COMING SOON “NEW GRIDS”

1er fĂ©vrier 2008. Sur France 2 Daniel Lumbroso prĂ©sente la 4e Ă©dition de La FĂȘte de la Chanson Française, qui se prĂ©vaut d’avoir dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ© Rose et BĂ©nabar. Cette fois elle nous demande de d’ « applaudir bien fort pour Clara Plume » qu’elle a « dĂ©couvert sur Myspace ». RĂ©dac chef des Inrocks, Jean-Daniel Beauvallet, qui vient de transformer le concours Ceux Qu’il Faut DĂ©couvrir en plateforme web tentaculaire dĂ©clare que « tous les gens qui sont complĂštement Ă  la ramasse viennent de dĂ©couvrir Myspace en 2007 » et que « pour eux c’est le nouvel Eldorado ». RĂ©dac chef de Rock & Folk, Philippe ManƓuvre, qui vient d’intĂ©grer le jury de La Nouvelle Star claironne que « les maisons de disques sont en train de disparaĂźtre » et que « les nouveaux directeurs artistiques » c’est lui, Lio, Sinclair, Manoukian. CrĂ©ateur du site de rock-critic GonzaĂŻ, Bester rappelle qu’ « il y a autre chose au-delĂ  de ce que promeuvent les mĂ©dias de masse ». Avec son groupe Coming Soon, Howard Hugues est dans l’Ɠil du cyclone. Qu’en pense-t-il ? (LE OFF.)

« on se retrouve en concurrence directe avec Nick Cave »


Bonjour Howard. Votre premier album sort dans trois jours. Mais ça fait déjà une paye que la blogosphÚre vous célÚbre comme de vraies stars. Comment ça se fait ?

Des stars, je n’irai pas jusque-lĂ . Pour l’instant on est juste encouragĂ© par des critiques qui jugent l’album sans nous avoir vus sur scĂšne. Et tout ça on le doit vraiment au travail de notre label. Comme on n’a pas encore fait plein de concerts et qu’on n’a pas encore de vrais fans, la mĂ©diatisation reste encore un truc abstrait pour nous.

A quand remonte la naissance du groupe ?

Il a vraiment Ă©tĂ© crĂ©Ă© il y a un an et demi, quand je suis arrivĂ© avec deux copines choristes (Marie SalomĂ© et Carolina Van Pelt). Mais Ă  la base de Coming Soon il y a un groupe formĂ© par LĂ©o (batterie, ukulĂ©lĂ©), son frĂšre Ben (guitare rythmique) et mon frĂšre Billy (basse). Un groupe qui remonte du temps oĂč ils Ă©taient au collĂšge. Mais Coming Soon est aussi nĂ© Ă  force de multiples projets parallĂšles dont Antsy Pants, un album qu’ils ont enregistrĂ© avec Kimya Dawson (membre du groupe anti-folk The Moldy Peaches) et qui revient d’ailleurs Ă©trangement dans l’actualitĂ© car deux de ses chansons figurent sur la BO du film Juno. C’est marrant qu’une chanson de LĂ©o pour Antsy Pants (« Vampire ») soit mise en avant aux Etats-Unis au moment oĂč une autre chanson Ă  lui (« Big Boy ») sort comme single du premier album de Coming Soon. C’est d’ailleurs rigolo de comparer le trajet qu’il a parcouru entre ces deux morceaux. On y retrouve le mĂȘme univers mais avec aujourd’hui les arrangements sont beaucoup plus luxueux que ceux de l’Ă©poque anti-folk d’Antsy Pants.

Comment des morceaux d’Antsy Pants ont-ils atterri sur la BO de Juno ?

C’est grĂące Ă  Kimya. Le metteur en scĂšne avait demandĂ© Ă  Ellen Page, l’actrice principale du film, quelle musique Ă©couterait son personnage et elle avait rĂ©pondu Les Moldy Peaches. Le rĂ©alisateur a donc Ă©coutĂ© Les Moldy, il a contactĂ© Kimya et il a dĂ©couvert tous ses projets solos. Au final c’est donc elle qui a choisi les morceaux de la BO.

Je suis allé voir votre Myspace. Il est bien foutu. On voit que vous savez trÚs bien communiquer autour de votre groupe et de votre musique.

Ça me fait plaisir que tu dises ça. Moi en fait je faisais de la vidĂ©o avant de rejoindre le groupe donc dĂšs le dĂ©part j’avais un regard extĂ©rieur sur ce que je voulais que le groupe soit ou pourrait ĂȘtre, donc si ça se sent un peu dans la maniĂšre dont on se prĂ©sente, c’est bien. Mais c’est moins de la manipulation que d’arriver Ă  synthĂ©tiser toutes les envies et les influences de chacun. Parce que tout le monde est trĂšs actif dans Coming Soon. Mon frĂšre et moi on passe beaucoup de temps Ă  faire la synthĂšse de tout ça pour essayer de bĂątir un univers, une image. Par exemple les teasers qu’on a mis sur le Myspace c’est un truc trĂšs simple : on avait la camĂ©ra, on a filmĂ© pendant une tournĂ©e et comme il n’y avait pas de quoi en faire un petit film on a diffusĂ© ça en petits clips comme ça. Mais il se trouve qu’avec ça, grĂące Ă  YouTube, on se retrouve en concurrence directe avec Nick Cave, qui a fait un peu le mĂȘme genre de vidĂ©os pour son dernier album (Dig, Lazarus, Dig !!!). C’est ça qui est rigolo avec Internet : avec des petits moyens on peut presque faire la mĂȘme chose que les stars.

Coming Soon est un groupe qui a pleinement conscience de l’importance de l’image.

Oui, dans ce sens-là on est trùs Warholien. On pense que l’apparence est trùs importante.

Ça se voit dans le nom de votre Myspace : Star Soon


Oui c’est encore un hommage Ă  Warhol. S’il Ă©tait vivant ce serait le producteur du groupe.

Ça se voit aussi sur la photo de votre pochette d’album : look, poses, tout est trĂšs orchestré 

Je pense qu’il ne faut pas se laisser dĂ©passer par l’image, il faut toujours soi-mĂȘme proposer des choses avant que les autres ne vous l’imposent. Être sa propre marionnette. Et l’apparence, le maquillage, la place de chacun, je pense que c’est parfois aussi important que ce qu’il y a dans une chanson. Ce n’est pas moins ni plus important, c’est juste que ça forme un tout. Et comme, fort heureusement, on ne peut pas passer tout notre temps Ă  composer et Ă  jouer, on passe aussi beaucoup de temps Ă  dessiner et Ă  se mettre en scĂšne. Mais je pense que tout le monde fait ça, qu’on soit musicien, danseur ou acteur.

Tu ne penses pas que c’est une prĂ©occupation trĂšs gĂ©nĂ©rationnelle ? Je veux dire, aujourd’hui avec la dĂ©mocratisation du home studio et des outils 2.0 type Myspace et YouTube on assiste Ă  un vrai raz de marĂ©e d’artistes Ă©mergents. Dans ce contexte le travail sur l’image et la com’ ne font-ils pas la diffĂ©rence ?

Non, je pense que ça a toujours Ă©tĂ© comme ça. Toutes les gĂ©nĂ©rations ont eu Ă  faire aux mĂ©dias. Peut-ĂȘtre que ça s’accĂ©lĂšre ces temps-ci mais nous on n’est pas non plus obsĂ©dĂ© par l’apparence. En gĂ©nĂ©ral on est assez mal sapĂ© dans la vie, on s’habille bien pour les concerts parce que c’est important de bien prĂ©senter sur scĂšne.

Depuis l’explosion de Myspace, ce n’est plus vraiment sur scĂšne que les labels dĂ©nichent du nouveau talent ni mĂȘme via l’envoi de dĂ©mos mais directement sur net. Les groupes le savent et chacun s’asticote gentiment dans ce but. Ça vous plait cette ambiance ?

Non, nous on est trĂšs content parce qu’on se sent Ă  la fois portĂ© par des auditeurs qui nous suivent et par un label qui fait trĂšs bien son travail, mais on n’aime pas du tout l’atmosphĂšre de concours permanent qui rĂšgne sur le net, on essaye d’en rester le plus Ă©loignĂ© possible. Si quelqu’un faisait la mĂȘme musique que nous en mieux on arrĂȘterait de faire ce qu’on fait.

Blogs et webzines ont tellement faim de nouveautĂ©s et de leur crĂ©dibilitĂ© de « talent scout » qu’ils cĂ©lĂšbrent chaque jour de nouveaux artistes Ă©mergeants. Qu’en penses-tu ?

Tout ça est aussi dĂ» Ă  l’industrie du disque. En ce moment les choses marchent moins bien pour elles, du coup plein de petits talents sortent un peu partout parce que les gens arrivent Ă  mettre leur musique sur Myspace. Et ce phĂ©nomĂšne est aussi dĂ» Ă  des groupes comme les Moldy Peaches parce qu’ils ont permis aux gens de se refrotter Ă  des choses parfois plus brutes, moins produites.



Votre label, Kitschen Music, vous a-t-il découvert via Myspace ?

Oui, aprĂšs ils nous ont suivi, ils venaient nous voir en concert et quand on leur a envoyĂ© notre album on leur a tout de suite dit qu’on voulait s’affirmer non pas comme une association de 7 artistes mais comme un groupe, un tout. On ne voudrait pas qu’un label nous demande plus de chansons de l’un d’entre nous. MĂȘme dans le groupe on ne veut pas de cette compĂ©tition. Chacun amĂšne des compos et on les arrange selon les besoins de l’album.

On ne sait pas trop qui fait quoi dans Coming Soon, les rÎles ne semblent pas figés chant-guitare-basse-batterie comme un groupe rock classique.

On signe toutes nos chansons en tant que Coming Soon, on les dĂ©clare comme telles Ă  la Sacem, en tant que groupe, et sur les crĂ©dits de l’album on a fait exprĂšs de ne pas prĂ©ciser qui chantait pour bien apparaĂźtre comme un ensemble Ă  7 tĂȘtes. MĂȘme si aprĂšs au concert les gens identifient qui fait quoi et ont leurs prĂ©fĂ©rĂ©s.

Certains de vos morceaux rappellent vraiment Nick Cave et Leonard Cohen, ils ont cette mĂȘme maturitĂ©, profonde, tĂ©nĂ©breuse. Vous ĂȘtes encore tous trĂšs jeunes, mĂȘme toi Howard. D’oĂč vient donc ce blues, son Ă©paisseur ?

Je suis le plus vieux dans le groupe, et le fait d’ĂȘtre avec quelqu’un de 15 ans me fait me sentir plus vieux encore, ça me donne du recul. Et puis Nick Cave c’est vrai que c’est une idole vivante, une personne pour qui on a une admiration sans borne. Je pense qu’il n’y en a pas vraiment d’autres qui tiennent Ă  ce point-lĂ  le cap de leur carriĂšre, Ă  part peut-ĂȘtre Tom Waits. Et puis oui c’est le blues qui rĂ©uni tout ça. On a des influences mais on ne fait pas de copies et parfois on se retrouve bizarrement Ă  aimer les mĂȘmes choses que pouvaient aimer les Bads Seeds ou le Piano Club au dĂ©but. C’est pour ça qu’on parle de « new grids », parce que le folk-rock est une musique au carrefour de plein de choses et on a un peu mis les deux pieds dedans sans gĂšne, sans peur.

Au fait, ça veut dire quoi « new grids » ?

Ça veut dire « nouveaux territoires » ou « nouveaux rĂ©seaux ». Mais « grids » c’est aussi les cases vides dans les mots croisĂ©s. Les personnages des sĂ©ries amĂ©ricaines essaient toujours d’ĂȘtre « off the grid ». Jack Bauer est un bon exemple, il essaie toujours de sortir des rĂ©seaux et il n’y arrive jamais. Nous on ne va pas dire qu’on propose de nouveaux territoires, ce serait trĂšs prĂ©tentieux, mais on essaie de proposer de nouvelles cases.

Peut-on dire que exsudez si bien le folk américain parce que vous vivez dans un coin paumé en Savoie et pas à Paris ou dans une autre grande ville de France et que voilà le folk et son imaginaire se nourrissent de zones en marges et de laissés-pour-compte ?

Tout Ă  fait, oui. Il y a un goĂ»t du voyage dans le fait de se sentir un peu Ă  cĂŽtĂ© des choses qui se passent, ça donne un regard un peu privilĂ©giĂ©, mĂȘme si aujourd’hui beaucoup d’entre nous ne sont plus en Savoie. Trois sont Ă  Lyon pour leurs Ă©tudes et moi j’habite Paris depuis 6 ans. Seuls les deux plus jeunes sont restĂ©s Ă  Annecy.

C’est dur d’émerger quand on est un groupe et qu’on vient de Savoie ?

SĂ»rement, mais nous on a eu de la chance. Ça fait un peu plus d’un an qu’on mĂšne notre barque, et c’est vrai que bizarrement c’est allĂ© quand mĂȘme assez vite pour nous parce qu’avant mĂȘme d’avoir sorti quoique ce soit on avait dĂ©jĂ  rencontrĂ© la scĂšne anti-folk, on avait jouĂ© Ă  New York, Ă  Berlin. Tout ça nous a permis d’avoir un peu de recul, de ne pas nous considĂ©rer comme un groupe local et d’envoyer sans complexe notre musique un peu partout. On n’a jamais trop souffert d’une sĂ©paration Paris-Province ou France-International. Pour nous tout ça a toujours Ă©tĂ© un peu mĂ©langĂ©.

Comment vous ĂȘtes-vous dĂ©merdĂ© pour aller jouer Ă  Berlin et Ă  New York ?

Des amis nous ont organisĂ© des shows dans des petites scĂšnes. A New York c’est grĂące Ă  la bande Schwervon, Jeffrey Lewis, Kimya Dawson et Ă  Berlin grĂące Ă  notre ami Stanley Brinks (un pseudonyme d’AndrĂ© Herman DĂŒne) et sa copine ClĂ©mence Freschard. Et nous on leur renvoie l’ascenseur dĂšs qu’ils viennent Ă  Annecy ou Ă  Lyon.

Actuellement chacun d’entre vous est Ă  fond dans Coming Soon ?

En ce moment il y a cette petite parenthĂšse avec le film Juno qui fait beaucoup parler d’Antsy Pants et de LĂ©o, qui vit ça trĂšs bien, il est trĂšs heureux, mais c’est vrai qu’on est tous sur Coming Soon et qu’on a trĂšs envie de jouer. Les plans de concerts commencent Ă  arriver et on espĂšre que ça va continuer. Jouer c’est ça notre prioritĂ© pour l’annĂ©e qui vient.

Vous avez des tafs en dehors de la musique, des itinéraires bis si ça marche pas ?

Moi j’essaie de faire des films, d’autres font des Ă©tudes Ă  Science Po, en Lettres, Alex et LĂ©o font du cinĂ©ma d’animation
 En ce moment tout ça passe aprĂšs le groupe, Ă  part les Ă©tudes de LĂ©o et d’Alex qui sont respectivement en 3e et en 1er. L’agenda du groupe se fait un peu en fonction d’eux, ce qui n’est pas mal parce que ça laisse du temps pour faire des choses annexes et prendre un vrai plaisir Ă  se retrouver. Si on avait tous tout abandonnĂ© pour le groupe et qu’on s’enfermait chaque jour tous les 7 dans une piĂšce on deviendrait fou.

Stressez-vous de ne pas ĂȘtre Ă  la hauteur de l’attente que vous suscitez ?

Oui et non. L’avantage d’avoir des mineurs dans le groupe c’est que ça gĂ©nĂšre une part d’inconscience, on ne se prend pas trop au sĂ©rieux et du coup on ne se rend pas bien compte de certains enjeux. S’il y a une attente c’est gĂ©nial mais de lĂ  oĂč on est on a l’impression que ça reste Ă  chaque fois un combat d’affirmer notre d’univers et de chanter nos chansons.

Une derniÚre question : pourquoi cette chanson intitulée « Jack Nicholson Style » ?

Parce que j’adore ce film d’Antonioni qui s’appelle Profession : reporter. On y voit Nicholson qui se promĂšne en voiture, passe ses mains Ă  travers la fenĂȘtre pour sentir le vent passer. Et puis il se balade dans Barcelone avec une trĂšs jolie femme. Donc voilĂ  c’Ă©tait pour rendre un peu hommage Ă  ce film et Ă  tous ces acteurs charismatiques qui sont en train de disparaĂźtre.

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