LE PRINCE MIIAOU : WHERE IS THE QUEEN ?

LPM_WhereIsTheQueencover  

3 avril 2014. 18h00. Nantes. Par mail. ¬ę¬†Merci d’avoir fill√© les blanks¬†¬Ľ, lis-je, soulag√©, au bout d’un long scroll down. Maud-Elisa Mandeau/Le Prince Miiaou vient donc de r√©pondre aux questions que je lui avais adress√©es pour la sortie de son nouvel album, Where is the Queen. Et vite. J’√©tais dehors quand j’ai vu √ßa tomber (par le biais de sa RP) sur mon smartphone. J’avais h√Ęte de lire √ßa. J’avais l’impression qu’en lisant cela j’aurais des nouvelles des √©toiles, de l’au-del√†, qu’il se passait enfin quelque chose quoi. Je suis rentr√© dare dare chez moi. Sur mon tel, le fichier ne s’affichait pas.

¬ę¬†Merci d’avoir fill√© les blanks¬†¬Ľ, c’est la petite formule clin d‚ÄôŇďil ‚Äď au titre de son deuxi√®me album, Fill the Blank with Your Own Emptiness ‚Äď que je lui avais gliss√©e en toute fin de questionnaire pour la remercier d’avance de s’√™tre pr√™t√©e √† l’exercice souvent relou de l’interview par mail. Surtout que l√† j’avais particuli√®rement charg√© la mule. Je craignais donc qu’elle soit comme r√©duite au silence par un interrogatoire trop dense, pouss√©, et que je me retrouve comme un con avec du ¬ę¬†blanc¬†¬Ľ entre mes questions. Qu’elle ne veuille pas en dire plus que ce que ses morceaux disent d√©j√†.

Et, sans √™tre bavardes, les chansons du Prince Miiaou en disent long parce qu’elle s’y met √† nu. C’est pourquoi on la compare souvent √† ses consŇďurs anglo-saxones¬†que sont cens√©es √™tre Cat Power et PJ Harvey. Sans doute pour √ßa que, s’√©chaudant elle-m√™me √† livrer ses affects, elle pr√©f√®re chanter en anglais et √©chafauder avec sa gratte et son ordi des murs de sons et d’√©motions h√©ro√Įques comme savent le faire Mogwa√Į et Arcade Fire. Elle s’ouvre tellement que pour se prot√©ger elle nous en balance plein la gueule. C’√©tait parfois le d√©faut de ses premiers albums¬†: manque de ¬ę¬†vide¬†¬Ľ.

Son nouvel album ouvre de nouvelles perspectives. Si elle ne conc√®de rien sur le terrain de la langue (english¬†!) et qu’elle crache toujours son venin (bitch¬†!), formellement Maud-Elisa s’affranchi et tord le cou √† son p√©ch√© originel. Fini le grand d√©ballage 90’s, tout est plus cisel√©. Des angles accointants avec les univers inattendus de These New Puritans et de Mansfield Tya apparaissent alors, fuyants, jouant avec l’ombre et la lumi√®re. C’est plus myst√©rieux, √©vocateur. Mais au fond c’est la m√™me tartine de merde¬†: ¬ę¬†Despite of my (r)age I’m still just a rat in a cage¬†¬Ľ comme dirait Corgan.

A bient√īt 30 ans, elle a beau s’√™tre retranch√©e dans une vie de couple √† la campagne avec son batteur et parler d’avantage des autres dans Where is the Queen¬†? elle en revient toujours √† elle, √† ce combat int√©rieur, ce noyau dur, cette menace d’effondrement qui fait voir la fin de l’amour alors qu’on le vit (¬ę¬†Beloved Knife¬†¬Ľ), oublier √† quoi ressemble notre cul alors que c’est le kif (¬ę¬†Country Bliss¬†¬Ľ) et donne envie de se foutre des beignes tellement on fait parfois nimp’, c’est le bordel. (¬ę¬†Alaska¬†¬Ľ). Elle est comme √ßa Maud-Elisa, d√©estructrice, ¬ę¬†Prince Maud-E¬†¬Ľ. Sinc√®rement dure avec elle.

Un jour PJ Harvey a dit qu’elle n’aimait pas son corps. J’ai pens√©¬†: ¬ę¬†Donne¬†! ¬Ľ. Et c’est ce qu’elle fait en quelque sorte. Elle se donne. Et je crois que c’est pour √ßa que Le Prince Miiaou lui est compar√©e. Plus pour le c√īt√© cathartique, ¬ę¬†Je me livre au mal¬†¬Ľ que pour le c√īt√© ¬ę¬†Je suis une nana √† guitare¬†¬Ľ. N’ai-je pas d’ailleurs un jour entendu quelqu’un me dire : ¬ę¬†Elle, on dit qu’elle couche¬†¬Ľ¬†? Et c’est aussi/surtout pour √ßa qu’on l’aime Maud-Elisa/LPM, parce qu’elle ne s’aime pas, parce qu’elle se (mal)donne. Pour √ßa que moi je l’ai dans le viseur. Ce c√īt√© ¬ę¬†Rape Me¬†¬Ľ. La biche et la bitch.

Son attach√©e de presse m’avait dit qu’elle pouvait √™tre ¬ę¬†loquace¬†par √©crit¬†¬Ľ mais mettre ¬ę¬†parfois un peu de temps √† r√©pondre ¬Ľ. L’attach√©e de presse √©tait en vacances, l’artiste en pleine tourn√©e. C’√©tait pas gagn√© mais par un petit miracle du jour au lendemain je recevais tout cl√© en main. Maud-Elisa avaient fait sienne mes questions. Tellement que j’avais l’impression qu’on venait d’√©crire un texte ¬ę¬†√† quatre mains¬†¬Ľ comme il m’arrive de le croire quand l’√©change a vraiment lieu et qu’il vient combler illusoirement ‚Äď pour un temps ‚Äď cet espace en nous et entre nous. Hero√Įnterview. ¬†

¬ę Oui, je suis un peu frustr√©e…¬†¬Ľ

 

  © Emmanuelle Brisson

Bonjour Maud-√Člisa. C’est bizarre¬†: de t’avoir vu y’a quelques jours en concert √† Nantes √ßa m’a donn√© envie de r√©√©couter ton dernier disque et du coup je suis vraiment tomb√© dedans alors qu’avant, apr√®s 2-3 √©coutes, je le trouvais encore trop charg√© et in√©gal. √áa t’est d√©j√† arriv√© une telle exp√©rience ?

Pas vraiment¬†! Je ne vais quasiment jamais voir de concerts, du coup je suis rarement ramen√©e √† un disque par le biais d’un concert. En revanche, √ßa arrive souvent que des gens qui n’accrochent pas trop sur mes disques appr√©cient les concerts du Prince Miiaou (smiley).

En fait, j’ai l’impression que cet album est tr√®s construit, plus que ses pr√©d√©cesseurs m√™me, qu’il a un d√©but (¬ę Happy Song for Empty People ¬Ľ), un milieu (¬ę Ali√©nore ¬Ľ) et une fin (¬ę Suddenly ¬Ľ). Comment c’est venue cette construction, un peu au hasard, sur le tard ?

C’est curieux, car il a √©t√© fait comme les autres, c’est-√†-dire sans concept, sans logique. Je cumule des morceaux qui ont un lien parce qu’ils sont faits par la m√™me personne, mais c’est √† peu pr√®s tout.¬†Dans mon cas le tracklisting arrive toujours au dernier moment, celui du mastering. J’avais depuis longtemps l’id√©e de mettre ¬ę¬†Happy Song…¬†¬Ľ en premier (de part l’ouverture ¬ę¬†grandiloquente¬†¬Ľ limite second degr√© des cuivres). En revanche pour le reste c’est assez naturel. Il faut trouver un rythme dans le d√©roul√© d’un disque, alterner des choses calmes et d’autres plus rythm√©es ou plus agressives, faire une pause dans la densit√©. Dans l’album ¬ę¬†Ali√©nore¬†¬Ľ a par exemple le r√īle d’interm√®de et ¬ę¬†Suddenly¬†¬Ľ, par pur hasard, celui de conclusion aussi bien dans les paroles que dans sa construction, c’est pour √ßa qu’on l’a mis √† la fin. Dans le cas de cet album, on n’a pas h√©sit√© tr√®s longtemps sur l’encha√ģnement des morceaux car pour un bon d√©roul√© il n’y avait pas 50 solutions.

Cet album est m√™me, je crois, ton premier √† ne compter que 11 morceaux pour moins de 40 minutes de musique, ce qui fait qu’on peut l’√©couter en boucle. C’√©tait volontaire de faire court ? Ta vision de l’album a chang√© ? Et est-ce que √ßa a √©t√© une souffrance de couper ?

Depuis deux disques d√©j√† je me dis¬†: ¬ę¬†Je fais un album court¬†¬Ľ. Sur Safety First tout comme sur Fill The Blank With Your Own Emptiness j’ai toujours mis LE morceau de trop, voire deux morceaux de trop. Ces morceaux (qui ne sont jamais les m√™mes selon les avis, ce qui rend le choix difficile !) peuvent √©touffer un disque, lui faire perdre de sa coh√©rence et de sa tenue mais √† chaque fois je n’arrivais pas √† me d√©cider et du coup je gardais tout. Pour Where is the Queen, je m’y suis tenue¬†! Je me rappelle que pour me d√©cider je suis all√©e regarder les dur√©es d’albums de pleins d’autres artistes que j’aime et tous faisaient moins de 40 minutes, ce qui m’a rassur√© sur le fait que j’avais le droit de le faire (je ne sais pas si c’est une bonne logique !)

A propos de douleur, apr√®s une intro cuivr√©e majestueuse et baroque qui m’a √©voqu√© certains climats d’Hidden de These New Puritans, l’album s’ouvre donc sur ¬ę Happy Song for Empty People ¬Ľ et l√†, √† tous les niveaux √ßa d√©gaine, le riff est imparable, il a la carrure d’un hit et l’ensemble du morceau semble avoir valeur de manifeste. C’est quoi¬†? Une r√©action au morceau de Pharrell Williams qui enterre le credo du rock ind√©, ¬ę happy being sad ¬Ľ, sous-entendu la tristesse est la v√©rit√©, en proclamant profond√©ment l’inverse¬†: ¬ę Happiness is the truth ¬Ľ ?

Non, ce n’est pas une r√©action au morceau de Pharrell Williams¬†! √† l’√©poque ¬ę¬†Happy¬†¬Ľ n’existait pas encore (je le sais, je sortais juste l’√©pouvantail “Happy” pour g√©n√©rer une forte r√©action¬†‚Ästnda).¬†¬ę¬†Happy Song for Empty People¬†¬Ľ est un morceau que j’ai compos√© apr√®s un rendez-vous dans une maison de disque. L’attitude et le discours sur la musique de mon interlocuteur m’a rendu triste mais m’a surtout vraiment mise en col√®re, d’o√Ļ le fait que la couleur de ce morceau soit rock et que la batterie ¬ę¬†tabasse¬†¬Ľ. Le titre du morceau est ironique, j’avais la sensation que c’est √ßa que me demandait ce directeur de maison de disque¬†: ¬ę¬†Faire des chansons joyeuses pour des gens vides ¬Ľ, comme si les gens √©taient d√©biles. J’ai conscience que ma musique et que les musiques dans ce genre ne sont pas pour tout le monde, certains me disent m√™me que bien que ce que je fais leur pla√ģt et qu’ils trouvent √ßa qualitatif, ils ne pourraient pas l’√©couter chez eux car c’est trop ¬ę¬†prise de t√™te¬†¬Ľ. Je dois constamment me battre contre la tentation de faire des morceaux plus l√©gers et plus joyeux pour plaire, contre la tentation de faire des compromis pour que mon projet marche plus. J’ai toujours voulu faire et vivre de ma musique et non pas de la musique au sens o√Ļ je ne veux pas vivre de n’importe quelle musique. En tant qu’auditrice j’√©coute surtout des choses barr√©es et m√©lancoliques et, toujours en tant qu’auditrice, je suis vraiment reconnaissante que des artistes comme Radiohead, James Blake ou Portishead n’aient jamais succomb√© √† la tentation de faire de la musique l√©g√®re. J’ai vraiment besoin de ce genre de musique plus absconse. Absconse, ma musique l’est aussi et parfois √ßa me d√©courage de la d√©fendre et d’accepter que c’est une musique de niche et que je ne remplirai probablement jamais de grandes salles (je ne parle pas de Z√©nith !), du coup dans ces moments-l√† je suis tent√©e de faire des choses qui plairaient √† un public plus large. Je ne suis pas contre l’id√©e de faire des morceaux plus l√©gers, l√©ger ne veut pas dire mauvais et si un morceau l√©ger me vient je ne lutte pas. Je veux juste faire les choses pour les bonnes raisons et j’aime √† penser que si un jour je fais de la musique l√©g√®re et joyeuse ce sera parce que ce c’est ce que j’ai envie de faire, pas pour vendre plus ou pour r√©pondre √† des exigences de maisons de disques.

Le riff de ¬ę¬†Happy Song for Empty People¬†¬Ľ me produit un sentiment de d√©j√† entendu. Apr√®s avoir longtemps cherch√© pourquoi j’ai enfin trouv√© et r√©alis√© qu’il me renvoyait √† un morceau de Texas, ¬ę¬†Beliefs¬†¬Ľ, sur leur album¬†Mother’s Heaven. Connais-tu ? Es-tu du genre √† √©couter un groupe comme Texas¬†?¬†

Non je ne connais pas ce morceau… ! Je n’ai jamais √©cout√© Texas, je ne connais que leur tube ¬ę¬†Black Eyed Boy¬†¬Ľ.

Le Prince Miiaou performing in Paris © Mauro Melis

A l’occasion de ton concert √† Stereolux, comme tu l’as pr√©sent√© avant de l’interpr√©ter, j’ai appris que ¬ę Bro ¬Ľ √©tait un morceau pour ton fr√®re et que celui-ci √©tait ton ing√©-son en studio comme sur sc√®ne. Pourquoi lui avoir consacr√© une chanson ?

Parce que je suis souvent m√©chante avec lui¬†! Et que c’√©tait un moyen pudique de lui dire que bien qu’il m‚Äô√©nerve comme un fr√®re peut √©nerver sa sŇďur et inversement, je m’en veux quand je lui fait du mal. C’est pas toujours simple de travailler avec un fr√®re ou une sŇďur, surtout dans un domaine passionnel comme la musique ou bien lors des concerts qui sont des moments de stress et de pression. Il me cite souvent la chanson d’Anthony and the Johnsons ¬ę¬†You Are My Sister¬†¬Ľ pour me dire qu’il m’aime. On va donc dire que c’est ma r√©ponse en musique.

Chez vous, la musique est une histoire de famille ? C’est comme √ßa que vous √™tes tomb√©s tous les deux dedans, via vos parents, ou c’est plut√īt pour √©chapper √† l’environnement familial ?

Oui, c’est une histoire de famille pour mon fr√®re et moi, mais pas du tout pour mes parents qui ne sont pas vraiment m√©lomanes bien qu’ils appr√©cient la musique et en aient toujours mis √† la maison quand nous √©tions enfants. Ils nous ont offert l’opportunit√© de prendre des courts d’instruments, une activit√© extra-scolaire comme une autre. Je n’ai pas tenu tr√®s longtemps mais mon fr√®re a √©t√© plus r√©ceptif et il a continu√© la musique apr√®s avoir arr√™t√© les le√ßons de solf√®ge. Moi je m’y suis surtout mise pour tra√ģner avec lui et ses copains, et puis au bout de 6 mois, comme une drogue, c’√©tait devenu une passion avec tout ce que √ßa peut avoir de tumultueux…

Comment tes parents voient-ils ce que tu fais ? Leur regard est-il important pour toi ?

Ma m√®re n’√©tait pas tr√®s rassur√©e √† l’id√©e que l’on veuille en faire notre m√©tier, et comme mon fr√®re avait arr√™t√© ses √©tudes d’anglais pour devenir ing√©nieur du son, derri√®re √ßa n’a pas √©t√© √©vident pour moi de leur vendre le fait que je ferais de la musique, du coup on avait un deal, je devais aller au bout de mon Bac +5. J’ai eu de la chance car le milieu professionnel, notamment Bernard Lenoir et Les Inrocks, s’est ¬ę¬†int√©ress√©¬†¬Ľ rapidement √† mon projet, du coup je me suis lanc√©e dans cette voie et je n’ai jamais eu √† chercher un autre travail. Le jour o√Ļ Bernard Lenoir m’a diffus√© dans son √©mission sur France Inter (institution pour mes parents) ma m√®re a commenc√© √† y croire ! Mon p√®re, quant √† lui, m’a toujours dit¬†: ¬ę¬†Si tu travailles, comme dans n’importe quel domaine, il n’y a pas de raison que tu n’y arrive pas¬†¬Ľ. Ce qui est important pour moi ce n’est pas tellement qu’ils appr√©cient ce que je fais mais surtout qu’ils m’encouragent (ce qu’ils font √©norm√©ment) et ne s’inqui√®tent pas trop pour moi.

Sujet peut-√™tre tabou mais je tente¬†: comment √ßa se passe financi√®rement pour toi ? Quand tu sors un disque et que tu pars en tourn√©e, combien √ßa te rapporte ? T’arrives √† savoir combien √ßa te fait rapport√© au mois ? J’imagine que tu n’as pas vendu plus de 10 000 exemplaires de chacun de tes albums. Je me trompe ? La synchro pub de ¬ę Turn Me Off ¬Ľ¬†dans le spot t√©l√© pour la banque ING Direct √ßa avait mis du beurre dans les √©pinards ?

Haha, la premi√®re chose que m’a appris mon manager qui avait affaire √† une fille tr√®s honn√™te et un peu na√Įve¬†: ¬ę¬†Ne dis jamais combien tu gagnes¬†! ¬Ľ Je dirai simplement que mes parents ne s‚Äôinqui√®tent pas trop pour moi pour le moment (smiley).

Dans ¬ę Ali√©nore ¬Ľ qui est au centre de l’album, ce qui ne semble pas anodin, on entend ce qui semble √™tre la voix de ta grand m√®re laissant un message sur ton r√©pondeur. Pourquoi un tel morceau ? A-t-il √©t√© en quelque sorte inspir√© par ce qu’avait fait Christophe sur le morceau ¬ę¬†It Must Be a Sign ¬Ľ qui figure sur son dernier album Aimer ce que nous sommes ?¬†√Čcouterais-tu un type comme Christophe ou juste ta grand-m√®re ? Il n’y a pas de raison √† un tel morceau¬†! Il n’y a jamais de raison pour un morceau. Je connais peu le travail de Christophe, peut-√™tre que je devrais m’y pencher davantage. ¬ę¬†Ali√©nore¬†¬Ľ est un morceau que j’ai fait en plusieurs temps¬†: j’avais toute l’intro guitare basse r√©verb√©r√©es depuis 2012 quand j’ai commenc√© √† me remettre √† composer et puis j’ai essay√© de le d√©velopper pendant longtemps, sans y parvenir. Je l’ai laiss√© tomb√© et j’ai r√©ussi √† le terminer quand j’ai eu l’id√©e de mettre ce message vocal laiss√© par ma grand-m√®re. Tout s’est embo√ģt√© apr√®s. Il a plut√īt √©t√© inspir√© par Talk Talk, notamment leur album Spirit of Eden.

Suis-tu la sc√®ne ¬ę¬†chanson fran√ßaise¬†¬Ľ¬†? A l’√©poque de Safety First, tu as fait des premi√®res parties de Benjamin Biolay. Est-il fan de toi ? Es-tu fan de lui ?

Je n’ai jamais trop su comment et pourquoi on s’√©tait retrouv√© √† faire ses premi√®res parties au Casino de Paris… On m’a dit qu’il aimait ce que je faisais et que c’√©tait son choix… Mais je ne sais pas si il est fan de ce que je fais, j’ai eu beau le croiser plusieurs fois, finalement on n’a jamais vraiment parl√© de nos musiques respectives. J’aime certaines choses de lui, certains morceaux, certains textes, mais je connais finalement assez peu… Je connais mal la sc√®ne fran√ßaise semble-t-il¬†!

L’irruption de la voix de ta grand-m√®re marque, si je ne m’abuse, l’unique intervention en fran√ßais du disque. Sur les deux albums pr√©c√©dents, il y avait toujours quelques titres en fran√ßais. Je pense √† ¬ę¬†Hawa√Į Tree ¬Ľ, ¬ę No Compassion Available ¬Ľ, ¬ę American Extract ¬Ľ, ¬ę¬†Blabla ¬Ľ sur Safety First, ¬ę J’ai Deux Yeux ¬Ľ sur Fill The Blank… J’aimais beaucoup. √áa ne te manque pas d’√©crire en fran√ßais, cette po√©sie l√†, ce dire-l√†, toi qui dis sur Wikipedia (oui, je te suspecte de l’avoir √©crit toi-m√™me, j’y reconnais ton style) que tu chantes ¬ę principalement en anglais, le fran√ßais √©tant r√©serv√© pour parler ¬Ľ ?

L’article de Wikipedia n’a pas √©t√© √©crit par moi, en revanche il reprend des phrases tir√©es de mes bios qui pour le coup, elles, sont de moi¬†! Disons que pour moi l’√©criture en fran√ßais vient ou ne vient pas. Pour ce disque j’ai fait un titre en fran√ßais, chant√©, qui s’appelait d’ailleurs ¬ę¬†Where is the Queen¬†?¬†¬Ľ mais il n’√©tait pas assez abouti pour que je le mette. Non, le fran√ßais ne me manque pas, je crois que c’est une obsession de fran√ßais de vouloir absolument que les artistes chantent dans leur langue d’origine. Je n’aime pas trop les contraintes et j’ai parfois l’impression que, comme une adolescente, plus on me dira que je dois ou devrais chanter en fran√ßais et moins je le ferai¬†! La pudeur y est √©galement pour beaucoup, c’est plus simple pour moi de raconter des choses en anglais, de mettre une distance entre les mots et moi et entre mes mots et le public. Mais peut-√™tre que √ßa reviendra…

Doit-on s’attendre √† d√©couvrir prochainement le morceau inabouti ¬ę¬†Where is the Queen¬†?¬†¬Ľ en face B ou en t√©l√©chargement sur ton site¬†?

Non ! Je le r√©√©coute parfois mais j’ai d√©j√† pass√© tellement de temps dessus sans parvenir √† l’achever… Ce morceau comme bien d’autres restera au stade de d√©mo je pense.

4. LPM visage triste

Cet √©loignement du fran√ßais, serait-il aussi li√© √† ton envie de toucher le public anglo-saxon et de fuir la chanson fran√ßaise pour faire vraiment ¬ę rock ind√© ¬Ľ ?

Non, je ne pense pas du tout que le fait de chanter en anglais permette de toucher davantage les anglo-saxons. Fran√ßois and the Atlas Mountains est le parfait exemple de projet en fran√ßais sign√© sur un label anglais et qui r√©sonne en Angleterre. Chanter en anglais alors qu’on est fran√ßais, si c’√©tait un calcul de ma part, ce serait le plus mauvais des calculs¬†! Car les fran√ßais (radio, m√©dias, public confondus) boudent les artistes fran√ßais qui chantent en anglais et les anglo-saxons ont un tel vivier dans leur propre pays qu’il est difficile de se d√©marquer outre-Manche et outre-Atlantique…¬†Si j’√©tais anglo-saxonne √ßa pourrait √©ventuellement mieux se passer pour moi en France. √áa me sid√®re, mais combien de fois des professionnels du milieu musical m’ont dit¬†: ¬ę¬†Ah, si seulement tu √©tais anglaise ou am√©ricaine… ce serait tellement plus simple.¬†¬Ľ Moralit√©, si c’est une chance incroyable d’√™tre musicienne en France du fait de notre syst√®me d’intermittence et de la qualit√© du r√©seau des salles de concerts tant au niveau technique qu’au niveau de l’accueil, la mentalit√© chauvine et le ¬ę¬†protectionnisme culturel¬†¬Ľ pourraient me donner envie de fuir √† l’√©tranger. Je comprends l‚Äôint√©r√™t de prot√©ger notre patrimoine et la langue fran√ßaise pour lutter contre une uniformisation du monde, en revanche j’ai plus de mal √† comprendre que certaines radios ou journaux fassent des focus sur des artistes √©mergents anglo-saxons et inondent leur pages et ondes de projets anglo-saxons au d√©triment de projets fran√ßais sous pr√©texte que ces derniers chantent en anglais (sauf si ces choix se basent sur des crit√®res artistiques et qualitatifs bien √©videmment).

A propos de rock ind√©, j’ouvre une parenth√®se (je ne fais que √ßa en fait) : j’ai appris que tu as consacr√© ton m√©moire de DESS en politique culturelle √† la question du ¬ę post-rock ¬Ľ. Que raconte-t-il et que t’a-t-il apport√© ?

Il se raconte sur 100 pages et √ßa fait plus de 8 ans que je ne l’ai pas lu¬†! Mais globalement, √ßa raconte que d’apr√®s mes recherches et enqu√™tes (c’√©tait pas une th√®se de doctorat non plus hein !) le post rock n’est pas un style musical d√©finissable d’un point de vue musicologique mais bien plus d’un point de vue sociologique, c’est-√†-dire que ce qui fait le style post rock c’est davantage le profil sociologique¬†(sch√®mes de pens√©es et habitus, pour sortir le jargon de Bourdieu) des gens qui le font o√Ļ l’√©coutent que des crit√®res musicaux. Pour le dire plus simplement, les disques √©tiquet√©s ¬ę¬†post rock¬†¬Ľ se ressemblent beaucoup moins que leurs cr√©ateurs ou auditeurs. Ce m√©moire m’a apport√© une mention et c’est apr√®s avoir interview√© Yann Tambour sur son projet Encre pour mon m√©moire que j’ai quitt√© le groupe post rock dans lequel j’√©tais pour commencer mon propre projet Le Prince Miiaou (smiley).

En quoi cette interview de Yann Tambour dans le cadre de ton m√©moire t’a-t-elle donn√© envie de faire ton propre projet musical¬†? Et pourquoi avais-tu d√©cid√© de l’interviewer lui¬†(bon, j’imagine que l’√©tranget√© fascinante de son premier album a jou√©…) ?

Ce n’est pas tellement l’entretien qu’on a fait ensemble qui m’a donn√© envie de commencer mon projet, c’est sa musique. Je ne la connaissais pas avant de faire mon m√©moire. On m’a dirig√© vers lui car sa musique √©tait class√©e en post-rock. Pour ¬ę¬†√©tudier¬†¬Ľ son profil dans le cadre de mon m√©moire j’ai vraiment d√Ľ me plonger dans sa musique (je serais surement pass√©e √† c√īt√© sans le m√©moire) et au fil des √©coutes j’a trouv√© ce qu’il faisait vraiment fascinant et √ßa m’a donn√© envie de faire comme lui. ¬ę¬†Fr√©n√©sies Horizontales¬†¬Ľ, le premier morceau que j’ai fait, je l’ai vraiment fait avec l’id√©e de faire la m√™me chose que ce qu’il avait fait sur son morceau intitul√© ¬ę¬†Marbre¬†¬Ľ. Je ne cherchais pas √† l’√©poque √† √™tre originale ou √† faire quelque chose qu’on n’aurait jamais entendu, je n’avais m√™me pas encore l’id√©e de faire un projet qui tiendrait la route, je ne voulais pas sortir un disque ou je ne sais quoi, je voulais juste faire un morceau comme le sien. Et puis de fil en aiguille, j’ai fait plusieurs morceaux et puis on m’a donn√© l’opportunit√© de les enregistrer alors je me suis dit¬†: ¬ę¬†Pourquoi pas¬†?¬†¬Ľ.

Qu’en est-il au juste de l’exportation de ta musique ? N’est-ce pas dur de sortir des fronti√®res quand, comme toi, on¬†auto-produit¬†ses disques ? Des¬†majors t’ont-elles d√©j√† fait les yeux doux ? Y’en a-t-il une pour laquelle tu dirai banco ?

On commence tout juste √† travailler l’export, il est donc trop t√īt pour parler des r√©sultats. Je n’ai pas trop connaissance d’un √©ventuel public √† l’√©tranger car je ne me suis jamais vraiment pos√© la question du nombre de gens que √ßa repr√©sente et de leurs provenances. Je vois sur les ventes digitales que √ßa se vend un peu partout dans le monde mais √ßa reste anecdotique¬†! Apr√®s je crois que ce serait pareil que je sois auto-produite ou sign√©e. Travailler l’export c’est un travail √©norme qui demande beaucoup d’√©nergie et de moyens. Il y a d√©j√† √©norm√©ment de travail pour d√©velopper un projet tel que Le Prince Miiaou en France, du coup on s’y met doucement, territoire par territoire. J’ai l’impression de jouer √† RISK¬†! Et non, aucune major ne m’a fait les yeux doux¬†!!! Si cette major me laisse faire tout ce que je veux, ne cherche pas √† changer ma musique ou mon image et me donne les moyens de faire les choses alors oui, je dirais banco mais je ne crois pas qu’une telle major existe…

Si, comme je l’imagine, tu te sens un peu √† l’√©troit ici, frustr√©e de ne peut-√™tre pas pouvoir √™tre plus ¬ę¬†reine ¬Ľ de la chose rock ind√© que tu ne l’es l√†, te verrais-tu, je ne sais pas, partir √† Los Angeles comme Antony Gonzales de M83 ?

Oui, comme je le disais, parfois je me dis que je ferais mieux d’aller vivre √† Brooklyn. Je pense souvent √† Camille Berthomier, la chanteuse de Savages, qui se fait appeler Jehnny Beth et vit √† Londres depuis des ann√©es. Je crois qu’elle et son compagnon, qui formaient John & Jehn pour qui j’√©tais guitariste √† une √©poque, ont compris les choses beaucoup plus t√īt que moi et ont r√©ussi √† esquiver pas mal de chose en brouillant les pistes. Oui, je suis un peu frustr√©e parce que je ne comprends pas¬†: la plupart des m√©dias qui parlent du Prince Miiaou me comparent √† PJ Harvey ou disent que je n’ai rien √† envier √† Anna Calvi. Pour ma part, je n’aurai jamais la pr√©tention de me comparer √† elles et sans ce discours des m√©dias sur ma musique je ne me dirais pas que je m√©rite quoique ce soit. Ce n’est pas de la fausse modestie, c’est juste que je suis incapable de juger ma musique et objectivement je ne sais pas ce que je m√©rite ou non et puis ce n’est pas une comp√®t’. Mais quand je sors un disque je constate que de nombreux m√©dias en parlent, ce qui me donne a priori une certaine l√©gitimit√© √† faire ce que je fais. J’ai un beau succ√®s d’estime, une belle reconnaissance donc ce qui me frustre c’est qu’une fois ¬ę¬†hiss√©e¬†¬Ľ √† cette place de ¬ę¬†reine du rock¬†¬Ľ ou de ¬ę¬†PJ Harvey fran√ßaise¬†¬Ľ selon leurs propos, le projet Le Prince Miiaou semble malgr√© tout rester en marge de certaines sc√®nes et de certains √©v√©nements dans lesquels on pourrait penser qu’il aurait sa place… Apr√®s, concr√®tement, je suis d√©j√† tr√®s contente de ce qui se passe pour mon projet et m√™me si √ßa prend du temps, il y a de plus en plus de monde quand on joue en concert, c’est tr√®s encourageant.

Tiens, M83, est-ce quelque chose que tu √©coutes ? J’ai parfois pens√© √† lui en √©coutant Where is the Queen, dans votre amour partag√© d’un groupe comme Mogwa√Į bien s√Ľr (tiens, ne devrait-on pas l’illusion trema√Įque du double ¬ę i ¬Ľ du Prince Miiaou √† Mogwa√Į ?) et dans ce d√©sir d’avoir un son tr√®s travaill√©, pointu, √©pique. Cette ambition n’est-elle pas un frein pour pouvoir prendre du plaisir √† jouer sur sc√®ne ?

Oui, j’aime beaucoup M83 surtout son album Before The Dawn Heals Us. Concernant le live, c’√©tait tr√®s contraignant avant, mais bizarrement ce disque a √©t√© beaucoup plus facile √† reproduire sur sc√®ne du fait, par exemple, qu’on utilise le m√™me synth√© sur sc√®ne que celui que j’ai utilis√© pour composer, du coup sur sc√®ne ce sont les sons du disques. Et puis on a des p√©dales qui nous permettent de reproduire les pitchs (modifications de vitesse d’un son ‚Äď nda) tant sur les guitares que sur ma voix. Certains sons de batterie bidouill√©e (sur ¬ę¬†Bro¬†¬Ľ, ¬ę¬†Hulrik¬†¬Ľ) ont √©t√© sampl√©s et du coup sont jou√©s sur le SPD-S (pad pour jouer et sampler des rythmes ‚Äď nda). La batterie est √©galement trigg√©e (c’est-√†-dire qu’elle comporte des micro qui remplacent ses sont naturels par d’autres sons, en g√©n√©ral plus propres et plus synth√©tiques ‚Äď nda) ce qui permet d’√™tre proche des sons qu’on a sur ¬ę¬†JFK¬†¬Ľ, par exemple. √áa pourrait √™tre un frein si je n’avais pas pu m’√©quiper correctement pour la sc√®ne, mais le mat√©riel qu’on a nous permet au contraire de nous lib√©rer et donc de s’amuser beaucoup plus qu’avant.

5. Prince Miiaou Fill the Blank

Il y a pas mal de sons assez bizarres sur ce disque, des sons qu’on dirait d√©form√©s, trafiqu√©s,¬†√©lectro, aigus, √† l’image de ton chant transform√©¬†sur ¬ę Hulrik ¬Ľ. On dirait que ces sons sont un peu le fil directeur de ce disque. Qu’en penses-tu ? Comment te sont-ils venus ?

Effectivement, je dirais que c’est LE fil conducteur du disque. J’ai chang√© de logiciel pour composer celui-ci, je suis pass√©e de Cubase √† Ableton Live et dans Ableton live il y a une fonction qui permet de pitcher. Un jour, vers le d√©but, alors que j’avais pas mal avanc√© dans la composition d’un morceau je me suis rendue compte que j’avais tout compos√© quelques tons trop graves, du coup j’ai essay√© cette fonction pitch pour me rendre compte de ce que donnerait le morceau s’il √©tait plus aigu et l√† j’ai d√©couvert cet effet chimique que provoque le fait de pitcher la hauteur tout en conservant la dur√©e¬†! Bref, j’ai ador√© ce que √ßa donnait et j’en ai beaucoup jou√© du coup par la suite. Quant √† ma voix, j’√©tais un peu lass√©e par mon timbre du coup je l’ai elle aussi pitch√©e √† la mani√®re de Fever Ray pour changer un peu.

Tu parles de ta voix sur cet album, de ses changements de timbre. Quand tu chantes avec ta propre voix, elle a des graves qui me rappellent Cat Power / Chan Marshall. Aimes-tu cet artiste¬†? Un jour je discutais de Lana Del Rey avec un type, qui m’a dit en gros pour la conspuer¬†: ¬ę¬†Lanal Del Rey c’est Cat Power sans les chansons¬†¬Ľ. Qu’en penses-tu¬†?

Je ne peux pas dire que j’aime Cat Power, je ne suis pas son actualit√© ou qui elle est. En revanche j’aime √©norm√©ment son album You Are Free que je trouve proche de la perfection. Mais je n’ai pas vraiment √©cout√© ce qu’elle a fait avant ou apr√®s. En tous cas, je ne trouve pas du tout que Lana Del Rey soit une Cat Power les chansons en moins. Pour moi elles n’ont rien √† voir, ni dans la d√©marche, ni dans leur approche de la musique. Pour moi elles n’ont pas du tout la m√™me sensibilit√© et ne semblent pas vouloir exprimer la m√™me chose (dans les textes, les visuels, les arrangements). Je trouve √ßa bizarre de toujours ramener les filles qui font de la musique soit √† PJ Harvey soit √† Cat Power…

Il para√ģt que tu es all√©e chercher l’inspiration √† New-York pour ce disque ? Pourquoi √ßa ? La France suffisait pas ? La ¬ę¬†Crystal Haze¬†¬Ľ ne suffisait pas (car comme je m’en doutais un peu en voyant le titre de ce morceau, c’est une drogue, une vari√©t√© crois√©e de cannabis). ¬ę¬†JFK¬†¬Ľ parle de ce s√©jour¬†?

Je suis partie √† New-York pour changer d’air et m’√©loigner de ma vie et du Prince Miiaou. J’ai compos√© 4 morceaux l√†-bas dont ¬ę¬†JFK¬†¬Ľ qui parle du moment o√Ļ il faut tout quitter. Sinon, je ne savais pas du tout que la ¬ę¬†Crystal Haze¬†¬Ľ √©tait une vari√©t√© de cannabis¬†! Je ne fume pas, je d√©teste les psychotropes, je n’aime pas perdre le contr√īle.

O√Ļ habites-tu d’ailleurs ? J’ai lu que tu √©tais n√©e dans un petit village de 400 habitants du Poitou-Charentes mais tu as boug√© √† Paris pour les √©tudes. Tu y vis toujours ?

Non, je ne vis plus à Paris depuis 5 ans, je vis à Chalais, un village de 1800 habitants dans le Sud de la Charente.

√áa maintenant deux mois que l’album est sorti et quelques semaines que tu es en tourn√©e avec. Avec le recul, si jamais tu en as, en es-tu satisfaire et es-tu contente des retours que tu as eu ? Qu’est-ce qui change par rapport aux pr√©c√©dents disques ? Notes-tu un changement ?

Il y a eu des hauts et des bas durant ces quelques mois, des d√©ceptions, des bonnes nouvelles… Le disque a eu une belle couverture m√©diatique pour un projet ind√© auto-produit, j’ai beaucoup de chance. Comme je le disais plus haut, je constate une nette am√©lioration au niveau de la fr√©quentation des concerts et √ßa c’est ce qui me fait le plus plaisir car c’est concret ! On a fait 4 ou 5 concerts complets les semaines pr√©c√©dentes, ce n’√©tait quasiment jamais arriv√© et c’est vraiment le plus important.

Tu en es d√©j√† √† ton 3e album commercialis√© (le premier, N√©cessit√© microscopique, enregistr√© en 2007, est-il √©coutable ou trouvable quelque part ?). As-tu l’impression d’avoir install√© un truc, genre un¬†triptyque, et¬†d’√™tre devenu une ¬ę grande ¬Ľ qui mesure le chemin parcouru ? Te vois-tu continuer longtemps √† ce rythme ?

(Le premier album n’existe plus et pour le moment il n’est √©coutable nulle part.) Si j’avais ce r√™ve ou cet objectif au moment o√Ļ je composais ce 4e album, en r√©alit√© je me suis tr√®s vite rendue compte que √ßa n’allait pas √™tre aussi simple pour me maintenir au niveau de Fill The Blank, que je repartais presque de z√©ro mais sans maison de disque et qu’il faudrait √† nouveau batailler pour se faire une place. √áa a √©t√© difficile un moment, √ßa m’a d√©courag√© et donn√© (encore une fois !) envie de tout abandonner parce que c’est beaucoup d’investissement et que j’aimerais passer cette marche symbolique qui me permettrait d’√™tre une peu plus ¬ę¬†install√©e¬†¬Ľ dans le paysage musical fran√ßais. √áa va mieux maintenant¬†! Mais non, je n’ai pas l’impression d’√™tre devenue une grande qui peut mesurer le chemin parcouru¬†! Quant au fait de continuer longtemps √† ce rythme, √ßa d√©pend des jours, un jour sur deux je me dis que c’est mon dernier album, mais je suis quelqu’un de tr√®s pugnace et √ßa ne m’√©tonnerait pas que je me remette au travail apr√®s la tourn√©e¬†!

J’imagine que ce qui a chang√© aujourd’hui c’est qu’on ne te demande plus le pourquoi de ton nom de sc√®ne. √áa te chagrine ? C’est pour √ßa que tu as donn√© un nom bien √©nigmatique et √† rallonge √† ton nouvel album (Where is the queen¬†? – Who is asking¬†? – I can no tell – She’s gone – Gone where¬†? – Just gone…) ?

C’est vrai que ce titre √† rallonge aurait pu m’√©viter la question fatidique de mon nom de sc√®ne mais non¬†! √áa n’a pas suffit √† faire diversion. Malheureusement pour moi, on me demande encore beaucoup pourquoi je m’appelle Le Prince Miiaou¬†! Et les m√©dias ne ce sont jamais autant d√©cha√ģn√©s sur le champ lexical du chat que pour ce disque¬†!

Merci Maud-Elisa. Where was the queen ?

Devant son ordinateur dans son bureau depuis plus de 4h car c’√©tait l’interview la plus longue de ma jeune carri√®re¬†! (smiley).

© Emmanuelle Brisson

Facebook du Prince Miiaou

Photos 2 et 6 par Emmanuelle Brisson

Photo 3 par Mauro Mélis

 

8 réponses
  1. Eupho
    Eupho dit :

    Superbe interview ! On sent que vous y avez pass√© du temps. C’est dommage qu’il n’y ai pas l’explication du nom Prince Miiaou, on l’avait jamais entendue ^^

  2. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    Bonjour Nicolas, merci pour ton commentaire !
    Tu n’as vraiment jamais entendu le pourquoi du comment de son nom d’artiste ?
    Il para√ģt qu’elle a trouv√© √ßa dans un conte indon√©sien…

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire