STEVE HEWITT : LOVE AMONGST RUIN (1)

1. LAR Lose Your Way 500

26 octobre 2015. Paris 1er. Hôtel Costes. 18h15. « Tu ne fais pas ton job correctement  ! » m’envoie Steve Hewitt alors que je lui explique que je suis totalement passé à côté de son premier disque post Placebo. Mais ses lèvres sourient et son oeil frise dans ce qu’il faut de franche camaraderie. J’aime : ça veut dire qu’on va pouvoir se dire les choses. Un instant j’hésite donc à lui rétorquer que la faute en revient peut-être à son attaché de presse de l’époque : il ne m’a pas même adressé un mail pour m’informer que l’ex-cogneur du célèbre trio pop-rock s’était lancé dans un nouveau projet en tant que chanteur guitariste au four et au moulin mais ç’aurait été mesquin (vous êtes d’accord ?). Je préfère lui avouer (plus proche de la vérité) que je n’envisage juste plus le journalisme musical comme un job depuis longtemps. « Je laisse les choses venir à moi. Se passe ce qu’il passe. »

En tous cas, force est de constater que cette fois son RP a bien bossé. Il aura suffi d’un mail. Un mail et un bon disque. Lose Your Way. La veille je ne savais rien de ce « groupe » Love Amongst Ruin et je ne pensais pas un jour interviewer Hewitt et voilà que je suis là à parler tranquilou avec lui. Oh ! bien sûr je n’ignorais pas qu’il avait quitté Placebo en 2007, j’ignorais juste dans quelles conditions mais je n’avais jamais pensé à ce qu’il était alors devenu (vous oui ?). Je n’avais pas vu qu’il avait déjà sorti un premier album. Du coup j’avais l’impression que celui-ci marquait le début du truc. Alors que l’aventure Love Amongst Ruin a en fait déjà 5 ans ! Disons qu’après Meds je m’étais copieusement désintéressé de tout ce qui touchait à Placebo. J’avais plutôt apprécié le disque, interviewé son producteur, Dimitri Tikovoï, mais le suivant avait pour moi marqué the end.

Steve n’est pas non plus étonné d’apprendre que je prends son train en marche, et que je pensais tenir là le premier album de Love Amongst Ruin (LAR) avant de zieuter Wikipedia et Youtube. « Tout ça est un nouveau départ, me dit-il, on en est encore aux débuts, à essayer d’attirer l’attention. » C’est pour ça qu’il enchaîne les entretiens dans cet hôtel depuis 10 du mat’. Il en est à 10. Il a eu un mag de guitares, France 24, etc. Il m’avoue qu’il est un peu rincé mais que ça va, qu’ici c’est « un bon endroit quand on est crevé ». C’est vrai, c’est très chic, presque princier. Je n’y vais uniquement, précise-je, que lorsque j’e dois interviewer un musicien un peu connu comme lui ou Sharleen Spiteri. On rigole. J’installe le truc, présente le site, il se tortille au fond du canap’, dégluti : « Parfait ! Parler de musique c’est pour ça que je suis là. Nous y voilà enfin toi et moi. »

« mon apport au sein de Placebo se situait dans l’obsession pop »

 

2. SteveHewitt-parAstridKaroual-4

 

Bonjour Steve. Tu sais quoi ? C’est marrant parce quand j’ai finalement appris que le premier album de Love Amongst Ruin était sorti à la fin de 2010, ça m’a fait jeter un nouveau regard sur le dernier Placebo, sorti fin 2013.
Ah ok.

Je l’avais trouvé étonnement bon et je me suis dit : « Peut-être que les gars ont été challengés par le premier album de Steve ! »
Peut-être. Peut-être.

Qu’en penses-tu ?
J’en pense que c’est une explication fort plausible.

Je sais pas, j’ai trouvé ça bizarre. Après ton départ, avec Battle for the Sun Placebo m’avait donné le sentiment d’être paumé, enlisé, à la fin du parcours…
Ouais, ouais…

Et voilà que tu sors Love Amongst Ruin et paf ! ils sortent Loud Like Love et bing ! regain de cacahuètes alors que comme beaucoup je n’attendais plus rien de Placebo. Je cherchais donc d’où venait ce retour de vigueur pop !
Ok (rires) ! Hé bien oui, je n’étais plus là après Meds et alors qu’ils étaient directement en train d’enchaîner avec Battle for the Sun, moi j’enregistrais le premier album de Love Amongst Ruin. Quand ils l’ont donc sorti à la barbe du mien c’était genre : « Ouh, ok les gars, j’ai vu, je vois ! » Mais voilà moi à ce moment-là j’étais juste concentré sur mon truc et quand j’ai finalement sorti mon disque des gens ont fait : « Hey, c’est meilleur que le dernier Placebo ! », tu vois ?

Ils ont évidemment fait la comparaison.
Bien sûr. Mais pas moi. Je n’ai pas comme ça. Pour moi tout ça c’est fait, passé. Mais oui, peut-être, peut-être bien que ça les a piqué au vif ! Et tu vois, j’ai sorti ce nouvel album et les critiques ont été encore superbes, des gens ont encore dit que c’était meilleur que le dernier Placebo. Donc je pense qu’ils vont se remettre au boulot et moi aussi je me remettrai au boulot et inconsciemment ou pas, on continuera peut-être longtemps à se bouffer le nez de la sorte (rires) ! Genre : « Allez les gars, montrez ce que vous avez dans le ventre ! » Donc oui, c’est peut-être ce qui est en train de se passer, je ne sais pas ! mais si c’est le cas, ce n’est pas quelque chose que je recherche. Ce n’est pas mon but mais peut-être que c’est le leur !

Oui, et pourquoi pas ? Je veux dire, c’est peut-être bien ce genre de guéguerre, à une époque où il n’y a guère plus de rivalités dans la pop, ça peut créer une bonne émulation musicale, raviver une flamme.
C’est vrai.

Qu’on se rappelle les fights Beatles/Stones ou Beatles/Beach Boys et, plus proche de nous, celles de Nirvana/Smashing, Blur/Oasis, Oasis/The Verve. Tout cela date, n’existe plus, ou alors seulement dans le rap et la pop mainstream r’n’b de Taylor Swift, Katy Perry, Miley Cyrus, Rihanna et Beyonce…
Oui, oui.

Remettre de l’eau dans le gaz, ça fait bouillir la marmite…
Oui (rires) ! Peut-être. C’est peut-être comme une partie de poker. Mais le truc c’est qu’à leur époque des groupes rock comme Oasis et Blur évoluaient presque dans la même pièce. C’était un truc local, l’affaire d’un pays. Aujourd’hui tout est éclaté, ces groupes ne vivent plus dans le même pays, mais oui, ça apporte tout de même quelque chose… Enfin peut-être, je ne sais pas. Mais si c’est le cas, bien soit, cool.

Oui, je n’aime pas comparer la pop musique à une sorte de compétition sportive – les groupes ne sont pas des équipes de foot ! – mais là force est de reconnaître que ça créé un truc. Et puis tu es dans la position de celui qui à des choses à prouver, qui n’a rien à perdre, tout à gagner.
Oui.

Etre le challenger, c’est une bonne chose, non ?
Peut-être, oui. Je veux dire qu’évidemment, vu mon passé de batteur, ce projet change radicalement de tout ce à quoi j’étais préparé. Je n’avais jamais imaginé que je monterai un jour sur scène pour chanter et jouer de la guitare dans un groupe, ça s’est fait comme ça, progressivement, par la force des choses. Durant ces dix ans j’ai juste continué à écrire des chansons chez moi, dans mon home studio et voilà ça a fini par donner ça.

Tu n’avais jamais chanté avant ?
Non, pas en public (rires) !

Uniquement sous la douche ?
Oui, ou en voiture. Donc ça a été une réinvention. Même si j’ai toujours été un compositeur au sein de Placebo.

Tu participais à la composition des morceaux ?
Oui, oui.

Ah, j’ai justement jeté un oeil sur ça et je ne t’ai vu crédité nul part en tant que tel. Mais bon, si Wikipedia et les livrets d’albums renfermaient la vérité, toute la vérité sur la manière dont ils ont fait… !
Oui, et la vérité c’est que tous les albums de Placebo dont j’étais ont vraiment été composé à trois. Ça s’est toujours passé comme ça. Mais quand on arrivait à la production, Brian et moi on n’était jamais d’accord, c’était genre : « Ça s’est une mauvaise idée, faisons plutôt ça… »

Tu veux dire qu’il y a toujours eu un conflit de direction artistique entre Brian et toi ?
Pffff (genre fuck), je sais pas ! On était vraiment trois types très différents…

C’est parfois une bonne chose pour un groupe…
Oui, c’est ce qui a a fait la force de nos disques sur une certaine période, mais voilà tout ça ne dure qu’un temps. Il y a toujours un moment où ça doit péter (rires) !

Avoir tenu une décennie c’est déjà pas mal.
Oui, oui, oui, et après : « Boum ! » Placebo s’est fini très soudainement pour moi et j’étais assez en colère sur la manière dont les choses s’étaient passées…

Vous n’aviez pas discuté de ça entre vous ?
Non ! Ça m’est tombé dessus comme ça, du jour au lendemain. Je me suis donc servi du premier album de Love Amongst Ruin pour exorciser cette colère. Ça m’a vraiment donné de quoi écrire.

3. SteveHewitt-parAstridKaroual-6

En montant ton propre groupe tu ne craignais pas de devenir à ton tour un leader égoïste et angoissé qui aillent au clash avec ses propres musiciens ?
Non, non, parce que ce n’est tout simplement pas dans ma nature.

Ok, mais tu n’avais jamais été lead singer donc tu ne pouvais pas forcément savoir comment tu allais le vivre…
Peut-être, oui. En même temps, tu sais, tout ce qu’il y a sur ces deux albums, je l’ai presque fait tout seul. J’ai juste eu Donald Ross Skinner à la guitare (songwriter/producteur anglais qui a été de 84 à 94 le guitariste de Julian Cope – nda), des choses comme ça…

Ce n’est pas un vrai groupe comme Placebo, vous n’écrivez pas les chansons à plusieurs ?
Non, le groupe arrive après. Pour porter les chansons une fois que je les aies écrites. Ce qui ne veut pas dire que ce sont des exécutants soumis à mon bon vouloir. Je ne veux pas partir en tournée et être une sorte de tyran qui ne tolère aucun écart par rapport à son plan de bataille. Ce doit être harmonieux et démocratique.

Et ça marche ?!
Oui, ça marche.

J’ai vu que l’équipage avait déjà pas mal changé depuis le premier album…
Oui, oui.

Les musiciens qui t’ont accompagné en studio pour ce deuxième album ne sont encore une fois pas les mêmes que ceux qui t’accompagneront sur scène.
Absolument.

Est-ce un truc bien clair dans ton esprit ces changements d’effectifs et d’identité ?
Hé bien, disons… Je ne sais pas, c’est moi qui ait tout écrit et en gros c’est moi qui est tout enregistré avec un ou deux guitaristes. Mais j’ai trouvé qu’en studio pour faire les choses efficacement, moins on est mieux c’est. Et vu que j’écris les basses, les batteries et les guitares, je connais la direction à suivre donc au lieu de dire : « Tu joues ça ! » et ensuite d’être là (il tapote dans ses mains – nda) : « Alors, ça vient ? », je le fais moi-même. Et je crée le groupe une fois que j’ai fini le disque. J’appelle des potes pour leur demander de jouer ça. Je trouve que c’est une bonne façon de fonctionner mais peut-être que les prochains albums seront plus une cuisine de groupe. Après si j’ai encore de nouveaux musiciens par rapport au premier album ce n’est pas un échec au contaire, c’est juste que cette équipe-là c’est des gars que j’ai toujours voulu sur ce projet mais qui étaient occupés ailleurs à l’époque du premier, j’avais donc dû en trouver d’autres.

Ah, c’est plus dur de faire tenir un groupe à 40 piges qu’à 20…
Hé oui ! Tellement…

En général on est pris par d’autres responsabilités…
C’est vrai…

Et puis en 20 ans de temps tout a de plus en plus permis de faire de la musique tout seul chez soi sur un ordi…
Oui, mais ça ne me dérange pas, je m’en accommode très bien. Ces nouveaux outils ramènent plein de nouveaux de musiciens dans le schmilblick donc c’est bien. Et puis avec ces nouvelles façons de travailler il y a maintenant moins de chance que les groupes pètent parce qu’il n’y a plus rien à péter (rires) ! C’est cool, tu vois ?! C’est du gagnant/gagnant (rires) ! On en est là.

Mais ce n’est pas un peu frustrant aussi, je veux dire en terme d’aventure humaine, de ne pas par exemple partager tout le processus créatif d’un disque, dès le départ, avec d’autres gars ? Et aussi de ne pas passer plus de temps tout simplement avec les gars…
Oui, y’a un peu de ça. Je veux dire, quand on a fini la première tournée après les gars sont repartis faire d’autres choses et moi j’étais de retour en studio alors je les ai appelés : « Retournons en studio et tout ! » et ils me répondaient : « J’ai du boulot, je dois jouer ceci ou cela. » Alors j’ai continué à faire ça tout seul en disant à chacun : « Si tu veux passer au studio, ça me va. » Mais voilà, tu finis toujours par faire le truc toi-même de toutes façons, c’est genre : « Ok, cool ». Je peux pas leur dire ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire, ils sont libres, tu vois. Donc, pour répondre à ta question, non, je ne suis pas un putain de chanteur tyrannique, je suis très open.

Tu as eu un enfant jeune…
Oui, 23 ans. Maintenant ma fille a 21 ans. Purée, ça file ! Mais j’ai aussi un fils qui a 6 ans lui.

Ça a joué sur ta carrière ?
Pfff, je sais pas vraiment. Je crois que tu grandis plus vite, parce que tu as plus de responsabilités. Après pour ce qui est de savoir si ça a eu un impact sur ma carrière et lequel… C’est différent de ce que tu cherches à atteindre musicalement mais c’est une responsabilité, tu vois, donc t’essayes de faire gaffe aux deux. C’est juste quelque chose en plus. Il faut grandir et faire avec. A part ça je n’ai pas l’impression que ça vraiment conditionné ce que j’ai fait musicalement.

Tu continues à tourner à travers le monde…
Ouais, mais si tu veux les mettre à l’école, etc., il faut que tu bosses, c’est comme ça que ça marche, donc tu fais les choses, tu vois ?

Oui, mais peut être qu’après toutes ces années passer à tourner partout avec Placebo tu avais peut-être envie de te poser, y aller mollo…
Ben ouais, c’est un peu ce qui se passe. J’ai beaucoup tourner en effet durant ces 10 bonnes années avec Placebo et j’avais déjà pas mal tourner 10 ans auparavant avec les Boo Radleys (groupe de shoegaze/britpop formé en 1988 – nda), par exemple donc j’ai pas mal fait le tour du monde ces 20 dernières années. J’adore toujours ça, je continue, mais je ne fais plus ça comme un stakhanoviste. En plus aujourd’hui je passe aussi beaucoup de temps en studio à produire d’autres groupes (les italiens de Spiral 69, les français de Lys – nda). Donc bon, je tourne, je produis, je suis chanteur dans un groupe : j’explore plusieurs chemins musicaux.

J’ai même vu que tu remettais les pieds dans les bars. Il y a 4 ans j’ai vu que pour son premier album, lors de son passage à Paris, Love Amongst Ruin avait joué à L’International à Paris. Ça doit être marrant pour toi, non ?
Ouais, c’est comme se retrouver il y a 20 ans. Genre : « N’oublie pas d’où tu viens » et pas de souci, je n’ai pas ce problème d’ego donc c’est cool à faire.

4. SteveHewitt-parAstridKaroual-7

Ta bio précise que tu as bien évidemment appris beaucoup de choses en 11 ans de travail dans un groupe comme Placebo. De tous ces enseignements quel est le plus important que tu as pu mettre à contribution depuis que tu n’y es plus ?
Ben y’a ce dicton qui dit : « Fais attention à qui tu fais chier pendant ton heure de gloire, parce que à un moment y’a toujours une descente ». J’ai toujours eu ça à l’esprit du coup quand Placebo s’est arrêté pour moi j’avais toujours plein de potes. Ça c’est cool. Et puis j’ai aussi appris beaucoup de choses sur la manière de produire un disque et de comment marche le monde en général. Par exemple sur l’art et la manière d’être… diplomate (rires) !

Pour gérer le business ?
Bien sûr, mais aussi sur comment gérer les membres d’un groupe et diverses situations compliquées, ce qui paye maintenant, par exemple, en tant que producteur. Produire, c’est partager avec d’autres groupes, d’autres artistes donc c’est très utile de savoir être diplomate pour gérer les conflits que génèrent les situations de groupes.

Et est-ce que ça t’a été utile pour apprendre à faire un bon morceau rock ?
Bien sûr, oui.

J’ai été étonné dans le bon sens du terme par la facture très pop rock de Lose Your Way
Ouais…

On pourrait pu penser que tu as avais quitté Placebo pour faire un truc plus punk parce que tu étais lassé de la dimension très pop du projet. Mais quand on découvre les trois premiers morceau de ce disque on se dit qu’à priori ce n’est pas le cas.
Ouais, je pense que les gens s’attendaient à me voir partir dans un truc hard, mais ce qu’ils ignorent sans doute c’est que mon apport au sein de Placebo se retrouvait surtout dans cette obsession pop pour les harmonies, les mélodies. J’ai toujours fait ça, c’est ce que je fais naturellement donc ça ressort aujourd’hui. C’est dark mais pop, j’aime ça.

Et c’est dur à créer ? Cinq ans après ton premier album, tu ne sors que 8 nouvelles chansons (7 en fait puisque « So Close » est une reprise du groupe de post-rock anglais Six By Seven)…
J’ai recommencé à composer un an après la fin de la premier tournée. J’avais abouti à 13 morceaux, je ne voulais en garder que 11. Puis j’ai passé trois ans à produire d’autres groupes et quand je suis revenu à mes trucs j’ai trouvé que 3 morceaux ne fonctionnaient pas, donc je les ai virés. Voilà tout. Je préfère trier et conserver seulement les morceaux immédiats, ceux dont je suis sûr, plutôt que de tartiner et de sortir des morceaux pour sortir des morceaux. En faisant ça t’as moins de chance que les gens décrochent. Tu pouvais plus t’en foutres du temps où les Smashing ont fait Mellon Collie and the Infinite Sadness (qui date de 1995, compte 28 chansons réparties sur deux disques pour 121 min 39 de musique – nda), qui était un putain de gros truc mais bon, pffff, je ne suis pas sûr que quelqu’un écoute encore vraiment ce genre d’albums de nos jours.

C’est vrai…
Alors que là, 8 titres et 2 versions alternatives, c’est un bon compromis…

Entre un EP et un LP ?
Ouais, un peu, mais je trouve surtout que c’est bien comme ça, tout se tient donc voilà. Pourquoi en rajouter ? Tu sais, un de mes albums favoris de tous les temps c’est The Head on the Door de Cure (qui date de 1985 et dure 37 min 48 – nda) et cet album c’est 10 morceaux et bam ! Fini. Je crois pas qu’il ait besoin de plus ni de moins.

Pop !
Ouais, et je trouve que c’est un format particulièrement adapté à une époque où les gens s’ennuient vite.

C’est le retour à la durée d’un vinyle mais cul sec, qu’on n’a pas besoin de retourner. Alors que dans les années 90 les mecs faisaient régulièrement des albums de plus d’une heure car l’espace de stockage du CD (calqué sur les 74 min 33 de la 9e symphonie de Beethoven telle que dirigée par Wilhelm Furtwängle) permettaient ce genre de grandes oeuvres ou de débordements mégalomanes…
Ouais, le nombrilisme (rires) ! Je pense que les gens écoutent la musique différemment maintenant. Notamment parce qu’elle est plus accessible.

Du coup ça change notre perception des créateurs de disques…
Oui, la musique n’a plus vraiment de visage. Son accès n’est plus vraiment conditionné par la gueule de l’artiste ni même la pochette de l’album. Les gens s’en foutent.

Il y a près d’un an j’ai lu une interview de Billy Corgan (dans le numéro de janvier-février de MyRock qui titrait en une, dixit Mr. Pumpkins, que « Le rock est mort » mais lui « en vie ! ») où il disait et expliquait pourquoi les gens ne croient plus au rock…
Ouais, le trip rockstar et tout… Je sais pas, le rock attire toujours un certain public mais, c’est différent… Les festivals d’été marchent toujours aussi bien, mais c’est plus tant un truc rock…

C’est plus un truc de beuverie où se côtoient les différents sensations musicales du moment…
Ouais (rires) ! Les attitudes ont changé… Reste que voilà pour ce qui est de ces nouvelles chansons faire un disque concis me semblait la meilleur manière de les mettre en valeur.

J’ai noté que tu ne l’avais pas agencé n’importe comment. Il démarre donc par trois morceaux pop rock calibrés, catchy et ce n’est qu’après que le disque propose des formats plus longs et progressifs et agressifs aussi avec « Swan Killer », « Paper Tigers » et « So Close » avant de revenir aux plus sensibles et pop rock « Menace Ballad » et « Oh God ». Est-ce un choix de tracklisting stratégique ?
Non, du tout ! Par exemple « Swan Killer » c’est juste moi totalement frustré par la pop de merde que j’entends à la radio !

Tu es donc toujours très branché pop ?
Ben c’est surtout que tu peux pas y échapper, c’est juste partout où tu vas. Et moi je suis un rocker, tu vois, alors je m’énerve et y’a « Swan Killer » qui sort. C’est un peu ma manière à moi d’envoyer la pop FM se faire foutre !

Ton ambition avec Love Amongst Ruin c’est d’encore passer à la radio comme au bon vieux temps de Placebo ?
Pourquoi pas ? Tu sais, y’a rien de mieux qu’un bon titre accrocheur sur un disque pour que les gens se mettent à l’aimer. Pour moi la musique ça doit être quelque chose d’agréable à écouter. Et tu vois, j’ai beau parler de sujets dark, par exemple prendre la virginité de quelqu’un, comme c’est le cas sur « Swan Killer », hé bien de son côté le refrain est catchy. C’est le refrain le plus catchy du monde ! Donc tu vois, il faut les deux. Ne serait-ce que pour attirer les DJs et se faire faire un remix qui casse la baraque (rires) !

Oui, disons que « Swan Killer » aurait été radio friendly dans les années 90, quand une radio comme OUI FM, chez nous, passaient Oasis, Cranberries, Placebo…
Ouais, mais tu parler de plein de choses graves ou importantes en faisant en sorte que ta musique reste jolie. T’as pas besoin que ce soit lourd ou crade pour que ce soit du rock alternatif, ça peut aussi être joli voire éthéré, c’est pas un délit !

(SUITE.)

5. Sylvain&Steve-parAstridKaroual

Merci à Astrid Karoual pour les photos de Steve Hewitt prises avant son concert le 14 décembre à la Flèche d’Or à Paris.

Merci à Stéphane Mélo pour m’avoir aidé à dérusher les 3/4 de cette interview.

2 réponses
  1. catherinechantepie
    catherinechantepie dit :

    Merci pour cette interview bien faite et très détaillée. Visiblement, Steve Hewitt a bien négocié son virage « post Placebo » et semble avoir gardé la tête froide. Il reste un bon compositeur et un excellent batteur! A suivre…

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