reine du rock » ou de « PJ Harvey française » selon leurs propos, le projet Le Prince Miiaou semble malgrĂ© tout rester en marge de certaines scĂšnes et de certains Ă©vĂ©nements dans lesquels on pourrait penser qu’il aurait sa place… AprĂšs, concrĂštement, je suis dĂ©jĂ  trĂšs contente de ce qui se passe pour mon projet et mĂȘme si ça prend du temps, il y a de plus en plus de monde quand on joue en concert, c’est trĂšs encourageant.

Tiens, M83, est-ce quelque chose que tu Ă©coutes ? J’ai parfois pensĂ© Ă  lui en Ă©coutant Where is the Queen, dans votre amour partagĂ© d’un groupe comme MogwaĂŻ bien sĂ»r (tiens, ne devrait-on pas l’illusion tremaĂŻque du double « i » du Prince Miiaou Ă  MogwaĂŻ ?) et dans ce dĂ©sir d’avoir un son trĂšs travaillĂ©, pointu, Ă©pique. Cette ambition n’est-elle pas un frein pour pouvoir prendre du plaisir Ă  jouer sur scĂšne ?

Oui, j’aime beaucoup M83 surtout son album Before The Dawn Heals Us. Concernant le live, c’Ă©tait trĂšs contraignant avant, mais bizarrement ce disque a Ă©tĂ© beaucoup plus facile Ă  reproduire sur scĂšne du fait, par exemple, qu’on utilise le mĂȘme synthĂ© sur scĂšne que celui que j’ai utilisĂ© pour composer, du coup sur scĂšne ce sont les sons du disques. Et puis on a des pĂ©dales qui nous permettent de reproduire les pitchs (modifications de vitesse d’un son – nda) tant sur les guitares que sur ma voix. Certains sons de batterie bidouillĂ©e (sur « Bro », « Hulrik ») ont Ă©tĂ© samplĂ©s et du coup sont jouĂ©s sur le SPD-S (pad pour jouer et sampler des rythmes – nda). La batterie est Ă©galement triggĂ©e (c’est-Ă -dire qu’elle comporte des micro qui remplacent ses sont naturels par d’autres sons, en gĂ©nĂ©ral plus propres et plus synthĂ©tiques – nda) ce qui permet d’ĂȘtre proche des sons qu’on a sur « JFK », par exemple. Ça pourrait ĂȘtre un frein si je n’avais pas pu m’Ă©quiper correctement pour la scĂšne, mais le matĂ©riel qu’on a nous permet au contraire de nous libĂ©rer et donc de s’amuser beaucoup plus qu’avant.

5. Prince Miiaou Fill the Blank

Il y a pas mal de sons assez bizarres sur ce disque, des sons qu’on dirait dĂ©formĂ©s, trafiquĂ©s, électro, aigus, Ă  l’image de ton chant transformé sur « Hulrik ». On dirait que ces sons sont un peu le fil directeur de ce disque. Qu’en penses-tu ? Comment te sont-ils venus ?

Effectivement, je dirais que c’est LE fil conducteur du disque. J’ai changĂ© de logiciel pour composer celui-ci, je suis passĂ©e de Cubase Ă  Ableton Live et dans Ableton live il y a une fonction qui permet de pitcher. Un jour, vers le dĂ©but, alors que j’avais pas mal avancĂ© dans la composition d’un morceau je me suis rendue compte que j’avais tout composĂ© quelques tons trop graves, du coup j’ai essayĂ© cette fonction pitch pour me rendre compte de ce que donnerait le morceau s’il Ă©tait plus aigu et lĂ  j’ai dĂ©couvert cet effet chimique que provoque le fait de pitcher la hauteur tout en conservant la durĂ©e ! Bref, j’ai adorĂ© ce que ça donnait et j’en ai beaucoup jouĂ© du coup par la suite. Quant Ă  ma voix, j’Ă©tais un peu lassĂ©e par mon timbre du coup je l’ai elle aussi pitchĂ©e Ă  la maniĂšre de Fever Ray pour changer un peu.

Tu parles de ta voix sur cet album, de ses changements de timbre. Quand tu chantes avec ta propre voix, elle a des graves qui me rappellent Cat Power / Chan Marshall. Aimes-tu cet artiste ? Un jour je discutais de Lana Del Rey avec un type, qui m’a dit en gros pour la conspuer : « Lanal Del Rey c’est Cat Power sans les chansons ». Qu’en penses-tu ?

Je ne peux pas dire que j’aime Cat Power, je ne suis pas son actualitĂ© ou qui elle est. En revanche j’aime Ă©normĂ©ment son album You Are Free que je trouve proche de la perfection. Mais je n’ai pas vraiment Ă©coutĂ© ce qu’elle a fait avant ou aprĂšs. En tous cas, je ne trouve pas du tout que Lana Del Rey soit une Cat Power les chansons en moins. Pour moi elles n’ont rien Ă  voir, ni dans la dĂ©marche, ni dans leur approche de la musique. Pour moi elles n’ont pas du tout la mĂȘme sensibilitĂ© et ne semblent pas vouloir exprimer la mĂȘme chose (dans les textes, les visuels, les arrangements). Je trouve ça bizarre de toujours ramener les filles qui font de la musique soit Ă  PJ Harvey soit Ă  Cat Power…

Il paraĂźt que tu es allĂ©e chercher l’inspiration Ă  New-York pour ce disque ? Pourquoi ça ? La France suffisait pas ? La « Crystal Haze » ne suffisait pas (car comme je m’en doutais un peu en voyant le titre de ce morceau, c’est une drogue, une variĂ©tĂ© croisĂ©e de cannabis). « JFK » parle de ce sĂ©jour ?

Je suis partie Ă  New-York pour changer d’air et m’Ă©loigner de ma vie et du Prince Miiaou. J’ai composĂ© 4 morceaux lĂ -bas dont « JFK » qui parle du moment oĂč il faut tout quitter. Sinon, je ne savais pas du tout que la « Crystal Haze » Ă©tait une variĂ©tĂ© de cannabis ! Je ne fume pas, je dĂ©teste les psychotropes, je n’aime pas perdre le contrĂŽle.

OĂč habites-tu d’ailleurs ? J’ai lu que tu Ă©tais nĂ©e dans un petit village de 400 habitants du Poitou-Charentes mais tu as bougĂ© Ă  Paris pour les Ă©tudes. Tu y vis toujours ?

Non, je ne vis plus Ă  Paris depuis 5 ans, je vis Ă  Chalais, un village de 1800 habitants dans le Sud de la Charente.

Ça maintenant deux mois que l’album est sorti et quelques semaines que tu es en tournĂ©e avec. Avec le recul, si jamais tu en as, en es-tu satisfaire et es-tu contente des retours que tu as eu ? Qu’est-ce qui change par rapport aux prĂ©cĂ©dents disques ? Notes-tu un changement ?

Il y a eu des hauts et des bas durant ces quelques mois, des dĂ©ceptions, des bonnes nouvelles… Le disque a eu une belle couverture mĂ©diatique pour un projet indĂ© auto-produit, j’ai beaucoup de chance. Comme je le disais plus haut, je constate une nette amĂ©lioration au niveau de la frĂ©quentation des concerts et ça c’est ce qui me fait le plus plaisir car c’est concret ! On a fait 4 ou 5 concerts complets les semaines prĂ©cĂ©dentes, ce n’Ă©tait quasiment jamais arrivĂ© et c’est vraiment le plus important.

Tu en es dĂ©jĂ  Ă  ton 3e album commercialisĂ© (le premier, NĂ©cessitĂ© microscopique, enregistrĂ© en 2007, est-il Ă©coutable ou trouvable quelque part ?). As-tu l’impression d’avoir installĂ© un truc, genre un triptyque, et d’ĂȘtre devenu une « grande » qui mesure le chemin parcouru ? Te vois-tu continuer longtemps Ă  ce rythme ?

(Le premier album n’existe plus et pour le moment il n’est Ă©coutable nulle part.) Si j’avais ce rĂȘve ou cet objectif au moment oĂč je composais ce 4e album, en rĂ©alitĂ© je me suis trĂšs vite rendue compte que ça n’allait pas ĂȘtre aussi simple pour me maintenir au niveau de Fill The Blank, que je repartais presque de zĂ©ro mais sans maison de disque et qu’il faudrait Ă  nouveau batailler pour se faire une place. Ça a Ă©tĂ© difficile un moment, ça m’a dĂ©couragĂ© et donnĂ© (encore une fois !) envie de tout abandonner parce que c’est beaucoup d’investissement et que j’aimerais passer cette marche symbolique qui me permettrait d’ĂȘtre une peu plus « installĂ©e » dans le paysage musical français. Ça va mieux maintenant ! Mais non, je n’ai pas l’impression d’ĂȘtre devenue une grande qui peut mesurer le chemin parcouru ! Quant au fait de continuer longtemps Ă  ce rythme, ça dĂ©pend des jours, un jour sur deux je me dis que c’est mon dernier album, mais je suis quelqu’un de trĂšs pugnace et ça ne m’Ă©tonnerait pas que je me remette au travail aprĂšs la tournĂ©e !

J’imagine que ce qui a changĂ© aujourd’hui c’est qu’on ne te demande plus le pourquoi de ton nom de scĂšne. Ça te chagrine ? C’est pour ça que tu as donnĂ© un nom bien Ă©nigmatique et Ă  rallonge Ă  ton nouvel album (Where is the queen ? – Who is asking ? – I can no tell – She’s gone – Gone where ? – Just gone…) ?

C’est vrai que ce titre Ă  rallonge aurait pu m’Ă©viter la question fatidique de mon nom de scĂšne mais non ! Ça n’a pas suffit Ă  faire diversion. Malheureusement pour moi, on me demande encore beaucoup pourquoi je m’appelle Le Prince Miiaou ! Et les mĂ©dias ne ce sont jamais autant dĂ©chaĂźnĂ©s sur le champ lexical du chat que pour ce disque !

Merci Maud-Elisa. Where was the queen ?

Devant son ordinateur dans son bureau depuis plus de 4h car c’Ă©tait l’interview la plus longue de ma jeune carriĂšre ! (smiley).

© Emmanuelle Brisson

Facebook du Prince Miiaou

Photos 2 et 6 par Emmanuelle Brisson

Photo 3 par Mauro MĂ©lis

 

8 réponses
  1. Eupho
    Eupho dit :

    Superbe interview ! On sent que vous y avez passĂ© du temps. C’est dommage qu’il n’y ai pas l’explication du nom Prince Miiaou, on l’avait jamais entendue ^^

  2. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    Bonjour Nicolas, merci pour ton commentaire !
    Tu n’as vraiment jamais entendu le pourquoi du comment de son nom d’artiste ?
    Il paraĂźt qu’elle a trouvĂ© ça dans un conte indonĂ©sien…

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