NICOLAS GODIN : AIR (2)

Air Moon Safari 2

24 février 2012. 10h20. Paris 19e. « Le vrai amour, c’est quand ce qui est vécu n’est pas dangereux pour les autres » vient de me confier Nicolas Godin. Nicolas Godin ? Oui, l’un des deux membres de AIR, celui qui a les cheveux couleurs tabac à rouler. L’amour ? Oui, ça fait quelques vingts minutes que je l’interroge seul à seul dans son studio pour le compte du journal Philomag.

Je me demandais si ce genre d’entretien avec ses questions orientées confessions philosophie de vie serait une bonne porte d’entrée pour, au passage, obtenir des réponses sur des choses que l’habituel cadre d’interview musicale n’aurait pas permis. Enfin j’avais l’intuition que c’en serait une comme quand parler foot avec Richard Ashcroft me l’avait mis à l’aise pour mieux parler rock ensuite.

Ça me semble bien se passer. Godin n’est pas le roi de la déconne mais vraiment disposé à répondre à chacune de mes questions, à s’immerger, réfléchir avec moi, et pas du tout gêné de parler d’autre chose que du Voyage dans la lune, la BO que lui et Jean-Benoit Dunckel ont faite sur le film de Méliès. Ça doit même l’arranger, ça fait 4 mois qu’ils en assurent la promo d’un pays à l’autre.

A vrai dire si le disque a été reçu unanimement comme un super disque, genre « le retour de AIR au plus haut niveau », c’est que ça excitait toute une génération de reparler lune, ça remettait le duo en lumière comme au premier jour, celui de Moon Safari, une belle histoire, vieille d’il y a près de 15 ans. C’était, oui, ça sentait la nécro, l’embaumement et end of the story. Et je sens que lui le sait.

Je n’ai pas beaucoup écouté Le Voyage dans la lune ni regardé le film de Méliès avant de rencontrer Nicolas Godin, je n’en ai pas eu envie, ça ne me semblait pas une aventure, ça ne me disait rien de mes rêves et de ma vie, contrairement à Moon Safari, Virgin Suicides, 10 000 Hz Legend, Talkie Walkie et même Love 2, le dernier, que je trouve fort joli, sous estimé. Mais je me sens réglo.

L’avenir nous dira que c’en est bel et bien fini d’AIR. Après les diverses escapades de son comparse avec Darkel et Tomorrow’s World, Nicolas cédera enfin à ses propres sirènes. Et, début juin 2015, sortant sur le net le premier single d’un premier album solo prévu pour l’automne chez Because Music, il dira qu’il a fait ce qu’il avait à faire avec AIR et qu’il voulait grandir musicalement.

En allant le rencontrer je me demandais si on m’avait refilé le meilleur interlocuteur du duo, le plus inspiré, perché, qui a vraiment les réponses à mes questions. Je n’avais pas encore rencontré JBD. Ce single viendra confirmer mes impressions eues pendant cet entretien : c’est bien lui, Nicolas, l’élément iconoclaste d’AIR, le plus dandy, fuck off, tranchant, moderne. Sexy boy après tout.

A l’écoute de ce bel « Orca », l’ami Denis Jacquinet connu en tant que auteur compositeur interprète sous le pseudonyme de Jacques Air Volt me dira même, avec force points d’exclamations, que c’est exactement ce qu’il attendait d’un mec d’AIR en 2015. « Ecrire tout en contre-point avec des sons actuels, de la recherche, du progressif, loin du formatage actuel. Yeah ! Super ! I’m happy ! »

Je n’en penserai pas moins après ces étonnantes 2’23’. Issues d’un album dont j’apprendrai par voie de presse qu’il s’intitulera Contrepoint, puisera son inspiration dans 8 œuvres de musique classique du 18e siècle, dont Bach, et aura comme « guide spirituel » le pianiste Glenn Gould, ça titillera ma curiosité. En attendant il me reste une vingtaine de minutes avec Nicolas Godin. Reprenons !

« Nous, on n’est pas des amis, on est des musiciens »

 

Nicolas God 1

Nicolas, quel est le banquet de ta vie ?
Tu veux dire au niveau de la sociabilité ou au niveau de la nourriture ?

Comme tu le sens !
Venant d’un milieu bourgeois, je dirai déjà que pour moi le banquet évoque un truc plombant. Ça fait tout de suite mariage de convention (sourire), la grande table, le machin. Et puis pour ce qui est des mets moi je suis fou de nourriture japonaise. Je connais des endroits au Japon où c’est limite pas concevable comme expérience tellement t’as un feu d’artifice au moment où tu manges. C’est une expérience proche de l’épiphanie. Et sinon, oui, l’amitié passe par le fait de se retrouver autour d’une table et ce que j’aime dans Paris c’est moments où on sort dîner et on refait le monde avec ses amis. C’est un des grands plaisir de la vie pour moi.

Quel que soit l’âge.
Oui, quel que soit l’âge, quel que soit le milieu, c’est vraiment un des grands plaisir de la vie. Il ne faut pas être matérialiste et il faut privilégier ces moments-là parce que finalement c’est la seule richesse qu’on ait. La richesse matérielle n’est qu’illusion. Nous qui habitons à Paris on le voit bien parce que quand on achète un appartement on s’aperçoit qu’il y a au moins eu 5, 6, 7, 8 propriétaires avant nous et qu’après nous y’en aura autant. Rien ne nous appartient. En revanche on est riche des moments d’amitié et d’extrême sociabilité et je pense que c’est la seule chose qui vaut le coup d’être vécue.

Qu’en est-il pour toi du partage musical entre vous et votre public. J’imagine qu’il doit lui aussi valoir le coup d’être vécu, non ?
Oui, et en ça je me suis découvert altruiste parce qu’en fait en tant que musicien nous on était plutôt des gens isolés. Au lycée on se réfugiait dans le monde de la musique. Mais en jouant les morceaux sur scène j’ai découvert à quel point on pouvait donner du plaisir aux gens et ça m’a énormément redonné de l’amour propre. J’étais très très fier de ça, très heureux de me voir avoir ce rôle-là dans la société. Finalement c’est une grande récompense de faire quelque chose qui donne du bonheur aux gens. On a toujours fait de la musique parce qu’on était un peu les vilains petits canards et tout d’un coup on se retrouve à soulager les gens pendant une heure et demie, à leur faire oublier leurs problèmes et leur faire du bien et je trouve que c’est une des plus belles récompenses qu’il m’ait été donnée dans la vie, faire ce métier pour ça.

Etre sur scène pour donner du plaisir aux gens n’est-ce pas un exercice qui a certaines limites ? Je me rappelle du DVD Eating, Sleeping, Waiting and Playing que vous aviez sorti en décembre 1999 après votre première tournée mondiale…
Ouais, ouais, ouais (sourire) ! A l’époque, j’avoir pas encore compris ça. Il m’a fallu au moins trois tournées pour que je comprenne ça. Là comme c’était la première tournée, j’étais un peu dépassé par les événements. Le fait de prendre confiance en moi, d’acquérir de la maturité et de l’expérience m’a permis de voir le bon côté des choses et je me suis rendu compte que ce côté altruiste est un des plus beaux rôles qu’on peut jouer dans une existence, quoi.

Ce film documentaire sur votre première tournée pointait l’écueil de se faire happer par une routine machinique et de devenir soi-même une machine, lessivé.
Ouais, mais il faut se dépasser sur scène, donner le meilleur de soi-même, et il faut avoir fait de bonnes chansons comme t’es heureux de les jouer. Si tes chansons sont solides et si tes harmonies sont bien goupillées entre elles, t’auras toujours plaisir à jouer cette mécanique. Parce que tu seras pris dans la magie des grandes chansons. Par contre si t’es pas fier de ton travail, là ça peut devenir un autre engrenage. Mais regarde les Rolling Stones qu’ont 50 ans de carrière, quand ils jouent une de leurs fabuleuses chansons cette magie opère toujours, je pense. Enfin j’espère. En tous cas moi, sans ça, je le ferais pas. Au nom de la liberté dont je parlais tout à l’heure j’aurais aucune raison d’être sur scène si je m’y faisais chier. Je m’en foutrais complètement. J’ai pas besoin d’être sur scène…

Surtout qu’on ne peut pas dire qu’AIR soit le prototype du groupe de scène, le prototype du groupe qui joue une musique incarnée…
Alors de plus en plus, parce qu’on commence à avoir un grand répertoire et que justement, on est heureux de jouer nos morceaux sur scène. En plus, à cause d’internet, le disque est devenu de moins en moins important dans la vie des gens or quand tu fais de la musique tu veux faire quelque chose qui soit important pour la société sinon y’a pas de plaisir à le faire, quoi. Faire un disque si les gens s’en foutent parce que y’a plus de magasins, plus rien, c’est un peu con, quoi. Donc beaucoup de l’avenir de la musique va se concentrer sur la scène.

Oui, mais à titre personnel tu ne t’en fous peut-être pas du désintérêt pour le disque ?
Si. Parce qu’avant en fait quand tu faisais un album t’avais derrière l’idée de faire une oeuvre d’art or aujourd’hui le fait que cette oeuvre d’art n’ait plus de place dans le marché ça nique tout pour moi. Ça me coupe l’envie, quoi. Moi, j’achète plus de disques par exemple. J’ai perdu ce goût d’acheter des disques.

Même des vinyles ?
Oui, j’écoute surtout des chansons, des trucs comme ça, via YouTube. Et le fait que le support physique ait globalement disparu ça me donne moins envie d’en fabriquer, tu vois ? Je pense que c’est comme un peintre : si sa toile n’existait plus et si sa peinture était destinée à être juste vue à travers des écrans, je sais pas si il aurait envie de peindre. C’est bizarre, quoi.

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Mais le geste musical d’AIR existe-t-il hors album ?
Bah oui parce qu’on a qu’une vie et peut-être que c’est une nouvelle phase dans notre carrière. On a peut-être moins envie de sortir des disques que de jouer sur scène. En tous cas ce qui est important c’est d’éviter la routine, de pas se forcer à faire un album tous les 2-3 ans. Nous, on en a fait des albums, on en a fait des beaux, je pense qu’on en a même faits qui appartiennent à l’histoire de la musique, qu’humblement on a mis notre petit cailloux…

Dans l’histoire de la pop ! Avec quels disques d’après toi ?
Je pense que c’est le cas avec Moon Safari ou avec des chansons comme « Sexy Boy » ou « Virgin Suicides » (il veut parler du morceau phare de sa BO, « Playground Love » – nda). C’est des petits classiques, quoi. Donc déjà, quand t’es musicien t’es content d’avoir fait ça. Après la musique, y’a tellement de manière de la vivre…

Tu n’as donc pas le sentiment qu’il vous faille encore apporter un bel album d’AIR ?
Non, parce que moi je fais ça en fonction du désir que j’ai quand je me lève le matin, j’ai pas l’envie de laisser une ?uvre, ce que je veux c’est faire quelque chose qui m’intéresse et si ça m’intéresse plus de faire un disque, je le fais plus, je m’en fous complètement, voilà quoi.

Quelle maxime souhaiterais-tu transmettre à tes enfants ?
L’expérience est une lanterne qui n’éclaire que soi (il cite/paraphrase Confucius – nda).

Aïe ! La transmission on oublie alors.
Oui, je pense qu’on ne peut rien transmettre aux enfants ! Ce qu’on peut juste faire c’est vivre sa vie, il en restera toujours quelque chose pour les enfants qui nous ont côtoyés. Par exemple si tu les mets au contact du Beau tout le temps, à la fin il en restera quelque chose, par contre si tu leur montres quelque chose en leur disant : « C’est beau » et en leur expliquant pourquoi, je sais pas s’ils vont en retenir grand-chose. Je suis donc pas trop dans la transmission, tu vois. Je pense qu’il faut juste les faire baigner dans un environnement. Moi c’est comme ça que j’ai appris, par l’exemple. J’étais très entouré de gens brillants qui ont toujours laissé les enfants vivre leur vie et finalement on en a tous retenu quelque chose.

De quoi n’as-tu pas encore accouché ?
Euh… (Long silence.) Je sais pas parce que la musique c’est du ressenti et en clair moi je suis un bon musicien, c’est mon domaine et donc…

Un album solo peut-être ?
Ouais, nan, le truc c’est qu’on ressent des choses et qu’on se demande après comment les gens vont aussi pouvoir ressentir ce ressenti. Donc avec un instrument on cherche à exprimer cette idée. C’est extrêmement abstrait, on se dit pas : « Tiens, je veux accoucher de ça » Ce qui va sortir, c’est la surprise à chaque fois. On sait pas sous quelle forme ça va exister. On sait juste que la forme finale doit correspondre à ce qu’on ressentait. Donc je peux pas vraiment dire qu’il y a quelque chose qui me manque. J’ai pas d’objectifs, voilà.

Pas un thème ni un concept actuellement en tête ?
Non.

Tu n’as juste pas accouché de ta nouvelle surprise ?
Voilà.

Et faire un album solo, comme l’a fait ton comparse Jean-Benoît, ça te dirait toi ?
Euh en fait moi non parce que c’est pas moi. C’est juste j’entends des sons dans ma tête et j’ai envie de les entendre dans les enceintes. Alors après si Jean-Benoit veut le faire avec moi on le fait avec AIR et si il veut pas, je peux aussi le faire de mon côté, mais tu vois c’est pas comme ça vraiment que je résonne.

Musicalement, c’est ça qui vous différencie ?
Je pense, oui. En plus je pense que si je devais faire quelque chose hors d’AIR ce serait pour prendre des vacances d’AIR, pas répéter le même système : faire des photos, faire des clips. Au contraire, je chercher au contraire à m’échapper de tout ça, quoi.

Tu en as envie ?
Oui, j’ai envie de vivre la musique d’une manière autre que dans les contraintes d’une carrière à la AIR en fait. Ce serait pour ça que je ferais des choses en solo. Pas pour faire du AIR avec un autre nom.

Je vois. Le fonctionnement de AIR est d’ailleurs assez mystérieux, dans les compositions on ne sait pas qui fait quoi…
Oui, il l’est aussi pour nous parce que c’est une alchimie. Quand on est tous les deux en studio il se passe un truc, c’est très bizarre. Quand on est tous les deux on est comme une troisième personne, une sorte de magie opère et on en est témoin. Témoin impuissant je veux dire.

Et cette alchimie continue ?
Ouais, après ce qui nous lie c’est quand même : « Est-ce que ce qu’on fait est bien ? » et c’est ça qui est important, c’est pas tellement : « Est-ce qu’on doit continuer ? » ou « Est-ce qu’on doit se séparer ? » Si on a des choses à dire on les dira, si on n’a plus rien à dire on se taira. Qu’on ait envie ou pas d’être ensemble, je veux dire, c’est pas ça qui compte, vraiment on s’en fout un peu. Nous on est des musiciens et même si on s’est connu très jeune, on n’est pas à proprement parler – étymologiquement parlant – des amis. Moi par exemple ça me viendrait pas à l’idée de faire de la musique avec des amis, ça me ferait même chier, tu vois ? Nous, on est des musiciens et quand on se met ensemble on devient une super machine musicale. C’est une expérience assez passionnante à vivre mais si un jour elle se met à tourner à plat, c’est clair qu’on sera plus ensemble. C’est uniquement ça le moteur.

Pocket Symphony

Donc a priori la symbiose artistique entre vous est toujours d’actualité. Ce qui le semble un peu plus, c’est votre aura médiatique, le désir qu’AIR suscite. Entre la fin des années 90 et le début des années 2000 votre musique et votre imagerie incarnait quelque chose de l’époque, de sa modernité. Mais à mesure que vous vous êtes installés et êtes entrés dans l’âge adulte, vous êtes devenus comme des musiciens « classiques » et vous êtes sortis des radars. D’ailleurs avec la BO du Voyage dans la lune que vous venez de publier vous faites explicitement la bande son d’un film passé qui appartient au patrimoine, comme si vous échappiez de plus en plus à votre époque…
Non, je pense que ce qu’il y a de très bizarre avec la vague musicale qu’on a appelé la French Touch, c’est que tous ces groupes – que ce soit Daft, nous, Phoenix, Tellier – ont une espèce de rapport étroit à la nostalgie. Et on cultive ce péché mignon, c’est la source d’inspiration de nos musiques. Nos styles diffèrent mais ils sont tous axés sur la nostalgie. Les groupes des autres pays ne sont pas comme ça.

C’est un rapport au rêve, au paradis perdu, à une grandeur perdue ?
Ouais, on fait de la musique nostalgique, c’est bizarre (l’attachée de presse ouvre la porte, signe que ça fait plus de trente minutes qu’on y est et qu’il va falloir conclure – nda). Très bizarre. Regarde les Daft avec Albator… c’est bizarre (il veut parler des clips de Discovery, leur deuxième album, tous réalisés par le père du Corsaire de l’espace – nda). Je sais pas pourquoi mais les groupes français qui ont marché ont tous puisé quelque chose de la nostalgie d’un paradis perdu et ils ont fait une carrière là-dessus, oui. Phoenix c’est exactement ça aussi. Et… c’est très bizarre. Nous c’est pareil : on est en plein dedans. Vraiment. On est tous pareil. Je vois même M83 là, et c’est ça : le péché mignon de faire carrière sur la nostalgie.

Oui, et cette nostalgie est bien incarnée par la lune, ce morceau de Terre qu’on regarde dans le ciel. Elle vous défini pas mal cette lune-carne… !
Ouais, ouais (sourire).

C’était d’ailleurs assez caricatural de vous voir faire la BO du film de Méliès Le Voyage dans la lune. Dans tous les articles les journalistes vous parlaient d’une boucle bouclée avec votre premier album, Moon Safari. Quel regard tu portes sur ça ?
Bah je trouve ça assez juste en fait.

Quel est ton truc pour corrompre la jeunesse ?
Oh la la, corrompre la jeunesse… ?! La société corrompt la jeunesse. Parce que quand on est jeune on est libre, on fait des choses incroyables et après on oublie ce qui se passe, pourquoi on perd tout ça, tout notre temps, toute notre imagination, toute notre originalité…

Quand je dis « corrompre », je veux dire détourner à ton propre compte, subvertir…
Euh bah encore une fois quand on est libre ça n’existe pas la subversion. C’est-à-dire que moi, par exemple, je comprends pas les rebelles. Nous contre quoi on pouvait bien se rebeller ? On a toujours fait ce qu’on a voulu. Tu vois, toutes ces notions de corruption/rébellion, c’est même pas dans notre champ de vision parce que depuis le début y’a jamais eu de carcan pour nous.

Dirais-tu que ton truc pour pour séduire les jeunes est justement lié à la nostalgie d’un monde meilleur que tu laisses planer dans ta musique ?
Je sais pas. Je me suis jamais posé la question. En plus moi j’ai un problème, c’est que j’ai toujours vu les enfants avec la connerie des adultes et les adultes avec la bêtise des enfants. Quand j’étais enfant je voyais les enfants avec la méchanceté des adultes et quand je suis devenu adulte j’ai vu les adultes comme des enfants puérils. Du coup pour moi les notions de jeunesse et de vieillesse sont complètement floues. Pour moi la notion d’âge est transversale, elle se dilue à tous les stades de l’existence, quoi.

La belle mort pour toi ?
Euh, bah je dirai sans souffrance. Oui, je sais, c’est enfoncer une porte ouverte mais bon…

Partir sans souffrance au son d’une belle musique ?
Ouais. Ça me rappelle une très belle phrase… Comment il s’appelle cet écrivain ? Qui a fait L’objet du scandale ? C’est un canadien. De la première moitié du 20e siècle. Il a aussi écrit Un homme remarquable. Un écrivain fabuleux… (fin du suspense, c’est Robertson Davies – nda). Tu vois, comme j’ai bu hier, ce matin j’ai pas toute ma tête. Bref, et donc à un moment le héros d’Un homme remarquable, qui est un type assez fascinant, une espèce de mec génial, un puriste, mais dans le bon sens du terme, pas dans le sens fasciste, au moment où il se sent mourir il s’assoit chez lui au milieu de toutes ses œuvres d’art – parce que c’était un peintre soi-disant faussaire mais pas vraiment en fait parce qu’il ne copiait pas des tableaux, il faisait juste les siens à la manière du 18e siècle – et bien ce type au moment de mourir il s’assoit sur son canapé, elle arrive et il dit : « Ah ! c’est donc ça la mort ? » Et ça, j’ai trouvé ça fabuleux, quoi. Il faut que tu lises ce bouquin, il faut que tu retrouves cet écrivain. C’est un mec assez génial. Un grand barbu, canadien. J’ai tous ses livres. Je les ais tous lus.

Dernière question avant que je me dise : « Ah ! C’était donc ça d’interviewer Nicolas Godin !? ». C’est bizarre car j’ai souvent fait un parallèle entre AIR à Radiohead, comme si vous étiez les deux revers d’une même médaille, pile la France et face les Etats-Unis, enfin le Royaume-Uni, le monde anglo-saxon et une certaine modernité, tu vois ?
Ouais.

Toi, quel est ton rapport à Radiohead dont tu as peut-être rencontré des membres par l’intermédiaire de leur producteur Nigel Godrich, qui a produit Pocket Symphony ?
Euh… C’est bizarre. Enfin, Radiohead on a une grande admiration pour eux artistiquement et en même temps… Voilà c’est des… ils ont quelque chose de… (Long silence.) Je sais pas. Nous on est tellement unique, je pense que je pourrais même pas me comparer eux…

Au-delà d’une comparaison qui n’a peut-être pas lieu d’être, qu’est-ce qu’ils t’évoquent en tant que mélomane et auditeur ?
Comme nous, eux ils savent jouer. Je veux dire, avant on exigeait beaucoup des musiciens et depuis 300 ans à chaque génération cette exigence diminue. Quand t’écoutes France Inter et que tu vois ce qu’on attend d’un musicien au niveau connaissances, technique, capacités et habileté musicale, ça n’a plus rien à voir avec ce qu’on leur demandait y’a 300 ans. Et eux, c’est des bons musiciens, c’est des bons compositeurs. C’est là, pour moi, qu’il y a une connivence entre nous.

C’est dans cette exigence commune d’élever le niveau esthétique en pop musique ?
Ouais, et nous on est parfois super frustré quand on écoute de la musique en tant que matière première parce que y’a pas assez d’accords et pas assez de sophistication dans l’écriture.

D’accord.
Voilà (il se lève, se dirige vers la porte de sortie – nda) !

Bah merci.
C’était mieux d’avoir fait ça en live (il ouvre la porte , passe vite à autre chose – nda).

air-le-voyage-dans-la-lune

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