A. GUERLOT-KOUROUKLIS

26 octobre 2012. 16h48. “Voici donc mes r√©ponses, que je n’esp√®re pas trop fleuves. J’ai essay√© d’√™tre concise autant que faire se peut. J’esp√®re que cela te plaira autant que cela m’a plut d’y r√©pondre.” me dit avec les doigts Alice Guerlot-Kourouklis, dite ALGK. Oui, classique : l’artiste a accept√© de r√©pondre √† mes questions √† propos de 334 distance, son premier album de multi-instrumentiste totalement libre de d√©voiler son univers “entre pop-song f√©ministe, √©lectro minimale et musique de film imaginaire”. Ce qui l’est moins c’est qu’√† son √©coute (mais est-ce seulement l’√©coute, n’est-ce pas aussi, d√©j√†, l’humain, le parcours, le feeling d√©gag√© devant la brumeuse singularit√© de tout √ßa ?) j’ai voulu poser des questions. Quelqu’un au bout du feel. Avec qui croiser le faire. Et √ßa ne m’arrive plus que tr√®s rarement qu’un disque qui sorte me donne envie de faire √ßa : l’ “inter vieweur”.

J’ai fait une exception et j’ai bien fait : trouvant que mes questions √©taient un ¬ę r√©gal ¬Ľ (du “travail” mais “passionnant”), elle me l‚Äôa rendu au centuple. Oui, son interview est fleuve et elle m‚Äôa emmen√©. C’est le genre de rencontre qui me conforte dans ma prise de distance avec l’id√©e de critique et de journaliste. Dans cette fant√īmisation, mon tamis s’affine et m’ouvre aux cas de force majeur. “ALGK, elle a tout d’une grande (inconnue). C’est typiquement le genre de projets “Parlhot”. Je dois lui c√©der (de) la place comme si elle faisait partie de mon tableau de chasse. Si je ne le fais pas, d’ailleurs, qui le fera ?” Oui, Alice¬†est de ces invisibles qui vous donnent l’impression, une fois qu’on les rejoint, que se forme une communaut√© de cŇďur et d’esprit. Un truc qui vous d√©passe. Pr√©cieux √ßa. D’ailleurs, moi-m√™me, le “pop writer”, que ferais-je, que serais-je sans ces alter h√©ros ?

“quelle image genr√©e de moi cette photo v√©hicule ?”

 

Bonjour Alice. 334 distance, le premier album que tu sors sous ton nom, en tant qu’artiste solo compte 18 titres. Vient-il de loin ? R√©sume-t-il une longue p√©riode ?
Oui en quelque sorte. Certains morceaux ont plusieurs ann√©es, d’autres sont plus r√©cents. La v√©rit√© est sans doute que j’ai eu beaucoup de mal (et peut-√™tre d’une mani√®re quasi pathologique) √† d√©cider qu’il √©tait termin√©. Ainsi cet album a eu plusieurs versions (avec d’autres morceaux), plusieurs moutures (avec un autre ordre) avant d’√™tre ce qu’il est aujourd’hui. C’est le genre de difficult√©s que l’on encontre lorsque l’on compose seule.

Comment as-tu assembler tout ça ? As-tu repris des bandes-son publiées ailleurs ?
Non, je n’ai pas repris des travaux publi√©s ailleurs. Le caract√®re h√©t√©roclite et vari√© des morceaux de cet album s’explique plus par le fait que je n’ai pas de ligne directrice dans mon travail, ni en terme de genre musical, ni en terme d’instrument privil√©gi√©, et que je marche par association d’id√©es musicales, que je fais tr√®s attention aux erreurs, soit de notes lorsque la main glisse sur un clavier, soit de manipulations informatiques, une boucle mal cal√©e qui ouvre soudainement un champ inaper√ßu auparavant. Un jour j’ach√®te une guitare √©lectrique et s’en suit tout un tas de morceau avec cette guitare, que par ailleurs je ne ma√ģtrise absolument pas, une autre fois, c’est la d√©couverte d’un logiciel qui va m’occuper pendant des jours entiers. √áa s’est pass√© comme √ßa avec la caisse claire, les p√©dales d’effet, la clarinette etc., toutes ces choses que j’utilise sans savoir en jouer. Par ailleurs, je me suis en effet pos√© la question de la coh√©rence de cet “assemblage”, et si cela n’allait pas nuire au projet, qui par ailleurs n’est peut-√™tre pas √©vident √† classer. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse attention √† cet √©cueil pour mon prochain album sur lequel je travaille actuellement, et en m√™me temps je crois que c’est plus fort que moi.

Pourquoi avoir sorti ce disque sous ton nom, qui est à rallonge ?
Ah la la, oui c’est une vraie question. J’y tenais, peut-√™tre parce que je ne voulais pas sp√©cialement s√©parer mes activit√©s avec une autre identit√©, un autre nom, mais je n’avais pas imagin√© √† quel point cela pouvait me rendre les choses compliqu√©es. Je me suis fait la remarque l’autre jour que peu de gens qui chantent en anglais, ou font de la pop ou de l’electro le font sous leur vrai nom, m√™me quand il est sexy comme Richard D. James, c’est souvent l’apanage de la chanson fran√ßaise. C’est vrai s’appeler The Kihfs on the Splashing Jerk ou Josh and the Pyr√©n√©es Squizz serait peut-√™tre plus vendeur, mais je n’ai pas trouv√©. Il y a quelque chose qui n’est pas moi dans tout √ßa.¬† Il y a un mois Yves Blanc (qui en premier lieu m’a dit qu’il fallait que je change de nom) et qui anime l’√©mission La Plan√®te Bleue sur la RTS suisse dans laquelle un morceau de l’album a √©t√© diffus√©, a √©corch√© mon nom √† l’antenne, je me suis dit : √ßa commence bien !

Et pourquoi ce titre, 334 Distance ?
L’histoire est la suivante : il y a quelques ann√©es je suis all√©e voir l’op√©ra vid√©o de Steve Reich et de Beryl Korot intitul√© The Cave, qui est encore √† ce jour l’Ňďuvre la plus incroyable et la plus sid√©rante que j’ai vue. Je suis sortie euphorique de ce spectacle. En voyant mon ticket de vestiaire avec le num√©ro 333, je me suis dit que c’√©tait encore plus incroyable ce chiffre r√©p√©t√© avec cette musique r√©p√©titive, et j’ai aussit√īt d√©cid√© que ce serait le titre de mon premier album, aussi pour l’√©nergie que cette Ňďuvre m’a donn√©e. Apr√®s avoir re√ßu, sur Myspace √† l’√©poque, des messages √©nigmatiques ou carr√©ment angoissants sur la signification du titre de mon album en rapport avec le chiffre du diable, ce √† quoi je n’avais pas pens√©, j’ai ajout√© un 1 et j’ai pris de la distance…

Vis-tu de ta musique ou as-tu envie, comme moi, qui suis d’ailleurs pass√© √† l’acte, de prendre ta retraite anticip√©e et de garder la musique en pure passion ?
Oui, je vis de la musique, avec mon activit√© de r√©alisatrice sonore, j’en vis m√™me plut√īt bien. Mais j’ai d√©j√† song√© √† m’installer √† la campagne ou, il n’y a pas longtemps, √† Bruxelles, pour vivre dans un grand espace o√Ļ je pourrais savourer une forme de retraite… et lire toute la journ√©e.

Pourquoi as-tu finalement refus√© l’option “partir √† la campagne” ? Tu pr√©f√®res “partir en campagne” pour ta musique ?
Oui, c’est vrai, je suis plut√īt “partie en campagne” pour ma musique mais pour une dur√©e d√©termin√©e, apr√®s je passe √† autre chose. Pour le reste, je fais partie des gens qui se demandent sans cesse si l’herbe n’est pas quand m√™me plus verte ailleurs (titre de mon album pr√©f√©r√© de Barbara Morgenstern d’ailleurs).

Tu habites à Paris. Depuis longtemps ? Pour le boulot ?
J’habite Paris depuis mes 6 ans, donc bien avant que les questions professionnelles ne se posent √† moi !

Ta musique est assez ambiante, paysagiste. N’est-ce pas parfois dur de trouver l’inspiration √† Paris ?
Ce n’est pas tant le lieu que le temps qui est ma pr√©occupation principale. Avoir pr√©cis√©ment suffisamment de temps pour m’abstraire du lieu dans lequel je suis, et de ses contingences. De temps pour jouer au sens premier du terme.

As-tu des parrains, des soutiens, des gens plus en vus que toi ?
Mes premiers parrains ont √©t√© les membres du groupe L’Attirail, qui m’ont accueillie il y a 14 ans, alors que j’avais 20 ans et eux presque 15 de plus. Ils m’ont appris beaucoup. J’ai gard√© des liens avec certains d’entre eux mais entre temps j’ai grandi, eux aussi ceci dit. Depuis quelques ann√©es je re√ßois le soutien g√©n√©reux et amical de Chapelier Fou qui m’a propos√© des collaborations √† venir, des encouragements de mon ami Mocke Depret de Holden et qui travaille avec Arlt et de Midget (Mocke et Claire Vallier), avec qui, autour d’un verre de vin, nous nous serrons les coudes, puisque Midget sort aussi son premier album… J’ai des rapports amicaux avec des musiciens qui me font du bien, comme avec John Greaves par exemple, que j’admire beaucoup. Par ailleurs j’ai √©t√© beaucoup (moralement) soutenue par le journaliste Olivier Bas ces derniers temps, j’ai re√ßu les compliments d’Olivier Lebeau de Volvox Music que j’ai rencontr√© avant l’√©t√© et enfin, j’ai re√ßu un gentil mot qui m’a beaucoup encourag√©e de Philippe Couderc de Vicious Circle apr√®s l’envoi de ma premi√®re maquette, mais pas de signature possible pour l’instant compte tenu du fait que ce que je fais est confidentiel et que je suis √©dit√©e. C’est la dure r√©alit√© des rapports (de pouvoir) entre acteurs du milieu musical…

Tu as un √©diteur, tu fais des bandes-son de documentaires politico-historiques, de films, de spectacle de danse, ton album cite des extraits de po√®mes et de films… Ne crains-tu pas d’avoir le d√©faut de ces gens qui sont trop dans l’artistique et donc vu comme trop arty autarciques ?
Il est vrai que je suis un peu autarcique. Pour l’instant je fais ce qu’il me pla√ģt, je ne me pr√©occupe pas trop de la mani√®re dont je suis vue, puisque jusqu’√† pr√©sent, je n’√©tais pas vue, justement. Je fais partie des gens qui souvent travaillent dans l’ombre, qui participent √† des projets o√Ļ l’int√©r√™t m√©diatique se situe √† un autre endroit que le son ou la musique… J’ai souvent senti qu’en France, avoir beaucoup d’activit√©s peut √™tre per√ßu comme n√©gatif, je crois que ce n’est pas le cas dans les pays anglo-saxons par exemple. Tant que j’ai du travail… Apr√®s je ne sais pas ce que signifie “√™tre trop dans l’artistique”, mais il m’importe quand m√™me que ma musique puisse √™tre imm√©diatement recevable, d’un point de vue sensible et √©motionnel. Puisque c’est avant tout ce que j’aime lorsque j’√©coute de la musique : avoir des frissons.

Qui est ton √©diteur. Peux-tu m’en parler ? Une vraie rencontre ?
Mon √©diteur, Fr√©d√©ric Leibovitz, est une personne exquise, qui compte √©norm√©ment pour moi, et qui en effet a √©t√© une rencontre d√©terminante dans mon parcours. Nous travaillons ensemble depuis 2005. C’est gr√Ęce √† lui que j’ai op√©r√© le glissement progressif vers l’√©lectronique et l’exp√©rimental, c’est lui qui m’a encourag√©e √† faire des m√©langes sonores et de genres. Il m’a donn√© confiance et a contribu√© amplement √† ce que je puisse vivre de la musique. Par ailleurs c’est une personne terriblement intelligente et extr√™mement cultiv√©e que j’aime √©couter.

C’est lui qui te permet de bien vivre de ta musique ?
Lorsque Fr√©d√©ric Leibovitz √©dite une musique que j’ai compos√©e pour un film, apr√®s diffusion du film, nous avons un contrat qui facilite et autorise tout autre utilisation de cette musique (pour des documentaires, des lectures sur France Culture pu des √©missions sur France Inter) et elle a un prix. C’est le travail de l’√©diteur que de faire vivre le plus possible la musique qu’il a √©dit√©e, et par cons√©quent les compositeurs avec qui il a sign√©. Beaucoup d’acteurs du milieu musical, du cin√©ma ou de l’audiovisuel consid√®rent (souvent sans m√™me l’avoir √©cout√©) qu’une musique qui passe par ce syst√®me d’√©dition est de la fausse musique. Or la vraie question que pose par mon √©diteur est : “Est-ce la destination de la musique qui fait sa qualit√© ?” Non. Il m’arrive parfois de penser que tout √ßa est li√© √† un probl√®me narcissique, et mal plac√©. D’ailleurs on est plus abreuv√© par l’image d’un artiste que par sa musique aujourd’hui en g√©n√©ral, et tout le monde se met dans la peau d’un expert en communication-marketing, pour essayer de faire “la diff√©rence”.

Tu es n√©e en Bretagne, tu joues de l’accord√©on, fais une musique instrumentale. Tu mords si on te compare √† Yann Tiersen ou √† une f√©e ?
Je viens de Bretagne, oui, mais rien de g√©n√©tique l√†-dedans ! Et puis je ne suis plus l’accord√©oniste que j’ai √©t√©, ce n’est plus mon instrument de pr√©dilection, m√™me si je l’adore. Je n’ai pas √©cout√© le dernier album de Yann Tiersen, donc je ne sais pas si la comparaison est juste, mais je me souviendrai toujours de la r√©action que j’ai eu il y a 14 ans environ lorsque j’ai d√©couvert qu’il jouait de tous les instruments sur son album Le Phare, que j’ai beaucoup √©cout√© : j’ai √©t√© bluff√©e, impressionn√©e, et je me suis dit quelle audace, il a bien raison ! Composer avec un accord√©on comme le sien (j’ai le m√™me, un chromatique piano) induit un certain nombre de sch√©mas que j’ai bien reconnu chez lui. Il a ses gimmicks et j’ai aussi mes habitudes musicales, mais je crois qu’elles sont sensiblement diff√©rentes, harmoniquement parlant. Quand j’√©coute des m√©lodies de lui aujourd’hui, je me dis : “Tiens, j’aurais termin√© la phrase diff√©remment”, ou encore : “Tiens, j’aurais mis plut√īt telle autre note de basse…” Et pour ce qui est de la f√©e, si je m’en tiens √† la d√©finition que je viens de lire dans Wikipedia (“Une f√©e est un √™tre imaginaire, g√©n√©ralement d√©crit comme anthropomorphe et du genre f√©minin (“f√©etaud” au masculin), d’une grande beaut√©, capable de conf√©rer des dons aux nouveau-n√©s, de voler dans les airs, de lancer des sorts et d’influencer le futur.”), je serais bien curieuse d’apprendre comment t’est venue cette id√©e √† mon sujet ?

Souvent quand un musicien vient de Bretagne et fait de la musique “climatique” vient automatiquement en t√™te un imaginaire f√©√©rique un peu clich√©, surtout si ce musicien est une femme. Et puis tu cites aussi Bj√∂rk au rang de tes influences… N’est-ce pas un peu risqu√© ?
Oui, je me suis pos√© la question, ta question confirme mes craintes… ! Quand je pense √† Bj√∂rk, je pense √† Debut, Post, Homogenic mais surtout √† Vespertine que j’ai √©cout√© bien 14 000 fois. A l’√©poque je me disais : “Mais que peut-on faire apr√®s un si beau disque ?” Apr√®s j’ai d√©croch√©… Donc j’aurais d√Ľ pr√©ciser : Bj√∂rk entre 1993 et 2001 !

Oui, disons qu’apr√®s Vespertine c’est surtout Bj√∂rk qui a d√©croch√© en partant trop loin dans ses d√©lires vocaux et son √©gocentrisme arty… Mais pour en revenir au th√®me de la f√©e musical, il m’a toujours sembl√© que le succ√®s musical et visuel de Bjork, apr√®s celui de Kate Bush, avait engendr√© un clich√© n√©faste que j’appelle la ¬ę f√©√©risation ¬Ľ ou ¬ę elfisation ¬Ľ des femmes musiciennes. Clich√© castrateur perp√©tu√© par le discours journalistiques quand il ne l’est pas par les artistes elles-m√™mes par suivisme. Tu sais, ce truc de la femme-f√©e √† la fois bizarre et jolie, fashioniste et animiste, v√™tue de parures et de plumes excentriques ? Qu’est-ce que cela t’inspire ?
C’est une r√©flexion passionnante que tu lances l√†, et je ne suis pas s√Ľre qu’il existe d’ouvrage √† ce sujet. Je sais qu’en histoire et en sociologie il y a des ouvrages sur les femmes musiciennes, ainsi que des articles sur l’utilisation de la voix par les femmes, sur des groupes de femmes en musique qui se montent, issus de la culture queer ou f√©ministe par exemple, seule culture √† mon sens qui renouvelle aujourd’hui la mise en sc√®ne des musiciennes, mais qui a ses codes bien circonscrits aussi d’une certaine mani√®re, en revanche, des analyses sur la repr√©sentation des femmes dans la musique pop et rock, et sur la mani√®re dont elles ont elles-m√™mes choisi de se mettre en sc√®ne, je ne vois pas. C’est √† faire ! C’est vrai que cette dr√īle de mise en sc√®ne entre l’√™tre imaginaire et la culture animiste qu’ont utilis√© Bjork et Kate Bush est √©tonnante (ceci dit, je me dis que l’image m√™me du groupe Gossip est en train de se d√©r√©aliser dans les derni√®res photos que j’ai vues). Est-ce pour √©chapper aux autres alternatives de mise en sc√®ne des femmes en musiques : la rockeuse sexy avec son cuir sur ses seins nus, la femme distraite qui a les yeux en l’air comme si elle avait fait une b√™tise (l’√©tourdie en somme), l’espi√®gle un peu fatale qui te regarde avec des yeux mi coquins mi f√©lins mais qui a les √©paules nues mises en avant, la poup√©e fragile, le personnage fantastique qui n’est pas √©loign√© de la figure ambivalente de la f√©e ? Peut-√™tre. Je suis en train de faire des recherches images dans Google et c’est passionnant : m√™me Bat for Lashes avec son maquillage indien d’Am√©rique, ses plumes et son col roul√© moulant tigre ou l√©opard ou encore Camille avec des r√©f√©rences √† la danse tribale rentrent l√†-dedans. Il y a aussi le clich√© de la musicienne qui ferme les yeux comme aspir√©e dans une profondeur inspir√©e en int√©rieur jour avec du vent dans les cheveux. Je remarque aussi un tr√®s gros succ√®s de la plume multicolore dans les cheveux… Il y a des codes d’identification imm√©diate, des modes : comprendre en une image √† quel genre de musique on a √† faire est un enjeu sans doute important pour beaucoup aujourd’hui, tout simplement pour vendre mais aussi √™tre imm√©diatement assimil√©(e) √† une famille, un courant, √™tre “in”. (De ce point de vue l√†, √©galement, je crois que je n’ai pas optimis√© mes chances !). Pour revenir √† ta question sur une √©ventuelle castration comme tu dis, je me demande : faut-il en effet que les femmes soient des petits g√©nies monstrueux comme Bj√∂rk, dont la force cr√©atrice est ind√©niable, pour que soient acceptables leur talent et leur cr√©ativit√© ? Autrement dit, faut-il qu’elles ne soient pas tout √† fait humaine (tout comme la figure de la sorci√®re) ? Toute l’ambigu√Įt√© apr√®s r√©side dans le fait qu’il y a sans doute une sorte d’interaction entre ce que la soci√©t√© admet et v√©hicule comme image et la mani√®re dont les artistes elles-m√™mes, parfois sans aucun recul critique, se mettent en sc√®ne afin de toujours et encore servir une image des femmes. A ce sujet, cela me fait penser √† un tr√®s beau travail r√©alis√© dans les ann√©es 60 par Erving Goffman (que je te mets en pdf en pi√®ce-jointe : les images commencent √† la page 40) sur les repr√©sentations des hommes et des femmes dans la publicit√© et les magazines. C’est toujours d’actualit√© ! En ce qui me concerne, j’ai orient√© la photo qui est dans mon album vers un univers proche de celui d’Aki Kaurism√§ki, c’est-√†-dire une sorte de po√©sie de l’absurde emprunte de m√©lancolie, univers que j’aime √©norm√©ment, mais je ne sais pas au final, quelle image (genr√©e) de moi cette photo v√©hicule.

Par moments l’√©coute de ton album m’a √©voqu√© les atmosph√®res d’illuminations en bruissements d’insectes du dernier Apparat, The Devil’s Walk. Une sorte de f√©√©rie justement mais intrins√®quement li√©e aux atmosph√®res d√©velopp√©es, subtile, pas clich√©. Presque Myazakiennes, suprasensible. Connais-tu la musique d’Apparat et si oui sens-tu des accointances entre sa musique et la tienne ?
J’adore Apparat. Je viens de d√©couvrir son dernier album et j’avoue l’avoir moins aim√© que son pr√©c√©dent, Walls, mon favoris, que j’√©coute tr√®s souvent. Disons que sur The Devil’s Walk, les voix m’ont √©tonn√©. Mais bien s√Ľr, j’y trouve des accointances avec ce que je fais, comme c’est souvent le cas avec les musiques que j’aime, m√™me si souvent ces accointances ne parlent qu’√† moi ! Globalement, j’adore son travail sur le rythme, reconnaissable entre mille et sa gravit√© et m√©lancolie assum√©es, ce qui n’est pas encore mon cas. Dans son dernier album il y a plus d’√©l√©ments acoustiques et un mode d’enregistrement un peu diff√©rent, du coup oui, sur un morceau comme “The Soft Voices Die”, il y a vraiment un univers tr√®s proche du mien, avec toujours, heureusement, les choix qui sont propres √† chacun, √† savoir des progressions harmoniques comme ci ou comme √ßa, ce qui fait que l’on ne peut jamais se dire : j’aurais fait la m√™me chose.

Il y a peu de chant et de texte dans ton disque et quand il y en a “√ßa parle” de silence, d’absence, de d√©litement de l’√™tre. Quel est ton rapport au chant et √† la pop ?
J’ai d√©couvert ma voix assez tardivement en l’utilisant dans des r√©alisations sonores qui accompagnaient des photographies, donc avant tout sous la forme parl√©e. Le caract√®re rythmique et musical de cette utilisation ne m’a pas √©chapp√©. Et puis un jour je suis pass√©e d’une voix parl√©e sur la musique √† une voix progressivement chantante, de mani√®re tr√®s laborieuse (il faut compter entre 50 et 250 prises pour obtenir un r√©sultat qui me convient ! j’exag√®re √† peine) parce que concr√®tement, je ne sais pas chanter, mais j’aime beaucoup √ßa. Et j’ai aim√© du coup pouvoir exprimer des images par des mots. Il est vrai que chanter et √©crire des textes fait basculer dans une autre dimension de l’expression de soi. Ce qui en ressort chez moi, c’est mon exp√©rience de la solitude et de l’imaginaire qui en d√©coule, ainsi que la mani√®re dont j’aime l’observer chez les autres, dans la rue, dans un caf√©, n’importe o√Ļ. Et en ce qui concerne la pop, il y a comme quelque chose qui m’√©chappe dans ce mot. Je ne saurais pas dire ce que c’est pour moi la pop.

En tous cas, quand tu te mets √† chanter on d√©couvre une voix assez grave et pugnace, qui minaude pas quoi comme sur ce “Washing Machine” tout en “word dropping” presque rap qui ouvre l’album. C’est important √ßa, ne pas minauder ? Et comment est n√© ce morceau ? Son propos est, para√ģt-il, politique…
Oui, ne pas minauder c’est un premier pas vers la d√©sinhibition ! J’ai √©crit ce texte avec une intention tr√®s pr√©cise, mais aussi en accord avec le rythme. La musique a pr√©c√©d√© le texte, comme pour tous les morceaux. L’ordre des mots est soigneusement choisi en fonction de cette contrainte (nombre de syllabes etc.). J’y √©num√®re un certain nombre de mots, adjectifs, signifiants, activit√©s, que l’on assigne ou associe aux femmes, des caract√®res qu’on dit “naturels”. Ces assignations de genre √©manent et servent des rapports de pouvoir et d√®s qu’il s’agit de rapports de pouvoir on est dans le politique il me semble. Je n’y vais pas avec le dos de la cuill√®re parce que ces “assignations” m’√©nervent beaucoup.

“XXY” c’est un morceau (deux morceaux d’ailleurs) sur le syndrome de Klinefelter ?
Ce n’est pas un morceau qui parle de cette combinaison chromosomique, mais le titre y fait r√©f√©rence √©videmment. Ce morceau est une √©vocation m√©taphorique de la question de la perception du genre et surtout de mes questionnements sur “qu’est ce qui se joue et qu’est ce qui est si important au fond quand on se demande au sujet de quelqu’un : “Est-ce un homme ou une femme ?” mais qui pourrait rejoindre aussi les interrogations autour de : “Est-ce un blanc ou un noir” ? Il n’y a pas longtemps j’ai lu La T√Ęche de Philip Roth, livre sur un homme noir qui se fait passer toute sa vie pour blanc et dont la carri√®re universitaire s’ach√®ve brusquement, parce qu’il est accus√© de racisme… Je ne saurais pas dire pourquoi, mais je sens qu’il y a un lien.

“Untitled Society” incorpore des bruitages de films pornos. Pourquoi ? C’est une sorte de d√©nonciation des films pornos ou t’es du genre √† en regarder ?
Oui, il m’arrive d’en regarder, bien que rarement, mais ce qui m’a beaucoup amus√©, c’est de d√©couvrir des disques entiers de bruitages pour films porno, avec des sons tr√®s clich√©s et surtout des voix de femmes (majoritaires √©videmment) √† qui on fait dire des choses incroyables avec une voix sens√©e exprimer le comble du d√©sir ou de l’excitation. Les banques de bruitages sont passionnantes √† cet √©gard car elles r√©sument assez bien √† mon sens tout l’imaginaire d’une soci√©t√©, et comme un son fonctionne un peu comme une m√©tonymie (un bruit de circulation dans un film = en ville). Il est int√©ressant d’entendre ce que les producteurs de ces sons ont choisi pour illustrer telle ou telle situation.

Porno, lave-linge, chant parl√© (associations d’id√©es) : connais-tu Yann Tambour alias Encre et maintenant This Stranded Horse ?
This Stranded Horse, c’est le mec qui joue de la kora ? Oui, il avait d√©j√† retenu mon attention pour la simple raison que j’ai eu envie aussi √† un moment de me mettre √† la kora. Je l’avais envi√©.

Comment es-tu venue à la musique ?
J’ai appris le piano √©tant jeune et j’ai arr√™t√© √† 13 ans. Je crois que je n’aimais pas “travailler le piano”. J’ai, je ne sais pourquoi, d√©velopp√© une obsession pour l’accord√©on √† 18 ans, que j’ai achet√© apr√®s mon bac. J’ai appris seule cet instrument en essayant de jouer Les N√©gresses Vertes ou des morceaux de Madredeus. Et puis j’ai √©t√© “rep√©r√©e” par un contrebassiste, Stephen Harrison, alors que je faisais la manche avec des potes dans un caf√© en jouant de la musique tzigane. Ensuite je suis rentr√©e dans le groupe L’Attirail, qui avait d√©j√† pas mal de concerts √† son actif, ce qui m’a permis de me “professionnaliser”, autrement dit, gagner ma vie en √©tant musicienne.

J’ai appris que tu avais aussi¬† jou√© avec le groupe Jack The Ripper
Oui, j’ai jou√© de l’accord√©on sur leur premier album et les ai accompagn√©s sur sc√®ne pour la sortie de l’album. Mais l’accord√©on n’√©tait pas cens√© int√©grer le groupe de mani√®re constante (ils √©taient d√©j√† bien nombreux !). Nous nous sommes un peu perdus de vue avec les ans, bien que j’ai des liens amicaux avec Adrien, le violoniste.

As-tu, dans ta venue à la musique, un disque ou un groupe fondateur ?
Les disques de ma m√®re : Rachmaninov, Mozart, Schubert, Chopin mais aussi Stevie Wonder et Robert Wyatt et son Rock Bottom et ma d√©couverte √† l’adolescence de The Cure et de L√©o Ferr√©.

J’ai lu que tu aimais aussi beaucoup John Cale. Pourquoi et que faut-il √©couter de lui ? Je l’ai r√©cemment interview√© mais je suis novice su son Ňďuvre. Peux-tu m’√©clairer ?
J’avais lu ta chronique dans le journal Trois Couleurs et je l’avais trouv√©e m√©lancolique…

M√©lancolique ? Ah √©trange, mais √ßa a tendance √† me plaire que tu l’aies trouv√©e m√©lancolique. Saurais-tu dire pourquoi ?
Je sens de la tristesse dans ton ton, ou bien c’est moi que cet article a rendue un peu triste. Tu finis en √©crivant “la v√©rit√©, c‚Äôest que peu se pr√©occuperaient de ce Shifty Adventures in Nookie Wood s‚Äôil n‚Äô√©tait sign√© John Cale” tout en ayant commenc√© par “Cale, c‚Äôest le ¬ę John qui ? ¬Ľ du rock. On le confond souvent avec John Cage et J. J. Cale, deux autres musiciens m√©connus”. Il y a un c√īt√© cruel et un peu absurde de la position dans laquelle toi en tant que journaliste musical tu te retrouves : √† la fois comment ne pas chroniquer ce disque, mais aussi comment et pourquoi le chroniquer ? C’est √ßa¬† la chute d’une figure que l’on aurait aim√©e ic√īne ? Par ailleurs ce disque est d√©concertant, je ne l’ai pas compris, je le vois comme une tentative maladroite de s’accrocher √† une √©poque dans laquelle on se sent mal, tout en dig√©rant tr√®s mal les ingr√©dient qui permettraient d’y acc√©der. Alors qu’il peut √©crire des choses sublimes, je l’imaginerais mieux en spoken word, avec des cordes en toile de fond, du silence, du souffle et sa voix grave. Pour ce qui est de son Ňďuvre √† conseiller, au-del√† de ce que je connais de lui dans le Velvet Underground et de sa carri√®re solo que je ne connais que partiellement, il a √©crit une musique de film qui est assez bouleversante, N’oublie pas que tu vas mourir, avec notamment un quatuor √† cordes. De ces compositions, il se d√©gage une force m√©lancolique qui va bien au-del√† de celle du film, comme si quelque chose de lui cach√© s’√©tait exprim√© l√†-dedans. √áa m’a boulevers√©e et je l’ai vu sous un autre jour √† partir de l√†. En composant “Une Nuit d’Ennui” (un morceau de son premier album – nda), j’ai pens√© √† √ßa.

Ce disque, 334 distance, tu le joueras sur scène, avec un groupe ?
Cela va bien m’arriver un jour, bien que paradoxalement, ce ne soit pas ma priorit√©. Cela demande un gros boulot d’adaptation, et il serait difficile de le jouer seule. De toute fa√ßon, je suis trop inhib√©e pour cela, je n’ai pas encore d√©termin√© la formule sc√©nique la mieux adapt√©e, et j’ai tr√®s envie de passer √† autre chose….

A ce propos, j’ai cru comprendre qu’actuellement tu travaillais sur la bande-son d’un documentaire consacr√© √† l’√©crivain(e ?) Annie Lebrun. J’ai d√©j√† entendu parler d’elle mais je ne la connais pas. Enfin je ne connais pas son Ňďuvre. Que peux-tu m’en dire ?
Je me plonge en ce moment dans son Ňďuvre, que je ne connaissais que peu. Et je dois avouer que je prends une claque. Une √©criture magnifique, une intelligence incroyable, et beaucoup de caract√®re ! J’admire son c√īt√© radical et insoumis. J’ai lu un entretien d’elle et il y avait un passage qui n’√©tait pas √©loign√© de nos pr√©occupations ci-dessus. A un moment le journaliste lui dit qu’elle fait “essentiellement r√©f√©rence √† des auteurs morts” et lui demande : “Ces exp√©riences sont-elles impossibles aujourd’hui ?”. Voici ce qu’elle r√©pond, brillant : “Ce n’est pas impossible mais je n’ai pas vu grand-chose qui m’ait boulevers√©e. Il y a s√Ľrement des √™tres qui sont ailleurs mais tout para√ģt fait pour qu’on le sache encore moins qu’avant. √Čtant donn√© la mise en r√©seau du monde actuel, comment pourraient s’y manifester des √™tres qui sont en dehors, en rupture ? √Ä la place, on nous vend des ersatz de r√©volte qu’on peut acheter √† tous les prix : une r√©volte pour les pauvres avec le rap, une autre pour la moyenne bourgeoisie cibl√©e entre jeune cadre et publicitaire… Il y a un v√©ritable march√© de la r√©volte : un dictionnaire du Si√®cle rebelle chez Larousse, un parfum… Un livre qui a sa place dans ce march√©, c’est Lipstick Traces de Greil Marcus, o√Ļ, situationnisme aidant, Dada est d√©clar√© l’anc√™tre des punks. C’est tellement approximatif qu’on est √† la limite de la d√©formation, voire de la d√©sinformation sur l’√©poque. C’est un produit exemplaire de la pens√©e pr√©-m√Ęch√©e qui fait fureur mais qui sert en l’occurrence √† camoufler le tragique du massacre de la r√©volte punk, sur laquelle il faudra revenir. Mais on peut d√©j√† voir dans ce livre combien, pour l’oublier, y aident l’aplatissement de toute perspective historique et la neutralisation de la dimension sensible qui d√©terminent aujourd’hui le formatage de tous les produits culturels. Voil√† un peu de r√©volte, emballage tendance, qu’on peut acheter en kit pour les f√™tes de fin d’ann√©e.” C√īt√© musique, nous avons d√©cid√© avec la r√©alisatrice Val√©rie Minetto d’un univers musical en lien avec ses intentions formelles. Je suis partie sur un duo piano/violoncelle mais j’imagine un travail sur le son, l’air dans le son, pour ajouter un peu de mati√®re √©paisse dans ce duo.

A part √ßa qu’est-ce qui te (pr√©)occupe actuellement ?
Jean-François Copé me préoccupe beaucoup beaucoup.

(OFF RECORD.)

5 réponses
  1. Gallois david
    Gallois david dit :

    Salut Sylvain
    Et bien oui, elle est très intéressante cette nana.
    Je dirais qu’elle semble avoir le g√©nie en elle. Celui de construire sont histoire/son Ňďuvre avec un regard tourn√© en permanence vers diff√©rentes sources d’inspiration / un regard sans point fixe.
    Peut-√™tre ce rien, de tout ( comme je dirais une infiltr√©e, un colon de l’esprit).
    Une part de nihilisme, souhaitable à mes yeux même si dangereuse ( historiquement liée à la barbarie).
    Je te suis, nous nous retrouvons en elle.
    Et puis son parcours, moi √ßa m’interpelle et je comprends qu’elle touche aujourd’hui √† plusieurs dimensions.
    Un jour elle pourrait √™tre √©crivain, le lendemain politique….tu vois !
    Tu as raison, on croise dans sa vie, quand on a de la chance, des personnes qui vous renvoient à notre dimension humaine, sublime ( comme Hugo sublime notre romantisme).

    Boulversant pour toi cette interview, ça se lit !
    David.

  2. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    Salut David,
    C’est tr√®s gentil et touchant de me faire partager ta vibration sur ce texte / entretien.
    J’aime beaucoup sentir que les choses se propagent ainsi, tu vois, on en a besoin, non ?
    De se sentir √©mu, inspir√©, pris dans des trucs, des rencontres, des cercles vertueux…
    A suivre

  3. ludo
    ludo dit :

    Merci Sylvain pour cette découverte.
    Je picore l’album petit √† petit, de plus en plus √©merveill√© par la subtilit√© et les ambiances si personnelles d’ALGK.
    Un vrai coup de foudre, en douceur, comme dans un rêve.
    Je pense que je me fendrai d’une chronique amoureuse en d√©but d’ann√©e, sur le webzine auquel je collabore (Pinkushion), histoire de tenter de faire conna√ģtre cette musique de plume et mercure.
    En attendant, 334 Distance est mon baume d’hiver. Seul regret, que l’album n’existe pas (√† ma connaissance) en version physique, cd que j’aurais pu offrir √† quelques coeurs tendres autour de moi …
    Belle fin d’ann√©e √† toi, cher d√©fricheur

    Ludo

  4. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    De rien Ludo, super si le hasard t’a amen√© √† lire cet entretien et donc √† d√©couvrir cette artiste.
    334, distance est en effet de ces disques riches, paysagistes et m√©ticuleux qui s’abordent patiemment…
    Vraiment super si tu tombes petit à petit dedans, comme moi avant toi, etc., etc.
    N’h√©site pas √† contacter Alice, il doit s√Ľrement lui rester un exemplaire √† envoyer… ūüėČ
    Belle fin d’ann√©e √† toi aussi, d√©fricheur-passeur
    Sylvain

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