NICOLAS KER “ALADDIN”

18 octobre 2010. 20h30. Quand je rencontre Nicolas Ker chez lui prĂšs de BarbĂšs, ce n’est pas pour parler de son groupe Paris, qui s’apprĂȘte pourtant Ă  sortir son deuxiĂšme EP, In Crowded Subways, ni de son groupe Poni Hoax, qui prĂ©pare son troisiĂšme album, State of War, encore moins pour parler de son groupe Aladdin, toujours dans les limbes, sans le moindre Myspace. Non, c’est pour parler jeux vidĂ©o pour le compte de la revue Amusement. Un comble pour un mec qui hormis quelques parties de Street Fighter IV lors de soirĂ©es enfumĂ©es-arrosĂ©es entre potes n’a pas touchĂ© de console depuis son adolescence. PlacĂ©e sous le signe de la Sega Mega Drive l’adolescence. De Sonic le hĂ©risson, Quackshot, Kid camĂ©lĂ©on et NBA live hein. Alors les jeux d’aujourd’hui, tous ces trucs Ă  mondes ouverts et ces role player game (RPG) comme World of Warcraft (WOW), je n’y connais rien. Mais alors rien de rien. Mais je m’en fous. Interviewer c’est poser des questions et poser des questions suppose parfois qu’on ne sache vraiment rien des rĂ©ponses qui vont tomber. Qu’on est lĂ  pour apprendre, imposteur la fleur au fusil et la gueule enfarinĂ©e. We’ll see.

Et Ă  vrai dire quand je rencontre Nicolas Ker pour lui parler jeux vidĂ©o ce n’est pas comme si j’étais guĂšre plus calĂ© cĂŽtĂ© musique. Je sais qu’il est l’égĂ©rie d’une certaine famille de mĂ©dias pour ĂȘtre le chanteur des trois groupes suscitĂ©s. PlacĂ©e sous le signe de la sainte trinitouille underground Technikart / Syndicat du Hype / GonzaĂŻ les mĂ©dias. Qu’il le mĂ©rite. L’électro rock cold wave de Poni Hoax, Paris et Aladdin c’est du high high level. Son chant y rĂšgne, croon dark, imprĂ©cateur, faisant des ravages dans le rayon Bowie, Jarvis Cocker, Scott Walker, Lou Reed, Ian Curtis, Jim Morrison. Charrie leurs ombres. Ses ombres. TaniĂšre et true love’s gutter. Vous-mĂȘme sans le savoir vous connaissez sĂ»rement leur tube « Antibodies ». Un soir ils l’ont jouĂ© dans l’émission One Shot Not d’Arte. Une tuerie. Rock, dancefloor, tout. Ils mettent Ă  l’amende bien des groupes d’Outre Atlantique et d’Outre Manche. S’exportent, sortent du cadre. J’ai Ă©coutĂ© tout ça, surtout Images of Sigrid (2008), le deuxiĂšme Poni Hoax oĂč figure « Antibodies ». C’est fort, noir, novateur, ça m’impressionne, c’est bien que ça existe, mais si je suis sincĂšre avec moi-mĂȘme, comme Joy Division, contrairement aux Smiths, c’est un peu trop underground-anti-complaisant pour moi. Ce n’est donc pas vraiment ma came. Expression placĂ©e sous le signe des expressions Ă  bannir.

Quand je rencontre Nicolas Ker je ne sais donc pas qui est Gilb’R avec qui il forme Aladdin (Gilbert Cohen est le fondateur du label Ă©lectro Versatile). Je ne sais pas qu’aprĂšs avoir sorti ses deux premiers albums sur le label Ă©lectro Tigersushi, Poni Hoax s’apprĂȘte Ă  sortir le troisiĂšme chez Sony / Columbia (mais le deal capotera peu de temps aprĂšs l’entretien car le directeur artistique responsable de leur signature sera placardiser aprĂšs l’échec commercial du dernier Yannick Noah). Je ne sais pas non plus que le premier Aladdin sortira le 3 juin 2011. Mais voilĂ , lors d’une soirĂ©e enfumĂ©e-arrosĂ©e entre GonzaĂŻ boys & girls : l’étincelle. Apprenant que je viens d’entamer une collaboration de pigiste avec Amusement (silex 1) StĂ©phane Guinet, RP chez Ekler’o’shok (silex 2), me rĂ©vĂšle que Nicolas Ker est un fou de jeu vidĂ©o (ce qui tombe bien car il bosse actuellement sur la promo du deuxiĂšme EP de Paris). Qu’il fulmine de thĂ©ories philosophiques sur WOW & co. De « thĂ©ories philosophiques » sur les jeux vidĂ©o ? Vraiment ? Ça sentait l’aventure, le mystĂšre, l’histoire en marche (avec un petit “h”). J’ai senti mon cĂŽtĂ© gonzo candide refleurir de plus belle. On a pris RDV.

Mais quand je rencontre Nicolas Ker, ce 18 octobre 2010, Ă  20h30, chez lui, prĂšs de BarbĂšs, c’est l’apocalypse WOW. Goudron et plumes. Plus tĂŽt dans l’aprem StĂ©phane m’avait pourtant prĂ©venu : « Il est en petite forme, il a commencĂ© Ă  boire Ă  16h ». Par article interposĂ© sur GonzaĂŻ, Bester, qui en a fait sa Lou Reedienne bĂȘte noire, m’avait lui aussi mis en garde : « Poni Hoax, juillet 2007, FlĂšche d’or : deux heures de vortex avec un chanteur illuminĂ© qui recrachait mes mots comme des dents cassĂ©es. » Mais comment s’attendre Ă  ça ? Nicolas Ker est tellement bourrĂ©-possĂ©dĂ© que j’ai l’impression de faire face au Nicholson de Shinning et au Joker de Batman. LĂ -dedans il fait tout noir. Je ne sais pas trop oĂč je mets les pieds. Manque plusieurs fois de tomber. On arrive dans sa grande cuisine quasi plongĂ©e dans le noir. Je m’assois. Lui non. AccĂ©lĂ©rateur de particules, il tourne en rond comme un lion en cage, carbure au bloody mary de Leader Price, jubile d’un enthousiasme Ă  faire tomber les murs, m’enfonce dans le rĂŽle inconfortable du mec normal. Lui Spector, moi spectacteur. J’offre les cigarettes. Quand il dĂ©couvre que je ne suis pas son semblable en passion, juste un imposteur, un brebiau Ă©garĂ© qui ne connait rien Ă  la Chose, le piĂšge se referme : je me fais saucer. A lad insane. EsthĂšte of war(craft). J’arriverai quand mĂȘme Ă  lui faire parler musique. (NB : Entretien retranscrit sans prendre en compte toutes les lettres en CAP, points d’exclamations et mentions (rires), dĂ©moniaques et de tabula rasa, qu’il aurait fallu faire figurer pour ĂȘtre fidĂšle aux propos tels que dĂ©livrĂ©s ce soir-lĂ  par Nicolas Ker.)

“Avec WOW, j’ai vraiment l’impression d’ĂȘtre au PS !”

 

Bonjour Nicolas. Un mec de ton label m’a dit que t’Ă©tais un vrai fan de jeu vidĂ©o…

Ouais, y’a que ça qui m’intĂ©resse, le reste je m’en fous ! Je suis un vrai geek de jeux vidĂ©o !

Chez toi ça prend quelle forme ?

Les RPG. En gros moi je suis Ă  bloc dans les RPG. J’ai commencĂ© par ceux du Commodore 64. Vers 82-83. Je viens vraiment de ces vieux trucs, genre Ultima 4. Chez moi j’ai tous les Ă©mulateurs, pour Spectrum, etc. Mais aujourd’hui mon jeu vidĂ©o prĂ©fĂ©rĂ© c’est WOW. En ce moment je peux pas y jouer parce qu’on m’a coupĂ© internet mais WOW ça me rend fou. C’est grave : ma guilde c’est ma vie !

Tu as découvert ce jeu à ses débuts ?

Non, du tout. J’ai pris le truc en cours de route.

D’habitude combien de temps passes-tu à y jouer ?

Trois soirĂ©es par semaine. De 21 Ă  24h. Je suis dans une guilde high level. On doit ĂȘtre 25 et il n’y en a pas un qui doit dĂ©lirer, parce que lĂ  on est en mode hardcore.

Quel genre de personnages y joues-tu ?

En fait dans WOW le joueur a le choix entre trois rĂŽles, il est soit tank, soit DPS, soit healers. Les tanks c’est ceux qui te dĂ©foncent la gueule ; les DPS, pour damage per second, sont aussi des guerriers, ce que je suis – je suis un mage, je balance des sorts toute la journĂ©e, DPS, DPS, DPS, j’ai dĂ©jĂ  essayĂ© d’ĂȘtre autre chose, genre un tank mais je suis un trĂšs mauvais tank – les healers enfin sont ceux qui guĂ©rissent les autres avec des heals per second. Et ce qui se passe par exemple dans des raids c’est qu’un boss dĂ©barque et t’as le tank qui se prend tout dans la gueule, DPS, DPS, DPS, alors les healers tank et les healers DPS interviennent.

Et ça t’inspire en tant que musicien ?

Non, ça n’a rien Ă  voir avec la musique ! En fait, moi, entre guillemets, je suis un « artiste », et en tant que tel je me dis que je me dis que je n’ai pas le droit d’adhĂ©rer Ă  un parti politique. Je refuse d’adhĂ©rer au PS, je trouverais ça chelou, alors que je suis PS. Et WOW ça me permet de le faire ! LĂ  d’un coup dans ma guilde je rigole avec les officiers, les game masters, je vois tout le monde qui s’engueule et j’ai l’impression d’ĂȘtre vraiment au PS. VoilĂ , la question de la guilde et l’avatar dans WOW pour moi c’est politique car c’est la seule maniĂšre que j’ai trouvĂ© pour ĂȘtre politisĂ© en tant que musicien qui ne veut pas l’ĂȘtre. Mais attends, il y a un autre truc monstrueux dans WOW, tellement que je ne comprends pas que les gens ne l’aient pas vu. C’est les healers, je trouve ça hallucinant que le monde n’ait pas compris l’importance des healers !

Quelle importance ont-ils à tes yeux ?

C’est des mecs qui guĂ©rissent et qui sont souvent jouĂ©s par des guildes masters, c’est-Ă -dire des gros cons qui n’arrĂȘtent pas de te rĂ©pĂ©ter que tu ne joues pas bien ! Je trouve ça gĂ©nial parce que dans la vie ça n’existe pas ! Dans la vie quand t’as affaire Ă  des mecs pas sympas qui ont le pouvoir d’un guild master c’est des Damage Per Second. Toujours. Dans la vie tu n’as que des DPS. Parce qu’on est dans une sociĂ©tĂ© oĂč ceux qui guĂ©rissent sont traitĂ©s comme des merdes. On est dans une sociĂ©tĂ© oĂč c’est « Bam, bam, bam ! je fais 1000 DPS par seconde ». Je ne supporte pas. Par exemple Sarkozy c’est rien qu’un gros DPS ! une merde de DPS ! C’est aussi pour ça que j’aime WOW. J’y vois l’idĂ©e primordiale du healer. Pour moi c’est un truc qui devrait vraiment ĂȘtre pris en compte dans la sociĂ©tĂ©.

En as-tu parlé avec des healers ?

Bien sĂ»r que je leur en ai parlĂ© ! Mais ils n’en ont rien Ă  foutre. Ils font tous autre chose dans la vie, ils sont plombiers
 D’ailleurs ce que j’aime aussi dans WOW c’est qu’ils n’en ont rien Ă  carrer que je sois chanteur de rock. Tu as des mecs dans ma guilde qui me font  : « Putain, mais t’es Nicolas Ker ! Le mec de Poni Hoax ! J’adore, je t’ai vu Ă  la tĂ©lĂ© et tout ! » Mais la plupart s’en foutent. Je trouve ça trĂšs intĂ©ressant.

Par contre j’ai du mal Ă  comprendre que tu parles de politique Ă  propos de WOW parce que la politique traite du rĂ©el. Or, par dĂ©finition, on ne peut pas avoir un « rĂ©el » impact politique en jouant Ă  un jeu vidĂ©o puisqu’il nous projette dans un espace virtuel


Pour l’instant tout ça est trùs trouble, vague, mais tu verras, bientît WOW envahira le monde.

A part WOW, quels jeux aimes-tu ?

Ce que j’aime ? The Void ! C’est des russes complĂštement barrĂ©s qui font ça, Ice-Pick Lodge. Eux ils font du pur game design de barré ! DerniĂšrement j’ai aussi bien aimĂ© Fallout 1 et 2. Mais Ă  part ça je trouve que tout est de la merde. Fallout 3, c’est une honte ! Fallout 1 et 2 c’est des chefs d’Ɠuvre, mais Fallout 3 est insupportable. Pareil pour Oblivion. J’aime bien Daggerfall et Morrowind, mais Oblivion pour moi c’est une merde ! Je dĂ©teste. Au niveau 1 tu as beau ĂȘtre le chef de la guilde tout Ă  coup une nana ne trouve rien de mieux Ă  te dire que : « Va choper des fleurs ». Comment tu peux jouer Ă  un jeu oĂč on te dit demande d’aller chercher des fleurs alors que les portes de l’enfer sont en train de s’ouvrir (rires) ? On nous prend vraiment pour des cons ! Les mecs qui font ça, Bethesda, c’est vraiment des connards ! DĂ©solĂ©, je vais passer pour un snob mais je le suis : Oblivion, Fallout 3, fuck, allez vous faire pendre (rires) ! Je dĂ©teste aussi les grosses merdes de BioWare, genre Mass Effect 1 et 2.

Et t’es branchĂ© « jeux Ă  mondes ouverts » ?

Non, pas vraiment, Ă  part ceux qui sont « indie ». Par exemple ce que font les mecs de Spiderweb avec un jeu comme Overnom 6, ça c’est pas n’importe quoi !

Finalement toi qui aimes les RPG, tu n’aimerais pas plus les jeux de rĂŽle grandeur nature que toute autre forme de jeux vidĂ©o ?

Etre larpin ? Ah non, les LARP (live action role-playing, nda), c’est trop nerd pour moi. J’en veux pas aux mecs, ils font ce qu’ils veulent, mais là moi j’aurais du mal.

Et donc tu persistes Ă  dire que ta passion des jeux vidĂ©o n’interfĂšre en rien avec ta passion de la musique ? La premiĂšre ne nourrit pas la seconde ?

Non, j’en ai rien Ă  foutre de la musique ! Moi si je devais vraiment faire un truc ce serait du game design. Oui, un jeu vidĂ©o. Mais un gĂ©nial. C’est mon rĂȘve ! Mon rĂȘve absolu depuis 15 ans ! Je suis mĂȘme allĂ© jusqu’à emmerder Ubisoft avec une idĂ©e de game design. Mon trip c’était de faire un jeu d’aventure oĂč le personnage aurait pu faire des sauts dans le temps. Il y avait un scĂ©nario de base avec une sorte de temporalitĂ© classique et je voulais qu’elle fluctue en fonction des dĂ©placements gĂ©ographiques du joueur.

Tu avais les compétences pour échafauder tout ça ?

Pas trop, c’est super chaud le game design. Pour me montrer la voie Ă  suivre afin de prĂ©senter mon idĂ©e un pote m’avait donc envoyĂ© un gros doc sur le sujet et j’avais bĂ»chĂ© et je leur avais apportĂ© mon gros doc Ă  Ubisoft en leur disant : « Les mecs, ça c’est du gĂ©nie ! ». Ils m’ont dit : « C’est trĂšs intĂ©ressant mais tu voudrais pas plutĂŽt faire un spin off de Rayman ? » J’ai fait : « Mais franchement vous ĂȘtes des connards. Avec 1% du budget de Rayman je vous fais mon jeu et vous vous me demandez un spin off de Rayman ? Tchao ! » Et aprĂšs qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai vu qu’un des meilleurs jeux au monde fonctionnait sur une idĂ©e proche du mien.

De quel jeu s’agit-il ?

C’est Zelda Majora Mask sur Nintendo 64. Mon jeu prĂ©fĂ©ré ! Un chef d’Ɠuvre ! A chaque fin de journĂ©e tu reviens en arriĂšre. Tu vis donc toujours la mĂȘme journĂ©e mais en Ă©tant conscient de ce que t’as dĂ©jĂ  fait. Le but est donc d’essayer de comprendre pourquoi tel personnage t’as dit ce qu’il t’a dit, etc. Je trouve ça hallucinant car pour moi c’est ça qui est mortel dans le jeu vidĂ©o : le fait de pouvoir jouer avec le temps. Et je ne suis pas le seul Ă  le penser. Maintenant plein de jeux vidĂ©o se basent sur ça. Et c’est le seul mĂ©dia qui peut faire ça. Avec un livre tu vas de la premiĂšre Ă  la derniĂšre ligne, un disque de la premiĂšre Ă  la derniĂšre note, un film de la premiĂšre Ă  la derniĂšre sĂ©quence mais pas avec un jeu vidĂ©o. En tant que joueur tu peux manipuler le temps !

Je vois


En fait pour moi c’est trĂšs simple : le roman Ă©tait l’art du 19e siĂšcle, le cinĂ©ma celui du 20e, et le jeu vidĂ©o est celui du 21e. Il ne faut pas cherche plus loin ! C’est lĂ , ça crĂšve les yeux. Pour moi le jeu vidĂ©o c’est pas un truc pour rigoler, c’est une Ɠuvre d’art ultime. Le plus grand art actuel. Au 20e siĂšcle des gens comme Godard se disaient cinĂ©philes. Ils pouvaient passer leur vie dans les cinĂ©mathĂšques. Bien moi je suis vidĂ©ophile. Je peux passer ma vie sur des jeux.

D’autres membres de ta famille partagent ta passion pour les jeux vidĂ©o ?

Non. Je joue parfois Ă  WOW avec ma sƓur – elle a pris le mĂȘme rĂŽle que moi, mage – mais c’est une newbie, une grosse loseuse, donc je dois toujours tout lui expliquer (rires) !

Et du cÎté de Poni Hoax ?

Non, c’est pas leur truc.

Ta nana ?

Non, elle y comprend rien. Dans mon entourage je suis le seul Ă  ĂȘtre bloc lĂ -dessus

C’est ton jardin secret


Ah non, le jardin secret c’est la pornographie. Toujours.

La pornographie ?

Évidemment. Si t’as un portable t’as forcĂ©ment des films de cul dessus.

Ben non pas forcément


Si t’en as. Tu veux pas l’avouer mais t’en as !

Aujourd’hui avec le web on n’a plus besoin d’en avoir


Enfin oui, Ă  la rigueur tu vas sur pornhub ou x vidĂ©os, mais voilà : tous les mecs qui ont des ordis sont dans le porno. Aujourd’hui faut aussi bien voir ça : on est dans une sociĂ©tĂ© pornographique. Pour moi c’est super important. Je vais aller interviewer sur le sujet un mec que j’adore et qui s’appelle Jess Franco.

Qui est-ce ?

Maintenant c’est un vieux en chaise roulante mais Ă  la base c’est un super cinĂ©aste espagnol. Il a dĂ» faire quelque chose comme 300 films. Des films qui sont Ă  moitiĂ© hardcore mais pas que. Il a aussi bossĂ© avec Orson Welles.

T’es en contact avec lui ?

C’est en cours. J’ai prĂ©vu ça pour ce mois-ci.

Et niveau game design, t’as une nouvelle idĂ©e, tu cogites ?

Non, j’ai rien trouvĂ© d’autre.

Tu aimerais avoir un autre projet à proposer ? Un projet qui marche et t’accapare ?

Oui mais non parce qu’en mĂȘme temps je suis chanteur de Poni Hoax, et c’est ce qui me permet de gagne ma vie.

En plus de Poni Hoax tu as un autre groupe, Paris, qui sort tout juste un nouvel EP, In Crowded Subways. On en parle ?

On s’en fout (rires) ! Allez viens je vais te faire Ă©couter. (Il file Ă  l’étage et je l’accompagne Ă  tĂątons dans l’obscuritĂ© du hall et des escaliers en essayant de pas me casser la gueule. On atterrit dans une chambre oĂč sa nana dessine sagement, assise en tĂȘte de lit avec un chat sur les genoux. Tellement qu’au dĂ©part je l’ai pas vu. Assis au pied du lit lui dĂ©plie un ordinateur portable et se met Ă  me lancer des mp3.) En fait j’ai trois groupes. J’ai Paris et c’est pas un truc de connards. Avec Paris on fait des trucs vraiment destroy. Écoute ça, c’est bien, vraiment violent, presque death metal. Moi j’adore le death metal ! Je suis Ă  bloc death metal ! (Le morceau envoie effectivement du lourd, Ă  base de gros lacis de guitares anxiogĂšnes, DPS, DPS, DPS.) Sinon j’ai un autre groupe qui s’appelle Aladdin.

Ah, celui je connais pas.

Bah en fait personne connaĂźt. C’est juste Gilb’R et moi. On est en train de faire le disque et avec ça tout le monde va halluciner. Coute. (La musique qui sort de l’ordi est plus Ă©lectro, pyschĂ©e, cosmique. Plus healers.)

Tout ça ne semble pas si Ă©loignĂ© de ce que tu fais dĂ©jĂ  avec Poni Hoax


Ouais, Aladdin, Poni Hoax, Paris, tout ça c’est toujours la mĂȘme chose : c’est moi, moi (rires) ! (Il enchaĂźne les morceaux tĂȘte baissĂ©e sur son laptop, s’écroulant Ă  moitiĂ©, assommĂ© d’alcool.)

Ça s’est un nouveau morceau de Poni Hoax ?

Oui, on en a 17. On vient de signer chez Columbia.

Cool, une major.

Mortel. Ils mettent 500 000 euros sur nous.

La sortie du disque est prévue pour quand ?

On sait pas encore. Quand on l’aura fini. Moi j’ai dit aux mecs de Columbia : « Ma famille s’est faite buter au Cambodge : je veux enregistrer les voix au Cambodge » Ils ont dit : « Ok. »

Tu penses que ça va apporter quelque chose aux morceaux ?

Grave ! (La musique continue de s’écouler de son laptop. Il continue d’avoir la tĂȘte penchĂ©e dessus, qui flotte entre transe et somnolence.)

Ce sera donc un nouvel album interminable de 17 morceaux comme le précédent ?

Non, on va en garder que 10. J’ai exigĂ© qu’il n’y en ait que 10.

Et ce ne sera que des nouvelles compos ?

Bah oui, parce que les nouvelles sont meilleures, Ă©coute. (Il change encore de morceau.) Enfin je sais pas si t’aimes Poni Hoax.

Si, plutĂŽt. Mais comme vous allez bĂ©nĂ©ficier de plus de moyens que par le passĂ© et aussi d’une plus grande visibilitĂ©, je me dis que vous pourriez avoir envie de rĂ©-enregistrer d’anciens morceaux pour les amĂ©liorer et les faire dĂ©couvrir Ă  un plus large public.

Non, non.

Mais tu es excitĂ© Ă  l’idĂ©e que ce deal vous permettre de toucher un plus large public ?

Moi Columbia ils m’aiment pas. Ils aiment bien les autres Poni Hoax mais moi ils me trouvent chelou (rires) ! Du coup je les vois pas. C’est bizarre hein ! (Sa nana n’a pas bougĂ© d’un iota depuis tout Ă  l’heure, elle est toujours assise leur lit Ă  dessiner avec le chat sur les genoux tandis qu’on Ă©coute de la musique destroy. Il m’apprendra juste aprĂšs qu’elle travaille comme illustratrice de livres pour enfants.)

Ils vous ont collé un directeur artistique ?

Ils racontent que des conneries, moi je m’en fous, je les laisse parler !

Comment en ĂȘtes-vous venu Ă  signer avec eux ?

Ils ont tripĂ© sur nous. Ah, Ă©coute, ça s’est bien. (C’est vrai que ça l’est. Ce morceau est plus incisif, avec un riff assez bluesy, rĂ©pĂ©titif qui attaque les chairs tout en Ă©tant hypnotique, lancinant, lĂ  oĂč le prĂ©cĂ©dent ennuyait comme un mec respectant une limitation de vitesse Ă  40.)

Poni Hoax c’est le groupe oĂč tu t’investis le plus ?

C’est le projet oĂč je gagne le plus de thunes. (Et hop il replonge dans son ordi. J’ai l’impression de faire la discute Ă  un camionneur qui m’aurait pris en stop mais qui serait plus intĂ©ressĂ© par se lobotomiser en fixant l’obsĂ©dante succession des bandes blanches. Je me demande ce que je fous-lĂ , mais je peux pas sauter du vĂ©hicule, je dois aller au bout du truc.)

J’ai entendu dire que tu avais un autre projet en tĂȘte : reprendre des chansons de NoĂ«l ?

Grave ! Nicolas Ker chante Noël (rires) !

C’en est oĂč ?

Nulle part, personne veut le faire ! Mais imagine, ce serait drÎle ! Que des trucs de Noël pourris (rires) !

Avec des orchestrations


Pourries (rires) ! (Il replonge dans son ordi et dĂ©clare au bout de deux secondes, alors que le riff blues de tout Ă  l’heure se rĂ©pĂšte sans que rien ne dĂ©colle.) En fait c’est chiant Poni Hoax ! (J’en profite pour me lever, faire signe que c’est bon, que j’ai ce qu’il me faut. On regagne le rez-de-chaussĂ©e. Il y fait toujours noir. J’essaie Ă  nouveau de pas me casser la gueule. Il a pris son laptop et ses enceintes avec lui. Le voilĂ  qui les installe pĂ©niblement prĂšs de sa gaziniĂšre. Il avait juste envie de descendre pour faire pĂ©ter le son sans dĂ©ranger sa nana.) Moi le seul morceau de Poni Hoax que j’aime c’est celui-lĂ . On est en train de le faire. (Le morceau se met Ă  dĂ©florer les enceintes, Ă©pique, guerrier.)

T’écoutes quoi en ce moment ?

Que du death metal et du doom ! ça dĂ©chire ! (Il se met Ă  faire plein de bruits bouche apocalyptiques.) J’aime bien. Enfin j’aime vraiment mais je suis pas super fan. (Il s’enfonce la tĂȘte dans les enceintes comme s’il Ă©tait en rave ou qu’il enfilait une capuche de mage. La musique cafouille le silence et l’espace entre nous.) Ah ce morceau c’est bien quand mĂȘme !


4 réponses
  1. jeremie
    jeremie dit :

    Faut que j’Ă©coute aladdin et poni hoax et paris. le visuel de la pochette qui clos l’article est excellent.
    il faut !
    je dois le faire !
    Ă©couter !

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