COURTNEY TAYLOR “DANDY WARHOLS”


12 juillet 2010. 23h10 heure française. Je saute de devant mon ordi. J’ai besoin de quelqu’un pour partager ma joie. Par l’intermĂ©diaire de sa manageuse, Ă  des kilomĂštres de lĂ , Courtney Taylor-Taylor vient de rĂ©pondre Ă  mes questions le jour mĂȘme de leur envoi, un miracle 2.0. C’est Math avec qui j’avais fait l’interview de Peter et Zia en 2003 qui fait les frais de mon enthousiasme. Enfin son rĂ©pondeur. « Math ! Devine qui je viens enfin d’interviewer ?! » Alors bien sĂ»r, ce n’était qu’une interview par mail pour parler du (re)greatest hits qu’est The Capitol Years et les interviews par mail c’est comme le sexe au tel, ça manque d’un truc. Mais bon c’était Courtney, le leader des Dandy Warhols, alors j’étais au ciel. Et apparemment il ne s’est pas trop ennuyĂ©. Sur 40 questions il en a honorĂ© 35, paraphant le tout d’un « thanks man, ctt ». Comment je suis sĂ»r que c’était bien lui ? La teneur mĂ©galo-vacharde de ses propos. Sa façon de dĂ©fendre instinctivement les morceaux d’Odditorium, le point faible de ses « capitol years ». Et les 5 questions auxquelles il n’a pas rĂ©pondues. AprĂšs avoir discutĂ© du passĂ©, je le questionnais sur le prĂ©sent et le futur. Earth to, leur premier disque sur leur propre label Beat the World Records, s’était-il bien vendu ? Etait-ce aussi inspirant pour un groupe comme eux de travailler Ă  leur compte comme des petits commerçants plutĂŽt que d’ĂȘtre soutenus par une major ? N’était-ce pas dur de continuer Ă  faire des chansons sur l’hĂ©donisme « sex, drug and rock’n’roll » à 40 ans passĂ©es ? Aura-t-on une chance d’avoir un autre best of intitulĂ© Beat The World Records Years 2007-2017 ? (LE OFF.)


« Si on doit parler de concurrent direct parlons d’Oasis »


Bonjour Courtney. Ma premiÚre question sera simple : pourquoi sortir un Best of ?

La baisse des ventes de CD et des autres supports physiques nous a donnĂ© envie de faire un bel objet autour de l’idĂ©e de Best of. Quelque chose qui serait Ă  contre courant de cette mode iTunes qui permet Ă  chacun de faire son propre Best of dans son coin.

Vous a-t-il été difficile de choisir ces 14 morceaux ?

Non, ce fut assez facile. On a juste pris toutes les chansons qui avaient été classées dans les charts mondiaux et ça a trÚs vite rempli le disque.

Quel est ton album préféré des Dandy Warhols ?

Cette semaine c’est Odditorium or Warlords of Mars. Pour le Best of on a fait remasteriser  nos morceaux par Chris Gheringer. Du coup les trois chansons de ce disque qui figurent sur le Best of sonnent mieux que jamais. Donc voilà, en ce moment j’ai un faible pour lui.

Quelle est ta chanson préférée des Dandy Warhols ?

Comme on a pas mal rĂ©pĂ©tĂ© pour la tournĂ©e ces derniers jours j’ai pu m’apercevoir que ma chanson prĂ©fĂ©rĂ©e Ă©tait « Holding Me Up ». Ce morceau est terrible, et en live il dĂ©colle carrĂ©ment. Sinon j’aime toujours beaucoup « The Last High ». Belle chanson.

Quelle est la mélodie dont tu es le plus fier ?

Je n’en vois pas une en particulier, mais je dirai tout de mĂȘme « Bohemian Like You » pour la simple raison qu’elle a quelque chose de trĂšs vivant et de fun Ă  chanter.

Niveau paroles ce serait ?

Pareil, « Bohemian Like You », pour ce passage : « Just a casual, casual easy thing. Is it ? It is for me » (ce qui pourrait se traduire, en gros, par « pour moi, le sexe c’est normal et naturel, et toi ?»). SĂ»rement une des plus belles choses que j’ai jamais Ă©crite.



Quel est ton album préféré du Velvet ?

Oh je suppose que c’est The Velvet Underground and Nico.

De Bowie ?

Ziggy Stardust.

Des Stones ?

Ce mois-ci c’est Goats Head Soup.

Des Beatles ?

ça a toujours été Sergent Pepper

Et ta chanson préférée de tous les temps ?

D’habitude c’est « Lay Lady Lay » (chanson de Bob Dylan issue de l’album Nashville Skyline, 1969) mais ces jours-ci je n’en ai aucune idĂ©e.

Comment as-tu découvert la musique ?

J’ai pris des cours de piano et de violon quand j’avais 4 ans mais la musique m’est vraiment tombĂ©e dessus une ou deux annĂ©es plus tard aprĂšs avoir entendu « Killer Queen » (chanson de Queen issue de l’album Sheer Heart Attack, 1974). Ensuite je me souviens de « Radar Love » (chanson de Gold Earring, groupe de rock nĂ©erlandais cĂ©lĂšbre pour ce tube paru en 1973 sur l’album Mootan, et qui fut repris par de nombreux groupes, dont U2, REM, Def Leppard, Santana). Depuis Ă  part penser musique je n’ai pas fait grand-chose.

A vos dĂ©buts, bien qu’étant amĂ©ricains, les mĂ©dias vous considĂ©raient souvent comme des acteurs de la scĂšne Britpop. Comment expliques-tu ça ?

A l’époque la plupart des groupes amĂ©ricains Ă  guitares sonnaient « rap rock » comme Limp Bizkit. On a donc naturellement Ă©tĂ© mis dans le mĂȘme sac que nos groupes favoris qui Ă©taient entre autres Spiritualized, Blur, The Charlatans… Mince, t’imagine si on n’avait pas pu tourner avec eux ?! On n’aurait pas survĂ©cu.

En 1997 The Dandy Warhols Come Down, fit forte impression. Mais cette annĂ©e Ok Computer de Radiohead et Urban Hymns de The Verve firent mieux. Te sentais-tu proche d’eux ? Les voyais-tu comme des concurrents ?

Les rares fois que j’ai vu Thom Yorke il m’a donnĂ© l’impression d’ĂȘtre l’individu le plus petit et le plus laid qui soit. J’avais donc beau ĂȘtre pote avec certains membres du groupe, je n’étais pas proche d’eux. Richard Ashcroft, par contre, je ne l’ai jamais rencontrĂ©, mais aujourd’hui c’est peut-ĂȘtre pour ça que je me sens proche de The Verve. Quand on a commencĂ© le groupe, on Ă©coutait beaucoup leur musique. Sans vouloir les plagier, je peux vraiment dire que Storm in Heaven fut une des influences majeures de notre son. Du coup, encore aujourd’hui, quand j’entends leur musique ou quelqu’un qui parle d’eux ça me fait chaud au cƓur.

Et qu’en Ă©tait-il d’Oasis ?

C’était le groupe omniprĂ©sent de notre Ă©poque. Si l’on doit donc parler de concurrent c’est d’eux qu’il s’agit. En plus la structure de leurs morceaux Ă©tait proche des nĂŽtres puisque les leurs Ă©taient aussi basĂ©es sur de simples grilles d’accords.

A la sortie de Come Down je me souviens d’une interview de Rock&Folk oĂč tu disais que tu aimais tant Ok Computer que tu aurais voulu en ĂȘtre l’auteur. Vu la diffĂ©rence entre la musique des Dandy et celle de Radiohead cette dĂ©claration m’a toujours surpris


Disons qu’il ne m’a pas fallu 10 secondes pour comprendre qu’ils Ă©taient tombĂ©s sur le plus grand producteur de leur temps. En rencontrant Nigel Godrich l’audace de leur musique a incarnĂ© l’esprit de l’époque, qui Ă©tait particuliĂšrement excitante.

Au total combien d’albums avez-vous vendu ?

Je dirais quelques millions.

Come Down compte une chanson en hommage à la coolitude de Kim Deal, la bassiste des Pixies. Quelle autre musicienne serait-elle assez cool pour t’inspirer une chanson ?

Kristin Hersch et Chrissie Hynde.

En 1999, votre batteur, Eric Hedford a quittĂ© le groupe et c’est ton cousin, Brent DeBoer, qui l’a finalement remplacĂ©. Dirais-tu que cela a affectĂ© votre musique ?

Je ne pense pas. Eric Ă©tait un batteur tout en toucher et Brent l’est aussi. Leur jeu harmonise le morceau, comme le faisait Ringo Starr chez les Beatles. Notre musique a donc logiquement continuĂ© son bonhomme de chemin.


Avec « Godless », « Mohammed » et « Nietzsche » Thirteen Tales from Urban Bohemia s’ouvre sur une impressionnante triplette de longues et lourdes chansons psychĂ©s qui semblent toutes avoir Dieu pour thĂšme. Pourquoi une telle entrĂ©e en matiĂšre ?

Elles Ă©taient censĂ©es fermer le disque mais juste le mastering Brent a suggĂ©rĂ© qu’on les mette au dĂ©but. Bien jouĂ© Fathead (surnom de Brent) ! Pour ce qui est de Dieu, lui et moi on ne se parle pas et je me tiens plutĂŽt Ă©loignĂ© des gens qui croient lui parler.

En 2000 tu as rĂ©alisĂ© et jouĂ© dans le court mĂ©trage The End of the Old As We Knew It qui fut prĂ©sentĂ© au Sundance festival de 2001. Peux-tu m’en dire quelques mots ?

Quand Bush et potes ont pris possession de la Maison Blanche en mentant et trichant Ă  tout va, beaucoup de gens Ă©taient rĂ©voltĂ©s, notamment Ă  l’extrĂȘme gauche. Personne n’avait jamais vu un PrĂ©sident faire preuve d’une si grande et flagrante malhonnĂȘtetĂ©. Tout ce qu’il faisait allait Ă  l’encontre des dĂ©sirs de la majoritĂ©. Je me disais : « C’est pas possible, cet attardĂ© mental va se prendre une balle ». En tant qu’ancien Ă©tudiant en histoire, je savais que pour se refaire une image un leader impopulaire n’avait qu’une solution : il fallait qu’il s’invente un ennemi et lui dĂ©clare la guerre. J’ai donc fait ce court mĂ©trage et environ 8 mois plus tard ces ordures ont en partie prouvĂ© que j’avais vu juste. J’ai juste merdĂ© en pensant que tout ça finirait en grand feu d’artifice nuclĂ©aire.

Dans la chanson « Welcome To The Monkey House » tu chantes que lorsque Michael Jackson sera mort tu reprendras « Blackbird » des Beatles. Pourquoi cette chanson et l’avez-vous finalement reprise ?

Elle est sacrĂ©ment dure Ă  reprendre mais oui, on l’a reprise et je pensais pas que ça arriverait avant mes 70 piges !

Reprendre un morceau de Michael Jackson, ça te dirait ?

Non.

Welcome To The Monkey House est le seul disque oĂč l’on peut voir vos paroles sur le livret. Une raison particuliĂšre Ă  ça ?

C’est le seul ? Je ne m’en rappelais pas.

Depuis 2003 vous avez votre propre studio, The Odditorium. Cela a-t-il changé votre vie de groupe ?

Non. On a toujours eu un grand entrepĂŽt en guise de studio, la seule diffĂ©rence c’est que maintenant on ne le loue plus.

Sur « Love Song », un morceau d’Earth To The Dandy Warhols, vous avez collaborĂ© avec Mark Knopfler. Cela veut-il dire que tu es fan de Dire Straits ?

Oh oui, j’adore ce gars. C’est un des musiciens les plus parfaits qui soit.

Qui est ce Miles Zuniga citĂ© comme co-auteur de deux chansons d’Odditorium ?

C’est le guitariste et co-songwriter de Fastball, un groupe d’Austin, Texas. Un bon gars.

Vous avez co-produit chacun de vos albums avec un producteur différent. Pourquoi ?

C’est dur de faire des disques. On a besoin d’aide pour ça. Et on a toujours changĂ© de producteur parce qu’on a toujours voulu Ă©viter de refaire ce qu’on avait dĂ©jĂ  fait.

Dandy’s Rule Ok ? : 1h14 ; The Dandy Warhols Come Down : 1h06 ; Thirteen Tales From Urban Bohemia : 56 min ; Welcome To The Monkey House : 48 min ; Vos albums n’ont cessĂ© de « rĂ©trĂ©cir » pour se rallonger par la suite : Odditorium or Warlords of Mars : 62min ; Earth to the Dandy Warhols : 69min


Oui, j’ignore pourquoi. Etrange, hein ?

Durant ces 12 ans chez Capitol vous avez Ă©tĂ© forcĂ©s de faire des compromis. En 1996 ils ont par exemple refusĂ© de sortir ce qui devait ĂȘtre le successeur de votre premier album, et qu’on a connu en 2004 sous le nom de The Black Album. Idem en 2003 : ils ont rejetĂ© le mix original de Monkey House qu’on a dĂ©couvert en 2009 sous le nom de The Dandy Warhols Are Sound. As-tu des regrets Ă  propos de tout ça ou penses-tu que c’était finalement mieux ainsi ?

J’aimerais savoir comment les choses se seraient passĂ©es si j’avais fait d’autres choix, mais c’est impossible, n’est-ce pas ?

Lors d’une interview pour GonzaĂŻ, ton ami Anton Newcombe a dit que tu avais essayĂ© de devenir cĂ©lĂšbre et que tu en avais payĂ© le prix. Qu’en penses-tu ?

Non, lĂ  pour moi il projette. Le but ultime c’est d’obtenir le succĂšs sans devenir cĂ©lĂšbre parce que tu peux alors faire ce que tu veux, on te fout la paix. La seule et unique fois oĂč on a dĂ» se farcir ce dĂ©lire de cĂ©lĂ©britĂ© c’était au moment de l’engouement pour « Bohemian Like You ». Dans ce cas-lĂ  tu te retrouves toujours entourĂ© d’escrocs. La cĂ©lĂ©britĂ© c’est la part merdique du succĂšs. Dig! fut un bon exemple de ce genre de manipulation mais ça a permis au Brian Jonestown Massacre de faire enfin carriĂšre, je ne peux donc pas le regretter. J’aurais juste aimĂ© qu’on nous permette de visionner ensemble le montage final.

Un de vos plus grands tubes date de 1997 et s’intitule « Every Day Should Be A Holiday ». Hier vous Ă©tiez les poulains de Capitol, aujourd’hui Ă  votre compte sur votre propre label, crĂ©Ă© en 2008. Chaque jour continue-t-il d’ĂȘtre une fĂȘte ou plutĂŽt une bataille ?

Ce sont des vacances durement gagnĂ©es, mais oui, des vacances. Je pense sincĂšrement qu’il en est ainsi de la vie de chacun. Nos vies sont des vacances que nous gĂąchons la plupart du temps en voulant faire trop de choses Ă  la fois, ce qui fait qu’on passe notre temps Ă  courir sans se rendre compte qu’on est en vacances. Toute vie est une bataille. Toute.


Myspace des Dandy Warhols

Site officiel des Dandy Warhols

Beat The World Records

6 réponses
  1. bonzo
    bonzo dit :

    Merci pour l’itw ! Je trouve qu’il n’est pas trĂšs loquace mais j’imagine que c’est du au fait que ça a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par mail.
    Sinon par curiositĂ© c’est possible de connaitre les questions auxquelles il n’a pas rĂ©pondues ?

  2. sylvain
    sylvain dit :

    Oui, l’intĂ©ractivitĂ© du mail et le fun qui en dĂ©coule Ă©tant limitĂ©s je pense que ça ne la pas rendu maxi loquace. Pour ce qui des questions auxquells il n’a pas rĂ©pondu, je crois que je les rĂ©pertorie dans l’intro de l’interview, non ? Merci de ton commentaire Niko.

  3. Niko
    Niko dit :

    au temps pour moi, j’ai du passĂ© directement de “cinq questions auxquelles il n’a pas rĂ©pondu” au dĂ©but de l’interview !
    Dommage qu’il n’ait pas rĂ©pondu Ă  la seconde, le groupe a eu des rapports tellement compliquĂ©s avec Capitol que j’aurais bien aimĂ© savoir ce qu’il pensait du fait d’ĂȘtre Ă  son compte maintenant. En tout cas merci !

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