MAZZY STAR

seasons_of_your_day 3

2 aoĂ»t 2013. 15h. 35°C. « 
 » Gros silence. Gros, gros silence entre la NorvĂšge, l’Irlande et Saint Ouen d’oĂč je tente d’interviewer depuis ma chambre, par Skype, Hope Sandoval et David Roback, duo mutique des mythiques Mazzy Star pour leur retour discographique le 24 septembre avec Seasons of Your Day aprĂšs 17 ans de silence. J’ai l’impression d’ĂȘtre Philippe Petit Ă  New York en 1974 : de marcher sans sĂ©curitĂ© sur un cĂąble tendu Ă  plus de 400 mĂštres d’altitude entre deux tours. Je n’en mĂšne pas large. Gros moment de solitude.

De tels moments seront lĂ©gion durant cette petite heure d’interview Skype. Des passages bien fil-de-fĂ©riste qui me feront craindre le pire (« AllĂŽ, vous avez entendu ma question ? vous m’entendez ? ») comme quand le chanteur de Sigur Ros avait fini par faire le mort et Ă  me forcer Ă  raccrocher comme un con au bout de 5 minutes car il trouvait mes questions trop rudes Ă  son goĂ»t. Mais lĂ , affrontant des silences et des coups de chaud culminant Ă  parfois plus de 20 secondes, j’arriverai Ă  garder Mazzy Star – que je pardonne – avec moi.

Je les pardonne car ils n’ont pas vocation Ă  ĂȘtre de bons clients de l’interview, ce n’est pas leur rĂŽle, ils sont avant tout lĂ  pour ĂȘtre de bons musiciens, ce qu’ils sont. Ce Seasons of Your Day n’a pas Ă  pĂąlir face Ă  She Hangs Brightly (90), So Tonight That I Might See (93) et Among My Swan (96). Non, je n’ai pas Ă  me plaindre pour mon Ă©ventuelle frustration, c’est le jeu. « Si vous savez ouvrir une huitre vous trouverez la perle, sinon vous tomberez sur une moule. » disait Gainsbourg Ă  propos de France Gall (dans Rock & Folk, 1968).

Et Sandoval et Roback ne sont pas seulement des musiciens initiĂ©s aux vertus du mystĂšre, qui « n’est pas une des possibilitĂ©s du rĂ©el » mais « ce qui est nĂ©cessaire pour qu’il y ait du rĂ©el » (RenĂ© Magritte), ce sont surtout deux ex dont Mazzy Star, tel un herbier extime, musicalise l’histoire sans fin. S’ils s’ouvrent peu c’est moins contre le journaliste que pour respecter ce qui se doit de rester privĂ© pour continuer Ă  ĂȘtre. Ils n’activeront pas la vidĂ©o de leurs Skype. Ils me verront, moi pas. Silence, Ă©cran noir : chaud, chaud time.

Par moments, accusant plus de 35 °C de tempĂ©rature ressentie, ce n’est mĂȘme plus perchĂ© sur un fil Ă  300 mĂštres du sol que je me sentirai mais Ă  600 kilomĂštres de la Terre, lost in space, comme le personnage de Sandra Bullock dans Gravity. AbandonnĂ©s tous trois aux mains d’une technologie faillible, on errera alors des secondes dans ce non-lieu satellisĂ© entre Saint Ouen, Oslo et Dublin et rien, rien que le silence Ă©ternel de ces espaces infinis. Et l’idĂ©e, chĂšre Ă  Paul Virilio, de la face cachĂ©e du progrĂšs. « Houston, do you copy ? »

Mais comme le chante Daho, au bout de trois quarts d’heure, Ă  force de tenir, louvoyer, si on n’aura pas « coincĂ© la bulle dans la bulle », on aura fini par « Ă©changer d’Ă©gal Ă  Ă©gal », elle riant de ma libertĂ© de ton, lui me demandant quelle musique rĂ©cemment entendue sur Paris je leur conseillerai d’Ă©couter (Basile Di Manski, Alice Guerlot-Kourouklis bien sĂ»r). Mais peut-ĂȘtre que ces tardives marques de sympathie n’Ă©taient que des moyens dĂ©tournĂ©s pour hĂąter le fin mot d’une interview qu’il commençait Ă  trouver… un peu longue !

 “Hope et moi, c’est toujours une histoire de cƓur”

 

2. hope et roback violet

Bonjour Hope, bonjour David !

D : Bonjour !

H : Bonjour.

Hope, vous ĂȘtes donc en Irlande, et David en NorvĂšge, c’est ça ?

D : Oui, et toi tu es Ă  Paris ?

C’est ça. David, que faites-vous en NorvĂšge, est-ce lĂ  que vous vivez dorĂ©navant et non plus en Californie ?

D : Oui (il s’est installĂ© Ă  Oslo, sa capitale, en 2001, pĂ©riode vers laquelle Hope s’est de son cĂŽtĂ© installĂ©e en Irlande avec Colm Ó CĂ­osĂłig, batteur du cĂ©lĂšbre groupe de rock dublinois My Bloody Valentine – nda – nda). Je vis aussi Ă  Londres, mais je vais de temps en temps en NorvĂšge pour travailler loin du tumulte de Londres.

C’est plus facile pour composer ?

D : Parfois.

Et pourquoi donc la NorvĂšge ? Vous y avez des connexions particuliĂšres ?

D : Non, c’est juste un chouette endroit.

En novembre dernier, j’ai rencontrĂ© Ă  Paris Sivert Hoyem, l’ex-leader du groupe de rock norvĂ©gien Madrugada. Il m’a dit que vous vous connaissiez…

D : Oui, oui, je le connais. C’est un chouette gars, oui. Je l’ai vu jouer Ă  Londres l’annĂ©e derniĂšre, c’Ă©tait super.

Vous ĂȘtes amis ?

D : Totalement, oui.

Vous sortez donc Seasons of Your Day, quatriĂšme album de Mazzy Star aprĂšs 17 ans de silence discographique. Quand avez-vous eu envie de refaire de la musique ensemble ?

D : On n’a jamais cessĂ© de jouer ensemble, toutes ces annĂ©es on a continuĂ© Ă  faire de la musique ensemble, on a juste cessĂ© de sortir des disques.

Pourquoi ne sortiez-vous donc plus de disques si vous continuiez Ă  faire de la musique ensemble ?

D : On faisait des disques pour nous-mĂȘmes.

Et pour vous il y a un monde entre faire de la musique ensemble et sortir un disque ?

D : Non, pas tellement, parce qu’on enregistre notre musique live.

Pourquoi avoir donc choisi d’enregistrer et de sortir ces chansons maintenant et pas avant ?

H : Il n’y a pas de raison.

D : Il n’y a pas de raison Ă  quoi que ce soit.

Mais aprĂšs tout ce temps qu’est-ce que ça vous fait d’ĂȘtre de nouveau “Ă©coutable” et de rompre par lĂ  potentiellement l’aura de groupe culte, comme gravĂ© dans le marbre, que vous ont valu vos trois prĂ©cĂ©dents disques ? Comme Sivert Hoyem me le disait, ceux-ci l’ont beaucoup influencĂ© aux dĂ©buts de Madrugada. Et beaucoup de groupes pourraient en dire autant. Sentiez-vous donc une certaine forme de dĂ©fi Ă  proposer un nouveau disque ?

D : Non, on ne voit pas les choses ainsi. On pense juste Ă  notre musique, c’est tout. Et on est content que d’autres gens l’aiment pour ce qu’elle est. C’est ce qu’on a toujours fait et on continuera comme ça.

Pour vous, il n’y avait donc pas de challenge Ă  rĂ©apparaĂźtre ainsi ?

D : On n’est jamais parti, on Ă©tait juste dans l’ombre. C’est lĂ  qu’on vit et qu’on se sent bien.

Ok. Hope, on sait que ces derniĂšres annĂ©es vous avez sorti deux EP’s (At The Doorway Again, 2000, Suzanne, 2002) et deux albums (Bavarian Fruit Bread, 2001 et Through The Devil Softly, 2009) en tant que Hope Sandoval & The Warm Inventions (duo musical post-Mazzy Star qu’elle a formĂ© avec Colm Ó CĂ­osĂłig, et qui comprend des membres du groupe irlandais Dirt Blue Gene), mais vous, David, qu’avez-vous fait ?

D : Oh, j’ai fait beaucoup de musique, j’ai Ă©crit des chansons avec diffĂ©rentes personnes. J’en ai mĂȘme Ă©crites avec Etienne Daho.

Ah oui ? Comment l’avez-vous rencontrĂ© ?

D : Je l’ai rencontrĂ© par le biais d’un ami, le cinĂ©aste Olivier Assayas (en 2004, David a Ă©crit et produit les chansons que chante l’actrice Maggie Cheung dans le film Clean, oĂč il joue aussi son propre rĂŽle – nda).

Avez-vous coĂ©crit des choses qui figureront sur son nouvel album, Les Chansons de l’innocence retrouvĂ©e ?

D : Non, on a encore rien sorti de ce qu’on a enregistrĂ©.

Qu’avez-vous pensĂ© des deux albums que Hope a sorti avec The Warm Inventions ? Est-ce quelque chose qui a pu vous redonner envie de sortir un album de Mazzy Star ?

D : J’ai trouvĂ© que The Warm Inventions Ă©tait un groupe fantastique. Mais je suis toujours inspirĂ© quand je travaille avec Hope.

Au fil des annĂ©es, qu’est-ce qui a changĂ© dans votre collaboration musicale ?

D : Je crois que c’est toujours une “histoire de cƓur” (il le dit en français – nda). Et que ça le sera toujours (Hope fait entendre des petits rires sucrĂ©s – nda).

Entre vous c’est donc toujours la mĂȘme alchimie ?

D : Il y a des alchimies qui ne meurent jamais.

David

Quand avez-vous commencé à travailler sur ce disque ? Pouvez-vous le dater ?

H : Je ne sais pas, il n’y a pas eu de vrai dĂ©but. Non…

Que vouliez-vous faire par rapport à vos précédents disques ? Aviez-vous une idée précise ?

D : Je pense qu’on voulait juste ĂȘtre ensemble et faire la musique qu’on a toujours fait, une musique qui nous est trĂšs personnelle.

Vous avez donc Ă©crit l’album en prĂ©sence l’un de l’autre ? Ce n’est pas le fruit d’un travail Ă  distance…

D : Non, on aime Ă©crire ensemble et Ă©crire en s’imprĂ©gnant de chambres et de maisons qui ont une certaine atmosphĂšre.

Hope, vous avez donc parfois rejoint David en NorvĂšge pour faire ce disque ?

H : Oui, parfois on se retrouvait en NorvĂšge, parfois en Californie, et parfois Ă  Londres.

L’album comporte 10 chansons dont “Common Burn” et “Lay Myself Down” que vous aviez sorti en double single en 2011. Est-ce que ça vous a pris du temps d’aboutir Ă  ces dix chansons ? Est-ce que c’Ă©tait dur ou ça vous est toujours aussi naturel ?

D : Chaque album est diffĂ©rent et chaque chanson a son propre fil, sur lequel il faut travailler, tirer, ça peut prendre un peu de temps oui, mais Hope et moi avons toujours Ă©crit des chansons ensemble, c’est ce qu’on aime faire. On Ă©crit beaucoup Ă  chaque fois qu’on se voit, ça n’a pas changĂ©.

Vous aviez donc plus de 10 chansons en stock ? Vous avez dĂ» trancher ?

D : Oui, on a Ă©crit et enregistrĂ© plein de chansons qu’on n’a pas sorties lĂ .

Vous dites que chaque album est diffĂ©rent mais quand on Ă©coute Seasons of Your Day, ce qui frappe c’est de constater combien votre musique n’a pas changĂ© depuis vos dĂ©buts. Plus de 20 ans ont passĂ©, et globalement, album aprĂšs album, c’est toujours la mĂȘme toile…

H : Pourquoi changer si la magie opĂšre encore ?

C’est une façon de voir les choses, oui…

H : Je veux dire, je ne suis pas intĂ©ressĂ©e par l’idĂ©e de changement. Il y a des gens qui continuent d’ĂȘtre inspirĂ©s par des groupes qui Ă©crivent toujours le mĂȘme genre de morceaux. Je comprends ça.

Vous ne visez donc aucune révolution musicale ?

H : Non.

D : Pas d’Ă©volution ou de rĂ©volution ?

RĂ©volution.

D : Il y a toujours une révolution.

Laquelle ?

D : Ta liberté. Celle que tu mÚnes chaque jour pour défendre ta liberté.

Oui, je vois, mais ça c’est un aspect extra-musical. Or musicalement on retrouve ce son cher Ă  Mazzy Star, ce mĂ©lange d’atmosphĂšres vĂ©nĂ©neuses, presque psychĂ©dĂ©liques, et de motifs mĂ©diĂ©vaux, presque baroques, avec un certaine conception “sixties” de la pop et du folk. D’oĂč viennent ces Ă©lĂ©ments de musique baroque comme on peut en entendre dans “Sparrow” et “California”  ? Écoutez-vous ce genre de musique ?

D : Est-ce qu’on Ă©coute de la musique baroque  ? Non, mais c’est vrai qu’on aime aussi composer au piano et avec d’autres genres d’instruments. La musique baroque traditionnelle se distingue par sa complexitĂ© et quand je compose je pense toujours aux refrains, Ă  la mĂ©lodie, Ă  une certaine forme de simplicitĂ©.

Et votre musique semble en effet toujours couler de source. Et qu’en est-il de son psychĂ©dĂ©lisme. Diriez-vous que Mazzy Star est un groupe de musique psychĂ©dĂ©lique ?

D : Pour ça, il faudrait d’abord dĂ©finir le terme psychĂ©dĂ©lique.

Que signifie-t-il pour vous ?

D : Personne n’en a jamais donnĂ© un sens prĂ©cis. C’est un mot ancien qui englobe plein de choses. Mais musicalement, je pense que ça suggĂšre une idĂ©e de voyage, l’idĂ©e d’entrer dans une sphĂšre oĂč on veut ĂȘtre, oĂč on se sent bien.

Ce qui sous-entend souvent la prise de drogue. En prenez-vous ?

D : Nous croyons en la liberté.

Ok. Vous dites vouloir vivre dans l’ombre et chĂ©rir votre libertĂ©. Mais comment ĂȘtre libre quand, comme vous, on sort peu de disques et qu’on ne s’adresse pas au plus grand nombre ? Vivez-vous de votre musique ou avez-vous un autre job ?

D : Je suis un musicien, c’est tout ce que je fais. Nous ne sommes que des musiciens.

Mais il faut bien gagner sa croĂ»te, payer le loyer… Ce n’est pas facile quand on se contente de faire la musique qu’on aime…

Je pense que quelqu’un qui ferait de la musique pour l’argent ferait une musique toute autre que celle de Mazzy Star.

On est d’accord… Vous n’avez donc jamais Ă©tĂ© obligĂ©s de faire de la musique pour l’argent ?

H : Non.

Diriez-vous qu’un de vos disques, plus qu’un autre, concrĂ©tise quelque chose de prĂ©cis que vous n’aviez pas rĂ©ussi Ă  atteindre avant et que vous n’avez pas rĂ©ussi Ă  retrouver aprĂšs ?

H : Je suis fier de tous nos disques.

Plus largement, pensez-vous avoir réussi à créer quelque chose de spécial avec Mazzy Star, quelque chose qui durera ?

D : Tout le monde a une histoire Ă  raconter, certaines peuvent paraĂźtre plus importantes que d’autres, mais en vĂ©ritĂ© il n’y a pas de grandes ou de petites histoires. Quand tu marches dans la rue, tous ces gens ont une histoire Ă  raconter. Tout le monde est intĂ©ressant. MĂȘme la personne qui te semble totalement vaine, insignifiante. Certaines histoires sont dramatiques, certaines sont belles, il y a une large palette de gens en ce bas monde.

so tonight that i might see 3

La pochette de Seasons of Your Day montre un chat qui se dresse comme en ombres chinoises dans un crĂ©puscule violacĂ© particuliĂšrement luminescent. J’y ai vu lĂ  comme l’hybridation des pochettes de So Tonight That I Might See, pour la couleur, et d’Among My Swan, pour l’animal seul en for intĂ©rieur. Etait-ce l’idĂ©e ? Votre idĂ©e ?

D : Sais-tu combien de chats noirs comme ça il y a à Paris ?

Non.

D : Il doit y en avoir beaucoup (Hope rit – nda).

Euh, oui, sans doute, comme dans toutes grandes villes je pense !

D : En tous cas, quand je suis Ă  Paris je vois souvent de tels chats sur les toits. LĂ , oĂč je suis, je regarde actuellement par la fenĂȘtre et je vois un chat qui marche sur un mur.

H : J’aimerais en voir un moi aussi.

Pourquoi avoir fait de “California” le premier single de cet album ?

H : Parce qu’on l’aimait vraiment.

Est-ce une dĂ©claration d’amour Ă  votre rĂ©gion d’origine, la Californie ? Vous dites que, quelque soit le pays, vous composer en vous imprĂ©gnant de l’atmosphĂšre des maisons et des chambres que vous investissez. Mais n’ĂȘtes-vous pas, avant toute chose, imprĂ©gnĂ©s par la Californie ?

H : HĂ© bien comme on a grandi tous les deux lĂ -bas, oui, peut-ĂȘtre.

Vous avez sorti vos trois premiers album aux dĂ©buts des annĂ©es 90. Vous sentez-vous comme un groupe des “nineties” ?

D : On est un groupe de Los Angeles. On ne sait pas ce que signifie les “nineties”. Mais je dois dire qu’Ă  cette Ă©poque il y avait beaucoup de musique expĂ©rimentale intĂ©ressante dans notre entourage, des groupes de Los Angeles comme X, The Gun Club, Green on Red, des groupes fantastiques qui m’ont beaucoup inspirĂ©.

David, à cette époque (dans les années 80), vous aviez déjà joué dans plusieurs groupes connus à L.A., dont Rain Parade et Opal, qui faisaient partie de la scÚne Paisley Underground (un sous-genre du rock alternatif). Ici, peu de gens ont connu ces groupes. Que retenez-vous de cette période ?

D : Kendra Smith (avec qui il forma Rainy Day en quittant Rain Parade en 1983, puis Opal oĂč Hope finira par prendre la place de Kendra – nda). C’Ă©tait une fantastique musicienne et une grande source d’inspiration. Travailler avec elle a Ă©tĂ© trĂšs important pour moi. A l’Ă©poque, on Ă©tait tout le temps ensemble, on faisait de la musique, on partageait nos idĂ©es.

Continue-t-elle Ă  faire de la musique ?

D : Elle chante en ce moment mĂȘme, ne l’entends-tu pas (Hope rit – nda) ?

Et vous Hope, connaissiez-vous ces groupes (Rain Parade, Rainy Day et Opal) oĂč David jouait ou avait jouĂ© ?

H : Oui, c’est par eux que j’ai rencontrĂ© David. J’Ă©tais une fan de Rain Parade et une fan de Dream Syndicate (le groupe formĂ© par Kendra en 1981 – nda), donc quand Kendra et David ont commencĂ© Ă  travailler ensemble, pour moi et tous les fans de Rain Parade et de The Dream Syndicate, c’Ă©tait un rĂȘve qui se rĂ©alisait.

Comment votre rencontre s’est-elle faite?

H (petits rires) : Je ne sais plus, je crois que ça s’est fait Ă  l’occasion d’un de leurs concerts. On a juste commencĂ© Ă  parler de musique, d’art et de mon propre projet de l’Ă©poque (le duo folk Going Home qu’elle formait depuis 1986 avec Sylvia Gomez – nda), et ça les intĂ©ressait d’Ă©couter ce que je faisais. C’est comme ça qu’on est devenu… amis.

David, qu’est-ce qui vous a plu chez Hope ?

D : HĂ© bien Hope Ă©crit de si belles chansons que lorsque je les ai entendues ça nous a involontairement rapprochĂ© et on est vite allĂ© enregistrer ça ensemble en studio Ă  L.A. (il a produit un album de Going Home qui n’est jamais sorti – nda).

En 1989, des cendres d’Opal et du dĂ©part de Kendra, naĂźt donc Mazzy Star. Encore une fois, une femme chante tandis que vous ĂȘtes dans l’ombre, David. Chanter, ça n’a jamais Ă©tĂ© votre truc ?

D : Je chantais Ă  l’Ă©poque de Rain Parade

Puis plus rien. Ce n’Ă©tait pas un vrai plaisir ?

D : Disons que j’Ă©tais plus intriguĂ© par le chant de Hope.

C’est-Ă -dire ?

D : Hope est suprenante, elle me séduit toujours avec ses idées, ses histoires.

Quand vous composez, vous pensez donc d’ores et dĂ©jĂ  Ă  sa voix ?

D : Oui, j’Ă©cris de la musique pour Hope. Je pense toujours Ă  elle quand je compose.

Hope, je repense Ă  votre dernier album, Through The Devil Softly. Ce titre, j’ai toujours trouvĂ© que c’Ă©tait une belle mĂ©taphore de votre façon de chanter…

H : Insinues-tu que j’ai le diable en moi quand je chante ?

Oui ! Que vous glissez au travers, doucement.

H : De toute façon le diable est un ange, donc je prends ça comme un compliment.

C’en est un.

H : Merci (petits rires) !

Dans le communiquĂ© de presse de Seasons of Your Day, vous dites qu’il s’agit lĂ  de “musique pour les amoureux et les cƓurs brisĂ©s”. Pourquoi ? Vous trouvez que la pop d’aujourd’hui ne parle plus assez d’amour et de cƓurs brisĂ©s ?

D : Tu te demandes si des gens ont encore le cƓur brisĂ© en 2013 ?

Non, des cƓurs brisĂ©s, il y en aura toujours. “La tristesse durera toujours” comme disait Van Gogh. Je me demande juste si vous trouvez que l’amour, au sens presque naĂŻf oĂč l’on peut l’entendre, premier degrĂ©, n’a pas quelque peu dĂ©sertĂ© la pop ? 

D : Tu sais, parfois la musique prend tant de place dans la vie des gens, notamment quand ils n’ont pas le moral… Je veux dire, on ne fait pas de la musique pour donner envie de faire la fĂȘte et danser, on fait de la musique dans un tout autre Ă©tat d’esprit.

H : Moi, ça ne me dérangerait pas de faire de la musique pour faire danser en soirée.

Ah oui ? Et vous avez dĂ©jĂ  essayĂ© d’en faire ?

H : Non, je crois bien que j’en serai incapable.

En fait votre musique semble plus faite pour rĂȘver, se recueillir ou… faire l’amour.

H : Es-tu en train de dire que tu fais l’amour en Ă©coutant notre musique ?

Oui, ça m’est dĂ©jĂ  arrivĂ© (elle rit) ! Vous dĂ©ployez de parfaites ambiances pour se mettre Ă  l’horizontal. Mais j’imagine que ça ne vous surprend pas trop si je vous dis ça, si  ?

H : Non, je vois ce que tu veux dire.

4. hope sandoval main songeuse

Connaissez-vous le musicien Jeff Martin ?

D : Qui ?

Jeff Martin, un californien qui fait de la musique sous le nom d’Idaho.

H : Je crois que j’ai dĂ©jĂ  entendu parler de ce groupe, oui. Son nom m’est familier. Est-ce pareil pour toi, David ?

D : Oui. Et tu aimes ce groupe ?

Oui, beaucoup. Comme vous, Idaho a commencĂ© Ă  sortir des disques au dĂ©but des annĂ©es 90 et a toujours Ă©tĂ© en marge des canons grunge de l’Ă©poque. PlutĂŽt que d’Ɠuvrer dans un rock bruyant, Idaho produisait, et produit toujours, une musique mĂ©lancolique, atmosphĂ©rique et sensuelle. Comme vous ĂȘtes gĂ©ographiquement et artistiquement proches, je me demandais si vous vous connaissiez…

H : Je crois que j’ai un disque de lui. Oui, ça y est, ça me revient.

Des groupes vous inspirent ou vous influencent-ils quand vous composez ?

D : Tout nous inspire et rien ne nous influence, tu vois ? Et oui, la musique des autres joue bien sûr un grand rÎle là-dedans.

DerniĂšrement avez-vous dĂ©couvert des groupes et artistes qui vous ont particuliĂšrement touchĂ© ? Que ce soit d’ailleurs des choses actuelles ou passĂ©es…

D : DerniĂšrement je faisais Londres-NorvĂšge en voiture et j’Ă©coutais Françoise Hardy. Ça m’a beaucoup touchĂ©. C’Ă©tait superbe. Et c’est une personne charmante, adorable. Je l’ai dĂ©jĂ  rencontrĂ©e. Elle est trĂšs inspirante.

Vous semblez avoir un faible pour la pop française. Tout Ă  l’heure vous me parliez de Daho…

H : Oui.

D : On a une amie Ă  Londres, Charlotte, elle a un groupe qui s’appelle Le Volume Courbe, ils sont absolument brillants, on les a vu en concert rĂ©cemment Ă  la St Pancras Old Church (le 10 juillet dernier, en premiĂšre partie de My Bloody Valentine – nda)

Je ne connais pas, j’irai Ă©couter.

D : C’est un groupe franco-britannique.

H : Elle s’appelle Charlotte Marionneau.

Depuis la parution fin 2011 de votre double single “Common Burn” / “Lay Myself Down”, vous avez un label, Rhymes Of An Hour Records. C’est sur celui-ci que vous sortez votre nouvel album. L’avez-vous aussi crĂ©Ă© pour produire d’autres groupes ?

H : HĂ© bien on aimerait beaucoup sortir la musique d’autres groupes via notre label. Tout le monde est la bienvenue.

Mais vous n’ĂȘtes jamais allĂ©s voir un groupe qui vous avait tapĂ© dans l’Ɠil en lui disant  : “Vous ĂȘtes super, on vous produit !” ?

H : Qui ? David ou moi ?

Vous deux.

H : C’est une trĂšs bonne idĂ©e mais aucun groupe ne nous a jamais demandĂ© de les produire.

En mĂȘme temps si vous ne proposez pas vos services… Parlons concerts. AprĂšs la sortie de “Common Burn” / “Lay Myself Down”, vous en avez redonnĂ© quelques-uns dĂ©but 2012. Cela a-t-il Ă©tĂ© une bonne expĂ©rience ?

D : Oui. Par exemple, l’annĂ©e derniĂšre on a jouĂ© Ă  Saint Malo (au festival la Route du Rock – nda), et c’Ă©tait bien. TrĂšs bien.

Pour vous est-ce important de jouer votre musique sur scĂšne ?

H : Jouer sur scĂšne nous est difficile, mais c’est important.

Pourquoi est-ce difficile ?

H : C’est difficile parce que pour nous, ce n’est pas normal de monter sur scĂšne pour jouer devant 300 ou 3000 personnes. Humainement, ça ne va pas de soi. C’est un peu effrayant. Mais ça peut bien se passer et ĂȘtre plaisant

Diriez-vous de mĂȘme, David ?

D : Notre musique est majoritairement acoustique, elle est donc fragile à  porter sur scÚne.

Quels musiciens vous rejoignent pour former Mazzy Star sur scĂšne ?

D : Ce sont des gens qui sont trĂšs importants pour nous : Suki (Ewers, claviers – nda) et Keith (Mitchell, batterie – nda). TrĂšs importants.

Savez-vous déjà à quoi va ressembler la tournée qui va accompagner la sortie de ce nouvel album ?

H : On a prévu de commencer à tourner en novembre.

D : Oui, elle va dĂ©marrer aux États-Unis pendant Halloween. On aime bien commencer chacune de nos tournĂ©es pendant Halloween, comme ça on peut mettre des citrouilles sur scĂšne (Hope rit – nda).

Vous tournerez seuls ou vous serez accompagnés par des groupes de premiÚre partie ?

D : C’est vraiment gĂ©nial quand tu es accompagnĂ© par de bons groupes. Durant toutes ces annĂ©es on a eu la chance d’avoir de super groupes avec nous. Comme Acid Phone.

H : The Entrance Band.

D : The Entrance Band, oui.

H : Unison.

D : Oui, un groupe français qui s’appelle Unison.

H : Ils ont jouĂ© avec nous Ă  Londres l’annĂ©e derniĂšre. C’Ă©tait fantastique. Ils sont trĂšs talentueux.

Oui, je vois, c’est un duo mixte d’obĂ©dience noise rock et dream pop, c’est ça ?

H : Oui, comme si Cocteau Twins rencontrait My Bloody Valentine. C’est bien.

D : Et donc toi tu es Ă  Paris. Est-ce qu’en aoĂ»t la plupart des parisiens sont partis en vacances ?

Oui, pas mal, on respire mieux !

D : OĂč vis-tu Ă  Paris ?

En banlieue nord, au-dessus de Montmartre, Ă  Saint Ouen, vous voyez ?

D : Oui. Et pourquoi es-tu lĂ  Ă  parler avec nous alors que tu pourrais ĂȘtre Ă  la terrasse d’un cafĂ© de Montmartre, avec ton amoureuse et un verre de vin ?

En voilĂ  une bonne question ! HĂ© bien figurez-vous que j’ai aimĂ© votre nouvel album et que les prĂ©cĂ©dents ont beaucoup comptĂ© pour moi quand j’Ă©tais plus jeune. Je les Ă©coute toujours. Je tenais donc vraiment Ă  parler un peu de tout ça avec vous. En plus, il y a 4 ans, en aoĂ»t 2009, j’avais interviewĂ© Hope pour la sortie de Through The Devil Softly, et comme ce premier contact m’avait laissĂ© sur ma faim et que je voulais aussi m’entretenir un peu avec vous, David, je n’ai pas voulu manquer cette occasion. C’Ă©tait tout simplement vous mes amoureuses du jour !

H (rires) : On s’est dĂ©jĂ  parlĂ© toi et moi ?

Oui, par téléphone.

H : Je ne m’en rappelais plus, mais maintenant je comprends mieux pourquoi ta voix me semblait si familiĂšre (rires) !

D : D : Vous ĂȘtes donc de vieux amis ! On jouera Ă  Paris en dĂ©cembre, si ça te dit viens, et passe nous dire bonjour. On t’invitera.

Merci, je n’y manquerai pas. Au revoir.

H : Ok, merci.

D : Bye.

5. amon my swan sombre

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