BASILE DI MANKI : 1988 EP + MIXTAPE

skate_V3-01

14 avril 2013. 18h30. Paris. Par mail : « Le graphiste vient de m’envoyer ça », m’Ă©crit Basile depuis sa retraite campagnarde. Entre « rehab en mode vĂ©lo et jardinage », il essaie d’y Ă©crire de nouveaux titres et de sortir 1988, l’EP qui prĂ©senterait enfin le best of des Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents. Son message s’intitule « LANDSKATE ». Je tique. Ouvre la piĂšce-jointe et dĂ©couvre ce qui viendra illustrer sa premiĂšre sortie physique : la silhouette d’un skate camouflĂ© dans le cosmos. « CoĂŻncidence ? »

« Landskate » est un nĂ©ologisme que je lui avais proposĂ© il y a plus d’un an alors que je rĂ©flĂ©chissais Ă  la maniĂšre de conceptualiser sa polymorphie musicale. J’avais trouvĂ© ça en combinant sa passion pour le skate et la nature atsmoothĂ©riques de ses paysages sonores. « Landskate pop » : j’y voyais ses slaloms languides entre flegme West Coast et Week-end Ă  Rome, bonjour tristesse et cherry blossom girl. Je lui avais dis avec l’exaltation de Bruno Vandeli rĂ©pĂ©tant « Quadricolor ! »

Avec le recul je trouve ce mot plutĂŽt bidon mais voilĂ  que l’idĂ©e avait rejailli dans l’esprit d’un autre. Elle ne s’Ă©tait pas perdue, elle avait juste mutĂ© et, revenue de je ne sais quel pĂ©riple, je la retrouvais lĂ , devenue image, pour ĂȘtre la porte d’entrĂ©e de cet EP, 1988. Et l’image Ă©tait top. Elle aurait pu paraĂźtre un peu trop stĂšle-air mais comme une dentelle fine argentĂ©e la dĂ©coupe de la planche habillait l’ensemble de rondeurs pop charnelles. Je me suis dit : « Putain trop gĂ©nial !!! »

J’ai repensĂ© Ă  l’idĂ©e de la prĂ©cĂ©dente pochette, celle d’un « Sayen mĂ©lancolique », « mĂ©taphore, pour lui, de ce qu’est un artiste parce que sa puissance est intermittente, comme Goku, un mec qui entre en transe ». Je la regrettais un peu cette image. J’aimais le perso, son message. J’aimais ces tifs en feu mĂȘlant la fleur de Lotus au cornet de “mexican potatoes”. C’Ă©tait “pop yoga”, la fusion de l’Orient et de l’Occident. J’Ă©tais Ă  deux doigts de citer du Deleuze comme DĂ©dĂ© Manoukian.

super sayen basile

J’ai repensĂ© au premier livre de Basile, Saint-John d’Orange, paru chez l’Harmattan fin 2013. Cette histoire de saint moderne qui perd ses pouvoirs Ă  mesure que le narrateur s’Ă©lĂšve. Cet effet de vase communiquant, c’Ă©tait une autre maniĂšre de parler de la condition de super guerrier Ă©phĂ©mĂšre de l’artiste. Et ce tronçon de phrase : « la nuit romaine fondra comme un sorbet sur le fantĂŽme du ColisĂ©e », une autre façon de voir le dĂ©gradĂ© blue-velvet-john-orange qui nimbait ce Goku.

Important le violet. Important l’orange. Le premier symbolise la nuit, le spirituel. Le second le soleil, le matĂ©riel. L’ensemble ce feeling de daydreaming oĂč la musique de Basile prend sa source, ce cĂŽtĂ© chill-out qui en fait tout le charme. Et ce jaune d’orange n’Ă©tait pas exempt de la pochette retenue. Contre toute Ă©vidence, je pouvais le voir dans le skate alors que VISIBLEMENT il n’y Ă©tait pas. Pourquoi ? Parce que ceci n’Ă©tait pas qu’un skate. C’Ă©tait aussi une banane, Warhol, tu vois ?

Tout s’imbriquait pour prendre feu, sens. Bien sĂ»r que ce n’Ă©tait pas une coĂŻncidence. Trois ans aprĂšs qu’il m’ait Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© en dĂ©boulant dans ma boĂźte mail pour se faire un peu connaĂźtre via Parlhot, ce jeune Ă©crivain songwriter pop Ă©tait toujours mĂ©connu mais son 6 titres prenait enfin forme. Ça se scellait, m’Ă©chappait. C’Ă©tait la fin de quelque chose qui m’avait vu vivre en rare dĂ©positaire de toutes ces dĂ©mos gĂ©niales durant tout ce temps. Putain trois ans. La fin d’une belle histoire.

J’ai pensĂ© Ă  la bio qu’il m’avait demandĂ©e de lui Ă©crire. Je devais prendre mes cliques et mes claques, faire place nette, vite, des invitĂ©s allaient arriver. Je ne savais pas trop comment m’y prendre. Quoi dire ? Tellement de choses s’Ă©tait passĂ©es entre moi et ses morceaux. Tellement. Je savais juste que je parlerai peu de lui car seule sa pop compte et peu d’elle car rien ne remplace son Ă©coute, offerte ici, et que je finirais sur le “big up de buddy holy” que Rilke adressa Ă  Cocteau :

“Dites Ă  Jean que je l’aime, lui le seul Ă  qui s’ouvre le mythe dont il revient hĂąlĂ© comme du bord de la mer.”*

*citation extraite du livre DĂ©marche d’un poĂšte

Visuels 1 et 2 par Alexandre Essayie

Site de Basile di Manski

Interview de Basile part 1 

Interview de Basile part 2

Chronique sur Saint-John d’Orange

Basile di Manski sur We Do Music

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous Ă  la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire