BASILE DI MANSKI (1)

1. Basile 029 par Joris Rossi

8 juillet 2013. 17h20. ¬ę Je suis partant pour une interview ping pong ¬Ľ me r√©pond par mail Basile Di Manski. Et je m’en r√©jouis car √ßa fait des lustres que je tiens √† vous pr√©senter ce petit prodige pop inconnu, tellement longtemps (¬ę Putain, deux ans ! ¬Ľ) qu’aujourd’hui je me retrouve dans la position de la m√®re un peu trop aimante qui veut marier son fils (¬ę Il est beau mon fils ! ¬Ľ) ou du vieux singe qui tend Simba vers le Soleil, genre (¬ę C’est l’histoire de la vie ! ¬Ľ) : ¬ę Ne cherchez plus, c’est lui. ¬Ľ

Pour moi, sans le vouloir, il les √©clipse tous. Tous les groupes actuellement encens√©s pour participer au renouveau d’une certaine pop fran√ßaise. Parce qu’il fait justement √ßa sans vouloir √©clipser qui que ce soit, juste pour lui, tout seul, et qu’il a la vista quoi. C’est comme √ßa, √ßa ne s’explique presque pas. J’en connais peu qui sont aussi productifs et jonglent all√®grement entre tous les styles (folk, hip hop, reggae, chill out…), style ¬ę catch me if you can ¬Ľ, tout en ayant leur vrai style, pop sur toute la ligne.

R√©cemment en soir√©e j’ai entendu une nana dire qu’elle n’arrivait pas √† ¬ę fruiter ses seins ¬Ľ (poires, pommes, melons, past√®ques ?). On pourrait en dire de m√™me de la pop de Basile Di Manski : elle est infruitable. Enfin si, on pourrait la fruiter (poires), m√™me dire qu’elle √©voque Phoenix en plus sexe, smooth, mais on s’en fiche, qu’importe le fruit pourvu que √ßa glisse. Salade de fruits (¬ę jolie, jolie, jolie ¬Ľ), d’app√Ęt m√©lodieux en app√Ęt m√©lodique, celle-ci absorbe tout, sponge pop. Fait le grand mix.

En un sens, on pourrait dire que ce jeune type de 25 ans est trop en communication avec sa musique pour s’occuper de faire sa com’, qu’il ne calcule rien et se contente de vivre cet amour dans sa bulle. On pourrait, sauf que depuis cette rentr√©e ce n’est plus le cas : il a d√©cid√© de conclure. Nouveau taf, nouveau groupe (Colony), sortie de livre (Saint-John d’Orange), il avance dur : il avait une actu ! Plus qu’une bi√®re, c’√©tait bien le moment de lui proposer un petit ping pong de mails. Music thirst !

¬ę¬† la dope parfaite, c’est l’histoire d’amour torride et un peu triste¬† ¬Ľ

 

2. Basile Di Manski bonnet lumière

 

Bonjour Basile. Avant de parler de ton tout nouveau groupe et du livre que tu t’appr√™tes √† sortir, deux projets qui s’appr√™tent √† sortir, je voulais parler de la musique que tu fais en solo. C’est par elle, sous le pseudo Peter P, que je t’ai d√©couvert. Surgi de nulle part, tu m’avais mail√© √† ce propos √† l’√©t√© 2011…

Oui, je m’en souviens bien : √† cette √©poque je vivais √† Milan et je ne connaissais pas grand monde. C’√©tait l’√©t√©, la ville √©tait d√©serte et j’√©tais seul comme rarement je l’ai √©t√© (seul au bon sens du terme !). Musicalement aussi j’√©tais seul : j’avais d√©j√† beaucoup de morceaux d’enregistr√©s mais ils √©taient coinc√©s dans mon ordinateur et personne ne les √©coutaient. Le soir, je jouais dans un bar un peu sinistre, pour des habitu√©s et des alcooliques. C’est √† ce moment que je me suis dis que j’avais envie d’en finir avec cette forme d’isolement. Qu’il fallait que cette musique existe un peu, que des gens l’√©coute. Du coup, j’ai fait une sorte de petit communiqu√© de presse que j’ai envoy√© √† droite √† gauche, √† des blogs, des journaux, des labels. C’√©tait un peu comme d’envoyer une bouteille √† la mer : tu as re√ßu une bouteille √† la mer. Tu es la seule personne qui m’ait r√©pondu. J’√©tais hyper content.

J’ai √©t√© √©tonn√© d’√™tre vraiment le seul √† t’avoir r√©pondu. As-tu √©t√© √©tonn√© qu’une seule personne te r√©ponde ?

Oui et non. D’un c√īt√©, j’ai confiance dans la musique que je fais. Pas parce que j’estime que mes morceaux sont biens ou beaux (c’est presque impossible de se juger soi-m√™me d’un point de vue esth√©tique), mais simplement parce que je sais qu’ils sont habitables. En g√©n√©ral, je vois les chansons comme des cabanes ou des chambres d’h√ītels o√Ļ l’on doit pouvoir venir se poser quelques instants. Si je n’arrive pas √† vivre dans l’une des mes chansons, je consid√®re qu’elle est rat√©e ou pas achev√©e. De ce point de vue, il m’est d√©j√† arriv√© de me dire : “C’est bizarre, on est si bien dans mes chansons et pourtant le buzz se fait cruellement attendre…” Mais d’un autre c√īt√©, je sais que l’industrie et le march√© ont besoin d’un univers bien d√©limit√©, qui puisse appara√ģtre comme une √©vidence en deux ou trois morceaux, ce qui n’est pas tout √† fait le cas de ma musique. Elle est d√©licate √† cerner car c’est une sorte d’errance qui passe par diff√©rents genres… Enfin, pour qu’une oeuvre existe il faut la faire exister, c’est un travail √† part enti√®re et c’est un travail qui est difficile pour moi. Je commence tout juste √† aimer √ßa.

Tu m’as alors assez vite envoy√© deux d√©mos de ce que tu composes en solo : une de 13 titres en juillet 2011 et une de 9 titres en f√©vrier 2012. Quelles p√©riodes de cr√©ation circonscrivent-elles et quelle vie ont-elles eu ?

Difficile √† dire : la premi√®re d√©mo de 13 titres √©tait un assemblage de morceaux divers dont 6 morceaux de mon tout premier EP, 1988, qui comprenait d√©j√† 7 chansons hyper disparates. Ces morceaux correspondent pour moi √† une p√©riode tr√®s lointaine o√Ļ ma vie ressemblait √† des grandes vacances. Ils ont beaucoup circul√© dans mon entourage et un peu sur internet, avec pas mal d’√©coute dans des pays improbables comme l’Indon√©sie. Ils me servent toujours de carte de visite. L’histoire de mon second EP, New Territories, elle, est toujours en cours : DatA (jeune musicien √©lectro qui un pot pourri cradingue de Cerrone, Daft Punk et Metallica – nda) m’avait propos√© de produire quelques-uns de ces titres, il avait d’ailleurs commenc√© √† travailler dessus mais, manque de temps, il n’a rien pu finaliser et je suis pass√© √† autre chose, ce qui est un peu idiot car cet EP est beaucoup plus coh√©rent que le pr√©c√©dent…

Comme les gens ne connaissent pas ces morceaux, je te propose qu’on fasse, tant que possible, une interview “track by track”, pour passer en revue ton r√©pertoire et inciter les gens √† aller √©couter. Qu’en penses-tu ? D’ac ?

Allons-y !

D√©mo 1, plage 1 : “The Anti-Hedonist (Protest Song)”. Pourquoi anti-hedonist et pourquoi protest song ?

J’ai √©crit ce morceau √† un moment o√Ļ j’√©tais en froid avec l’id√©e tr√®s r√©pandue selon laquelle le but de l’homme est la recherche du plaisir. Les imp√©ratifs de jouissance me semblent √™tre l’une des pires choses qui soient. Pour moi, c’√©tait aussi un exercice de style int√©ressant car la plupart du temps je n’arrive pas √† utiliser la col√®re pour √©crire un titre. La col√®re m’a toujours bloqu√©.

Si je me souviens de nos discussions de l’√©poque, il me semble que tu voyais aussi ce morceau comme une sorte de r√©action √† la vague “chill out'” repr√©sent√©e par des groupes comme Washed Out et Porcelain Raft & co, que tu voulais rompre avec leurs c√īt√©s indolents voire adulescents…

Oui, il y avait de √ßa aussi, c’est vrai. J’ai l’impression que la vague chill out s’est un peu calm√©e aujourd’hui, mais √† cette √©poque le succ√®s du site Pitchfork s’est fait en grande partie avec des groupes tr√®s laid-back, qu’on √©coute en after le weekend, c’est un peu fatiguant √† la longue, non ?

Tu plaidais pour plus de dramaturgie, de lyrisme et j’ai l’impression que chez toi tout √ßa passer par le chant et donc, d’une certaine mani√®re, tes paroles, que tout √ßa op√®re comme une saillie dans l’enveloppe m√©lodique.

Tout √† fait, c’est comme des sabres dans des nuages.

3. Basile guitare on stage

A cette √©poque tu m’avais aussi fait part d’une certaine frustration au niveau des textes, comme quoi tu aimerais chanter des choses plus profondes et complexes que ta ma√ģtrise de l’anglais ne t’autorise pas. Pourquoi cela ? Tu te sens comme un parolier fran√ßais √† l’√©troit dans le registre de la pop anglophone ?

Non, je ne m’y sens pas √† l’√©troit, parce que j’ai beau me sentir un peu parolier, la musique me vient presque toujours en premier lieu (je pense rarement aux paroles avant d’avoir une m√©lodie de chant) et j’aime que le sens reste un peu obscur, abstrait, en retrait. A mes yeux, les plus grandes chansons sont souvent les plus myst√©rieuses… “Stairway to Heaven” par exemple, c’est presque mystique. Apr√®s, quand les mots ne viennent pas, que je suis en difficult√©, j’aimerais parfois √™tre aussi libre en anglais qu’en fran√ßais, avoir plus de ressources linguistiques. Mais d’une mani√®re g√©n√©rale, j’aime cette contrainte, ce handicap qui m’interdit d’aller au-del√† du minimalisme et me permet dans le m√™me temps de conserver une certaine puret√© dans l’√©criture : je ne peux utiliser que des mots simples et les mots simples tapent fort.

Et tu t’y autorises sans doute de dire des choses que tu n’oserais pas dire en fran√ßais, je pense notamment aux refrains de “The Anti-Hedonist” (“I just want to fuck you hard in the ass”) et du morceau qui suit, plage 2, “The Incredible Story of a Magnificent Blowjob” (“I’m so fine in your mouth / Oh I wish you’ll never stop”)….

Bien s√Ľr ! Chanter en anglais permet aussi de dire des cochonneries qu’on ne raconterait pas comme √ßa au premier venu. Il y a quelques chose d’assez grisant l√†-dedans : pouvoir tenir ce genre de propos en toute tranquillit√©…

“Des sabres dans les nuages” !

Oui, mais “The Anti-Hedonist” est une chanson de r√©volte et “Magnificient Blowjob” est une chanson que je voulais un peu porn. La plupart du temps j’√©cris des choses moins explicites.

Ce “Blowjob” est √©piphanique. L’as-tu d√©dicac√© √† l’int√©ress√©e et a-t-elle √©t√© touch√©e ou n’en a-t-elle jamais rien su, la chanson n’arrivant capri, quand c’√©tait fini, perdu de vue ?

Dans cette histoire de blowjob, le plus touch√© c’est moi… En vrai, pour cette chanson comme pour les autres, le lien avec les femmes est assez fort, je n’invente rien. Quand tu fais une musique comme la mienne, un peu chaloup√©e et m√©lancolique, latine quoi, il y a des sentiments qui t’inspirent plus que d’autres… Et la dope parfaite de ce point de vue l√†, c’est l’histoire d’amour torride et un peu triste. Parce que l’histoire d’amour torride et un peu triste est par nature chaloup√©e et m√©lancolique.

Et ce c√īt√© porn qui affleure parfois dans tes textes, c’est ton c√īt√© g√©n√©ration gangsta rap o√Ļ g√©n√©ration YouPorn ?

Je te r√©pondrai en deux temps, fa√ßon Giscard. Oui, le rap m’a vachement influenc√©, surtout celui de la c√īte Ouest, qui est le plus sexuel, le moins violent, mais le plus g√©nial √† mon avis. Mon premier CD, c’√©tait Premi√®re Consultation de Doc Gyn√©co. Je ne comprenais pas toujours les paroles, mais j’adorais les instrus, les petits d√©tails dans ses prods et j’√©coutais √ßa en boucle. Ces chansons √©taient hyper-confortables, commes des baskets. Et d√©sesp√©r√©es aussi. Ce m√©lange me fascinait et me fascine toujours : confort et tristesse. √áa pourrait r√©sumer toute ma musique √ßa. Pour ce qui est de YouPorn, je suis de cette g√©n√©ration ou du moins d’une des premi√®res g√©n√©ration porno sur internet. Or, je crois qu’il n’y a pas de plaisir plus triste que le porno. C’est solitaire, c’est vain : c’est ultra-moderne. Je le r√©p√®te : Doc Gyneco √©tait un visionnaire.

Je dis √ßa car pour moi tu te distingues de la plupart des jeunes musiciens de ton √Ęge parce que, tu as absorb√© la culture de ta g√©n√©ration (la pop, le rap, internet, etc.), ce qu’elle consid√®re comme cool, tout en t’appuyant sur des r√©f√©rences, comment dire, plus ancestrales, mythiques (le folk, la po√©sie, Bach, Byron…), des choses qui √©voquent un monde perdu ou int√©rieur…

Lord Byron √©tait une sorte de Doc Gyneco aristocratique. Il s’est foutu en l’air pareil, il a √©crit aussi. En fait, j’aime la m√™me chose chez ces deux artistes.

Le morceau suivant, plage 3, s’intitule “Blue Lemon”. C’est quoi ? Une histoire d’√©l√©phant roses ou ta fa√ßon de dire que “La Terre est bleue comme une orange” ?

Je m’en souviens tr√®s bien. J’√©tais dans mon appartement de Bologne, √† la fin d’une ann√©e d’Erasmus, il n’y avait personne dans mon immeuble, ce qui me permettait parfois de faire de la musique pendant 12h d’affil√©e. Un matin vers 7h, je venais de terminer l’instru de ce titre et il n’y avait rien dans mon frigo, √† part un citron. En le regardant, je me suis dit que les choses n’avaient pas toujours les couleurs qu’on leur donnait, qu’elles avaient une sorte de couleur “int√©rieure”. Que les chiffres pouvaient √™tre rouges, les lettres vertes, et les citrons bleus. J’ai √©t√© √©crire √ßa et j’ai termin√© le morceau le jour m√™me.

Ok, c’est plus ton “Sonnet des voyelles” alors ! Mais, dis-moi, tu carbures √† quoi pour pouvoir faire de la musique pendant 12h d’affil√© ?

√áa d√©pend ! A une √©poque, je fumais de l’herbe, comme 99% des mecs qui font de la prod, du mixage, etc. Parfois √ßa aide √† se concentrer et √† rentrer dans le son des morceaux. Parfois √ßa fait seulement perdre du temps. Mais c’est anecdotique. Aujourd’hui, je n’ai plus le droit de fumer mais je peux encore passer des heures √† construire un morceau. √áa me met dans un √©tat de transe o√Ļ j’oublie tout. Drogue ou pas drogue, peu importe, c’est la transe qui compte.

Apr√®s ce “citron bleu”, t’encha√ģnes plage 4 avec une “sonate de reggae rouge”…

Comme “Blue Lemon”, “Red Reggae Sonata” est le fruit de ce qu’on pourrait appeler un √©v√®nement perceptif : j’√©tais chez un pote et il y avait cette minuscule radio rouge, une radio des ann√©es 60. Je me suis demand√© : quel genre de musique irait le mieux avec cette petite radio rouge ? La r√©ponse √©tait : une sonate avec une batterie et une basse jou√©e reggae.

Dans ce morceau, comme tu viens de le dire, il y a peu d’ingr√©dients, comme il y en a peu dans “Blue Lemon” et son c√īt√© marabout-lo-ficelle-beat-box-hand-claps, mais il s’ach√®ve tout de m√™me dans le d√©lire d’un bon solo de gratte accompagn√© d’un toast rastafara√Į. C’est assez os√© : peu de moyens, mais tu ne te refuses rien !

On en revient au c√īt√© minimaliste et bricol√© de mes chansons. Deux remarques : d’un c√īt√©, quand tu fais tout toi m√™me, de l’√©criture au mixage, tu dois faire avec les moyens du bord et il est tr√®s difficile de faire sonner ton morceau comme du Michael Jackson… D’autant plus que les morceaux dont tu parles ont d√©j√† 2 ou 3 ans. Mais, l√† encore, j’aime les chansons bricol√©es, j’aime quand on voit les ficelles et qu’un morceau d√©voile un peu de la mani√®re dont il a √©t√© fait… C’est un peu comme de voir une fille qui n’est pas encore tout √† fait nue, tu vois ? Tout de suite, √ßa implique des promesses, un rythme, une narration. Ensuite, je t’avouerais que les structures pop ampoul√©es, presque baroques, ne me plaisent pas. Je suis plus s√©duit par les structures des musiques √©lectroniques. C’est r√©p√©titif, √ßa ressemble aux villes qu’on habite. C’est plus actuel et moins fatiguant √† imaginer.

4. Basile swimming pool

A propos de pop et de prod, que penses-tu des groupes pop fran√ßais qui buzz en ce moment, comme Aline, La Femme, AV, Fauve, Granville, Pendentif, Juveniles… ?

J’ai beaucoup de mal √† √©valuer ces groupes. Musicalement, chez eux, quelque chose me g√™ne, je n’arrive pas √† les trouver vraiment novateurs. Apr√®s, j’ai l’impression que la chanson fran√ßaise ne s’√©mancipera jamais de certains de ses fant√īmes, surtout Gainsbourg et Noir D√©sir, qui restent, il me semble, les deux influences les plus importantes des groupes actuels. Et quand un groupe comme La Femme ou Fauve essaie de m√©langer les influences en ajoutant une touche plus √©lectronique et un peu d’exotisme, j’ai l’impression que la somme de ces √©l√©ments disparates ne produit toujours pas de nouveaut√©, qu’il s’agit d’une somme de partie, jamais d’un vrai tout. Tout cela malgr√© le buzz qui peut les accompagner. La culture traverse des p√©riodes de richesse et des p√©riodes de d√©sert et en ce moment la chanson fran√ßaise est dans le d√©sert. Bref, je n’√©coute pas ces groupes !

As-tu tout de m√™me not√© (et c’est peut-√™tre notre chill-out √† nous) que la plupart de ces groupes (Alba Lua, La Femme, Granville, O Safari, Pendentif, Gar√ßons d’Argent…) ne parlent que d’√©t√©, de glisse, de kiss, de kif, d’√ģle et de sixties ? Toi qui pensais avant que la plage √©tait “tout ce qu’il y avait du monde” comme tu le chantes sur “Tropical Girls Are Dead”, qui ne figure pas sur tes d√©mos, qu’est-ce que cela t’inspire ?

C’est un sujet complexe. Je crois que ces deux courants sont li√©s √† l’√©volution actuelle du march√© de la musique. D’un c√īt√© la vague chill-out / musique de plage / grandes vacances est boost√© par le fait que le succ√®s d’un titre est de plus en plus √©troitement li√© √† un environnement commercial. Les chansons qui sont associ√©es √† des pubs font des cartons. La musique de type synchro (M83 par exemple), catchy et h√©doniste en devient d’autant plus populaire. D’un autre c√īt√©, peut √™tre en r√©action, existe un mouvement plus sombre, qui se d√©veloppe, avec des textes plus cyniques, tristes et critiques. Mais je pense que la musique h√©doniste a encore de beaux jours devant elle – m√™me si elle peut lasser – car c’est la seule qui soit vraiment compatible avec la publicit√©.

Plage 5, on trouve “Mario Star”. C’est quoi, une ode au plombier de Nintendo ? Ton morceau branch√© “Video Games” pour faire comme Lana Del Rey ?

√áa peut para√ģtre √©trange mais “Mario Star” est une chanson que j’ai longtemps eu envie d’√©crire. De par le clin d’Ňďil du titre, elle a bien s√Ľr quelque chose de g√©n√©rationnel, mais on peut aussi y voir une m√©taphore de certaines substances qui nous changent et nous acc√©l√®rent, et elle pourrait aussi parler de l’amour quand l’amour donne l’impression d’√™tre invincible. Mais en v√©rit√© ce morceau est venu d’une envie beaucoup plus basique : je voulais composer un refrain qui galope, comme si apr√®s avoir plan√© pendant le couplet, la chanson prenait une √©toile d’invincibilit√© et se mettait √† foncer droit devant elle.¬†“Mario Star”, c’est ma premi√®re chanson vraiment galopante. Tu vois que, l√† encore, tout est venu de la forme… Je fonctionne souvent comme √ßa : j’aper√ßois la chanson de loin, puis je m’en approche tout doucement et si tout se passe bien j’arrive √† l’attraper.

Plage 6, tu reprends le “Kids” de MGMT. C’est la seule reprise du disque et la seule que je t’ai jamais entendu faire. Pourquoi MGMT et pourquoi cette chanson ? Tu voulais cr√©√© le buzz sur le dos de leur notori√©t√© ?

D’une mani√®re g√©n√©rale, je fais peu de reprises et j’apprends peu de chansons. Mais celle-ci est id√©ale, c’est un tube parfait. Il y a tout : un son √©norme, des paroles assez √©sot√©riques pour qu’on puisse leur faire dire presque n’importe quoi, 4 accords, une belle m√©lodie, une interpr√©tation au top. Cette chanson a √©t√© importante pour moi, j’avais envie de m’en impr√©gner et de la transposer dans un genre de reggae, plus smooth.

“Importante” pour toi ?

Oui, comme l’a √©t√© tout l’album Oracular Spectacular. J’aime bien l’attitude qu’ils proposent dans leurs morceaux. Et √† chaque fois qu’un morceau me touche, je me demande : “Quelle attitude d√©fend ce groupe ? Qu’est-ce qu’il dit ?” Je ne sais pas exactement ce que veulent dire les deux mecs de MGMT, mais quand j’√©coute “Kids”, je me sens comme leur musique : intelligent, sensible et courageux. Il y a quelque chose de mystique chez eux.

En effet. Leur premier album m’avait rappel√© un autre disque d’une jeune musicien am√©ricain, disque que j’avais trouv√© lui aussi assez g√©n√©rationnelle, ambitieux et mystique, c’est le Digital Ash in A Digital Urn de Bright Eyes. Tu connais ?

Non, j’√©couterai !

Dans ta reprise de “Kids” on retrouve cette vibe reggae dont s’acoquinent souvent tes morceaux. D’o√Ļ te vient-elle ? Tes premiers accents de guitares ont √©t√© rythm√©s par la glande et les p√®t’ avec les potes du lyc√©e ?

Oui, bien s√Ľr. Ce qui est √©tonnant parce qu’√† 14-15 ans j’√©coutais exclusivement du rock’n’roll, le reggae me faisait chier. Mais on √©tait nombreux √† jouer de la guitare et il y avait beaucoup de reggae autour de moi. J’en ai donc jou√© bien avant d’aimer en √©couter. On passait des soir√©es √† jouer, √† chanter, on ne faisait que √ßa et on le faisait tr√®s rigoureusement, surtout avec deux de mes meilleurs potes. On a eu la chance de grandir dans un environnement ultra stimulant d’un point de vue artistique. M√™me si, comme dans pas mal de banlieues, on fumait et on faisait quelques conneries, au final on s’ennuyait peu parce que dans le milieu o√Ļ on se trouvait, la cr√©ativit√© √©tait tr√®s valoris√©e. Le seul truc qu’on respectait vraiment les uns chez les autres, c’√©tait le talent, quelque soit l’√Ęge o√Ļ le milieu social. C’√©tait tr√®s sain, de ce point de vue l√†.

(SUITE.)

6. Basile par Margaux Ract 2

Photo en “une” r√©alis√©e par Joris Rossi

Soundcloud et Myspace de Basile di Manski

 

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