STEVE HEWITT : LOVE AMONGST RUIN (2)

Premier album Love Amongst Ruin

26 octobre 2015. Paris 1er. Hôtel Costes. 18h40. « Le rock alternatif ça peut aussi être joli, ça peut même être éthéré, c’est pas un délit ! » pose Steve Hewitt, que j’interviewe pour la sortie de Lose Your Way, son deuxième album en tant que Love Amongst Ruin (LAR). Et Steve en sait quelque chose, il a passé 11 ans aux fûts de l’ « effet » Placebo (octobre 1996 – octobre 2007). Il mettait même son grain de sel dans les compos. Et il y en a eu de tels morceaux, presque féeriques dans le rock malicieusement propre, apprêté d’Hewitt/Olsdal/Molko.

Et il y en a aussi depuis 2010 sur les albums de Steve en tant que tête de LAR. Moins bien sûr parce qu’il ne se chauffe pas du même bois (androgyne) que ses deux ex-collègues. Il est plus brut, lads, viking. Quand je le verrai le 14 décembre pour son concert à la Flèche d’or, ça me sautera même aux yeux ainsi qu’à ceux de mes potes : avec sa trogne régionale de pilier de bar et son côté grand tronc aux cheveux gras, on dirait Benjamin Biolay version demi de mêlée. Musicalement, en gros, ça se tient. Ça donne : moins de Gains’, plus de NIN.

C’est pour ça que sur une idée conjointe de leur vieux tour manager et d’une agence de design le logo de Love Amongst Ruin a repris à son compte « le coup des N renversés » qui fait tout le charisme de celui de Nine Inch Nails. Steve l’avouera sans chipoter, admettant qu’il aurait dû passer plus de temps sur l’artwork mais qu’il n’a fait d’études de graphisme (ironie), que tout ça changera peut-être à l’avenir et que bon, de toute façon il n’a pas reçu de plainte de Trent donc ça va. Et oui, NIN n’a pas de souci à se faire. LAR reste gentil. Petite épicerie.

Gentil car déjà, là où l’intéressé préférera citer Cure, New Order, Depeche Mode et Blue Nile, sa musique affiche plutôt, comme le moquera mon frère, des nappes de synthés à la Tears for Fears ; deuzio parce qu’il officie dans un style pop rock anglo-centré très 90’s qui n’intéresse plus trop, en Europe, que les gens issus de cette génération. Un truc daté, artisanal, pas très sexe ; tertio parce qu’à ce que j’en verrai le 14 décembre après Trumps (side projet electro-pop du chanteur d’Erevan Tusk) ça ne casse pas non plus trois pattes à un canard en live.

Oui, ce ne sera pas tout le temps joli joli. Steve, ce n’est pas un scoop, n’a pas une voix de ouf et comme sur disque où elle est sous-mixée, là aussi il manquera de puissance pour s’imposer. Mais ce qui frustrera, c’est un surtout un certain manque de patate dans le son, dans l’attaque. Le groupe (et l’ingé-son ?) mettra une bonne moitié du set à se mettre dans le bain et nous avec. C’est ça les vieux. Diesel. Et c’était la dernière date de leur tournée promotionnelle européenne. Et, dixit leur batteur, ils en avaient fait 15 en 3 semaines. 5 par semaine ?!

Oui, ça me semblera faux mais je vérifierai (Londres, Hambourg, Crevelt, Francfort, Munich, Vienne, Lubiana, Zagreb, Milan, Dresde, Berlin, Oslo, Copenhague, Cologne et Paris) et ce sera vrai (tout cela depuis le 24 novembre). Chapeau les vioques. Chapeau Perry Bamonte (basse, The Cure), Donald Ross Skinner (synthé, ex Julian Cope), Gizz Butt (guitare, The Prodigy), Ravi Kesavaram (batterie, My Vitriol). Bons titres et capital sympathie, mais a priori ce sera un peu léger et défraîchi pour vraiment péter en première partie des Cure.

L’attaché de presse me disait que ce serait top si les Cure refaisaient une tournée européenne. Comme Steve connaît bien Robert Smith, celui-ci pourrait prendre LAR pour les premières parties et qui pourrait être invité aux premières loges ? La chose deviendra à moitié réalité quelques jours après l’interview. On apprendra que les Cure joueront 30 dates en Europe, passant le 15 novembre 2016 à l’AccorHotels Arena (ex Paris Bercy). Mais l’auteur de « Close to Me » a préféré retenir les gallois de The Twilight Sad pour toutes les dates.

« le rock est un véhicule sans âge, toujours très puissant »

 

portrait Steve Hewitt

 

Steve, récemment tu as découvert des groupes qui t’ont marqué ?
Non, pas vraiment (rires) ! Non, si, y’a ce groupe en ce moment qui s’appelle L.A. Girls, qui ressemble à du Kate Bush cosmique, incroyable, j’aime vraiment. Sinon, le dernier bon truc rock que j’ai écouté c’est le dernier Royal Blood, deux mecs qui font un genre de Black Sabbath meets Nine Inch Nails mais super mélodique. Ils sont que deux mais son est : « Brrr ! » Vraiment bien. Ecoute, la prod est dingue. Et ça a plu en Angleterre, donc le rock est vivant. Bel et bien vivant.

Je sais pas, peut-être que les choses ont évolué d’une manière telle que les gens de nos âges qui ont connu des « familles rock » ont du mal à voir où est passé la chose « rock » aujourd’hui…
Ouais, quoi qu’on dise y’a toujours des fossés entre les générations… Regarde, dans les années 90 t’avais encore des gothiques, des punks, etc… Maintenant tout se ressemble, c’est triste.

Ce nouvel album, tu dirais qu’il essaie de refléter une certaine modernité rock typique de notre époque ou de camper quand même un rock bien rock tel que toi tu l’as connu ?
Je sais pas… Y’a quand même plusieurs facettes… J’essaye surtout de faire ce que je pense être bon, tu vois, juste apprécier de faire le disque que j’ai envie de faire… Et puis c’est que mon deuxième album hein, je me sens déjà un meilleur songwriter que sur le premier, plus confiant, mais ça reste les débuts.

C’est important pour toi d’écrire ?
Ouais, c’est ce qui me fait parfois rester debout de 23 heures à 6 heures du mat’ à écrire des paroles, des parties de guitare ou je ne sais quoi d’autre en ayant l’impression d’avoir quelque chose à dire… C’est vraiment ce qui me drive. Je me dis que si ça vaut le coup, si c’est honnête, ça finira bien par atterrir sur un disque. C’est juste un truc que tu fais parce que t’en as besoin, tu as ce besoin de te poser et d’écrire. Et plus tu le fais, plus tu t’approches de ce que tu cherches vraiment à faire.

Et parfois ça te prendre des plombes à accoucher d’un morceau ?
Oui, absolument, ça peut. Certains morceaux se font très rapidement et d’autres, tu mets toute ta vie à les finir. Tu dois les laisser reposer puis y revenir. Ouais, c’est vraiment comme ça que ça se fait.

Il y a un an j’ai interviewé Phil Selway, le batteur de Radiohead, qui, comme toi, en est à deux albums solo et il m’a dit que ça lui avait pris du temps de devenir un songwriter en marge de Radiohead, qu’avant que le groupe soit bel et bien établi, en 2004, et plus calme, notamment niveau tournée, il n’avait pas eu le temps de se consacrer à ça, et qu’il n’aurait même sans doute pas eu assez confiance pour oser s’exposer comme ça…
Je comprends. Mais moi je composais déjà pas mal dans mon coin et vu comment ça s’est terminé avec Placebo, continuer à écrire et commencer un projet autour de ça a été quasi immédiat, du tac-au-tac. C’est comme si je n’avais jamais arrêté. J’aurais pu passer 5 ans à ne rien faire mais j’ai choisi de faire ce premier album, puis de la prod, puis cet album. Je n’ai pas arrêté. Sinon je serais devenu dingue je crois. D’ennui.

Il n’y avait pas d’autres issues pour toi ?
Euh non, c’est tout ce que je sais faire. Enfin, j’ai la famille, la femme, les enfants, etc., la vie quoi. Mais la musique je mets la musique au premier plan.

T’es meilleur en musique qu’à préparer des bons petits plats et papouner all day ?
Ouais. Et ça fait de moi quelqu’un de meilleur (rires) ! J’ai besoin de faire de ça, sinon je deviens frustré et « Ahhhh ! »

C’est pas un peu bizarre pour toi et tes fans que tu occupes maintenant le devant de la scène ?
Si, je crois que c’est bizarre pour moi et pour eux, vu qu’ils ont eu l’habitude de me voir derrière une batterie. Il y a un processus d’acceptation qui doit se faire, des deux côtés, comme quoi voilà, maintenant c’est différent. Je suis à l’aise pour ce qui est de chanter et de jouer de la guitare en studio. Mais l’idée de monter sur scène me fait peeeeeuuur ! Une fois que j’y suis, ça va, mais y aller me terrifie. Ça me rend très nerveux. Parce que dans ces situations tu te mets une grosse pression. Tu veux que ce soit bon.

Dans ces cas-là, backstage, t’es plutôt méditation ou drogues dures ?!
Ni l’un ni l’autre (rires) ! J’ai arrêté les drogues dures dans les années 90. C’est juste sorti de ma vie comme ça, sans souffrance, « Pffffuit ! »

Juste bière alors…
Ouais, de toute façon la musique, c’est la drogue… Mais c’est incroyable ces états et ces situations dans lesquels on peut se mettre tout seul. Tout ça n’a pas vraiment été un choix, plus une sorte de… destin. Genre : « Il m’est arrivé ceci, ça m’a mis à cet endroit-là et ça m’a fait devenir ça, etc., etc. », tu vois ? C’est un peu bizarre. Je sais pas. Je ne m’imaginais pas chanteur guitariste dans un groupe. Mais voilà où j’en suis. Étrange.

It’s a question of time… it’s a question of lust…
Ouais, c’est ça… C’est juste comment les choses se goupillent… Je trouve ça encore surréaliste. Mais… Voilà, on en est là.

Et qu’est-ce que ça te fait d’avoir derrière toi 4 bons gros disques avec Placebo et de savoir – c’est aussi une question de business, d’industrie – que tu n’arriveras jamais au même succès ?
Hé bien je me sens toujours connecté à Placebo. Je suis toujours fier de ce qu’on a fait ensemble…

Tout, tout, tout ? Y’a pas un album que tu trouves moins bon ou abouti que les autres ?
Non. Pas vraiment. C’est des images de ce qu’on était à un moment donné. Chouettes expériences. Chouette tournées. Non, c’était de grands moments de ma vie. Je n’ai aucun remords ni regrets sur cette époque et la vie continue, maintenant, je suis dans une autre phase donc c’est cool.

Aujourd’hui tu construis de nouveaux rêves, des rêves que tu ne pouvais pas avoir à l’époque où tu étais encore dans Placebo…
Ouais, exactement, c’est juste… C’est juste des trucs qui t’arrivent. On a commencé à partir de rien et on en a fait quelque chose d’énorme… donc c’est genre : « On l’a fait », c’est cool. Et tu peux ne pas rester tout là haut trop longtemps, tu vois. Tu ne peux pas t’y maintenir sans devenir… Insupportable. Je préfère arrêter là et commencer autre chose.

C’est dur de durer pour un groupe…
Ouais, regarde les Rolling Stones…

Portrait de Love Amongst Ruin

De gauche à droite : Gizz Butt (guitare, Prodigy), Perry Bamonte (basse, The Cure), Steve Hewitt (guitare, chant, ex Placebo), Donald Ross Skinner (synthé, ex Julian Cope) et Ravi Kesavaram (batterie, My Vitriol).

Il y a tout de même des exceptions. Par exemple j’ai trouvé que les derniers Cure, U2 et Depeche Mode étaient étonnamment bons…
Cure, Depeche Mode… Ouais y’a toujours des exceptions, mais regarde même si le dernier est bon, leurs gros albums ça va cherche du côté de Violator et Songs of Faith and Devotion, ça c’est le top de ce qu’ils ont fait et, nom de Dieu, comment tu dépasses des albums comme ça ? Fantastiques. Superbes (comme on parle de ces groupes-là je sors enfin de mon sac tout un tas de CD que j’avais pris avec moi pour qu’il les commente un peu, et il se saisit d’Angels & Ghosts, le tout nouveau tout beau deuxième album solo de Dave Gahan – nda).

C’est le dernier Dave Gahan…
Qui vient de sortir ?

Oui. Et là Violator
Evidemment. T’es un gros fan de Depeche ?

J’aime pas tous leurs albums en tant qu’albums, y’en a où j’aime seulement quelques chansons de-ci de-là mais pour moi Ultra et Violator sont des albums parfaits du début à la fin…
Ouais, excellent album aussi. Superbe. Ah et Nick Cave aussi, super (j’ai aussi ramené The Boatman’s Call – nda). Très bon groupe les Bad Seeds. T’as quoi d’autre ?

Coldplay…
Mouais. C’est devenu un peu trop genre dance pour moi…

Le dernier (Ghost Stories) est très bon et il n’est pas dance…
Et ça c’est quoi ? Ah Disintegration. Putain de bon album.

Comme Depeche Mode les Cure sont pas mal cités dans la bio de ton nouvel album.
Ouais, je suis un gros fan de Cure. Et de Depeche Mode. Je crois que si tu fais ce genre de pop un peu sombre avec un synthé, tout le monde pensera à Depeche Mode et toi tu feras : « Ben non, pas tout à fait ». C’est une référence un peu facile, trop, mais voilà, tout le monde y pense, je suppose.

On parlait de la difficulté à durer en tant que groupe, Billy Corgan (j’ai aussi apporté Mellon Collie and the Infinite Sadness) connait bien ça : les Smashing Pumpkins ne sont plus un groupe et sa musique s’en ressent…
Ouais, tu n’as pas tort mais les gens ont le droit de changer. Et tant qu’ils sont productifs et qu’ils font de la musique de qualité, je ne vois pas où est le problème.

Le problème c’est qu’il y a songwriting et soundwriting et autant le songwriting est un truc solo autant le soundwriting est souvent un truc qui nécessite un groupe ou un producteur…
Ouais, mais j’ai fait assez de disques ces dernières années pour savoir comment les choses doivent sonner et comment obtenir le son que j’ai en tête. Par exemple sur cet album j’ai fait un plus grand travail de textures que sur le premier.

Ça t’as pris du temps de monter la bonne team pour produire cet album ?
Ouais. J’ai principalement bossé avec Dan Austin. On a co-produit le disque ensemble et il est top. Il est assez jeune mais il a beaucoup d’expérience et surtout il va vite ! J’aime comment il travaille. On passe jamais des heures ou des semaines sur un truc, non, c’est très spontané, immédiat, j’adore. Il capture l’esprit de ce que tu veux faire plutôt que d’y passer trop de temps et de tuer le truc. Au lieu de te donner trop d’options il voit où tu veux aller et il y va. Tu vois ?

Oui, c’est le truc de ProTools et de l’ordi. Tu peux tout faire et gamberger advitam…
Tu peux. Et souvent tu tues la musique, tu la rend très plate. Je veux pas faire ça. Là le gros du truc c’est des prises live mixées avec un peu de ProTools. Et c’est le meilleur truc à faire. Parce que t’as besoin de mouvement, de vie. La musique vient d’un humain, pas d’un ordinateur. Il faut que ça se sente, que ça transporte l’auditeur. Si t’écoutes de la musique et que rien ne se passe, à quoi bon ?

Pourquoi clore cet album par des « relectures » de « Swan Killer » et de « Lose Your Way » ?
Je sais pas… Tu sais, quand t’as fini d’enregistrer et que tu prépares tes singles, t’as parfois des mecs qui te les remixent et généralement ça donne le bon vieux : « Poum tchik poum tchik… » avec juste des petits de voix pour qu’on voit encore que c’est toi… C’est trop facile et ça n’a aucun sens. J’ai préféré sortir des sortes de continuations, de work in progress. Mon manager avait entendu celui de « Lose Your Way » et m’avait demandé : « C’est un remix ? » J’avais dit : « Je sais pas, je crois que c’est autre chose qu’un remix » Et il m’avait répondu : « Ouais, ça va chercher ailleurs, tu devrais les mettre sur l’album et les présenter comme des relectures ». Et c’est vrai, je pense que « Lose Your Way » aurait sonné comme ça si il avait été écrit ou joué un autre jour.

Un autre jour chaque album aurait pu donner un autre album…
Exactement, c’est une manifestation du même truc, c’est ce que ça aurait pu être et je trouvais que c’était suffisamment bon pour être gravé sur le disque.

Et pourquoi as-tu choisi de reprendre une chanson de Six by Seven (« So Close ») ? Peux-tu d’ailleurs me présenter un peu ce groupe ? Comme moi je ne suis pas sûr que beaucoup de français aient déjà entendu parler de Six by Seven.
C’est Dan, le producteur qui m’a suggéré de faire cette reprise. Il m’a dit : « Tu connais ce groupe, Six by Seven ? » Je lui fait : « Six by Seven ? Mais carrément, c’est mes potes ! ». Ils ont pas mal tourné avec Placebo pendant un temps, donc je les connais bien, on est proches.

Ils vivent dans la même ville que toi ?
Non, ils sont à Nottingham, au nord.

Et toi ?
Londres. Et voilà, j’aime ce morceau, Dan aime ce morceau, et comme ça semblait bien matcher avec le reste du disque, on s’est dit : « Faisons-le ». Et on a commencé à bosser sur cette reprise dans un esprit d’expérimentation, vu que c’est dans un registre vocal différent du mien.

Ouais, au début ça sonne comme du Beatles angélique, du McCartney au piano…
Ouais, t’as vu ? C’est dire comme on a bossé le truc (rires) ! Depuis, les mecs de Six by Seven m’ont appelé. Ils ont vu que j’avais repris leur morceau. Du coup je me suis mis à faire un album avec eux. C’est un super groupe. Il sont là depuis aussi longtemps que Placebo. Bon, sans autant de succès, mais c’est un super groupe.

Portrait Steve Hewitt

On n’a pas parlé de « Modern War Song », le deuxième single de ce disque, qui semble parler des guerres actuelles ou récentes en Syrie, en Irak…
Oui, c’est un commentaire sur ce climat social…

Ce n’est plus si courant dans le rock aujourd’hui d’oser parler comme ça de la société…
Non… Tu sais, quand j’avais 6 ans à la télé on voyait sans arrêt ces images de guerre au Moyen-Orient et maintenant j’ai vieilli, mon fils à 6 ans, et quand j’allume la télé c’est encore la guerre là-bas ! C’est toujours la guerre et les politiciens nous l’amènent sur un plateau et… Les gens oublient qu’il y a des gens qui doivent y aller, qui doivent faire ces guerres, ça n’a plus vraiment de sens ou de poids… Donc j’ai poussé un peu cette réflexion et j’ai adopté le point de vue d’un soldat, parce que c’est eux qui vont à la guerre, un soldat qui se tourne vers les politiciens et qui leur demande : « Pourquoi on est là ? » et surtout : « Vous souvenez-vous pourquoi on est là ? », parce que plus personne ne se souvient pourquoi ils sont là. J’ai fait cette chanson pour ça, pour formuler le point de vue d’un soldat, parce que c’est surtout eux qui sont broyés dans cette merde. Et en retour ils ont juste droit à un coup de chapeau des gens qui les envoient là-bas et dans leurs pays les politiciens continuent à « Blablabla » et ne résolvent rien. C’est comme ça que ça se passe aujourd’hui, c’est pour ça que j’ai appelé ça « Modern War Song » et aussi parce que ça fait un jeu de mots avec l’expression « modern warfare » (qui signifie tout simplement guerres modernes en français – nda). Aujourd’hui les gens pensent que quand on se lance dans une guerre ça va durer deux jours parce qu’on y va avec la technologie donc ça ira vite. Mais ça dure, et ça dure et ça dure…

C’est un mensonge moderne…
Ouais donc c’est aussi une diatribe contre les politiciens qui jouent à la guerre sans trop savoir à quoi ils jouent. Une fois rentré les soldats ne reçoivent aucun crédit. C’est un triste constat…

Je repense à quelque chose. Récemment, j’ai posté « Lose Your Way » sur mon mur Facebook et quelqu’un m’a dit : « Sans intérêt. On a déjà entendu ça 1000 fois ». Et j’ai pensé : « Pfffff, mais comme ton commentaire, mec, comme ton commentaire », ce que j’ai dit. C’est l’éternel débat – un peu faux – de la nouveauté dans le rock. Tu vois ? Qu’est ce que t’en penses toi ?
Bah je crois que ça dépend des goûts de chacun, chacun pense ce qu’il veut, t’auras toujours des gens pour dire des trucs comme ça, des gens pour aimer, etc. C’est un peu comme les critiques de disque : l’opinion du critique peut aller à l’encontre de 10 000 personnes qu’on entend pas mais qui elles ont acheté le disque. Tout le monde a le droit à ses opinions, ça dépend de ce que tu écoutes… Si quelque chose t’accroche, si tu trouves un truc intéressant, c’est bien, si ça te plait pas, ben passe à autre chose. Je fais pareil. Parfois je peux pas, c’est genre : « Nahhh » alors que la personne à côté de moi fait : « Putain, c’est incroyable ! » Du coup je suis genre : « Je ne comprends pas ». Donc voilà, ça me dérange pas qu’on pense ça. Ceci dit, je crois que je sors doucement de mon ornière… Mais je ne veux pas me jeter dans le dernier truc à la mode, je ne veux pas essayer d’être quelqu’un que je ne suis pas. Je veux rester honnête avec qui je suis et…

Rester diplomate !
Ouais. T’es libre de penser ce que tu veux, tu vois ?

Aujourd’hui c’est peut être plus facile d’étonner côté texte que côté zic…
Ouais. Carrément. Moi je n’écris pas que sur l’amour, tu vois ? J’écris sur la condition humaine, sur la course actuelle du monde, j’essaie de poser des questions… Et pas seulement à grande échelle, pas seulement à propos des grands champs de batailles qui nous concerne, mais aussi de voisin à voisin. De mano à mano. Par exemple « Paper Tigers » parle des nouvelles technologies, de cette vague de communication sans visage dans laquelle on est, de comment ça affecte notre manière de vivre en société. On est tellement habitué aux blogs, à Facebook et à envoyer des mails et autres textos que maintenant quand on se retrouve face à quelqu’un, on essaie d’être raccord avec la personne qu’on faisait semblant d’être sur ces différentes interfaces sociales…

Ou anti-sociales…
Et ouais voilà, qui s’avère anti-sociales au bout du compte, parce que dans cet entre deux tu perds ton humanité. C’est un nouveau phénomène. Mais c’est ce qui arrive et purée, c’est bizarre !

Oui, c’est un bon sujet de chanson (sur un autre mode, Brian Molko s’en est aussi emparé et ça a donné « Too Many Friends », le premier single issu du dernier album de Placebo – nda). Finalement ne crois-tu pas que les gens jugent trop la pop dans sa dimension musicale et pas suffisamment en fonction des textes et des histoires qu’elle permet de faire passer ?
Si. Bien sûr.

Je me rappelle que c’est ce qu’un vétéran comme Mick Jones m’avait dit : que le rock c’est trouver les bonnes mélodies pour véhiculer et appuyer ce qu’on veut dire. Et pareil, Martin Gore m’a dit récemment la même : que le rock alternatif c’est pour lui le meilleur moyen de mettre des histoires retorses dans la tête des gens.
Exactement, ouais. C’est toujours un bon moyen pour faire passer des points de vue différents sur certains sujets. C’est un véhicule sans âge, toujours très puissant.

Il faut les deux, bons textes et bonnes musiques.
Ouais. Carrément. C’est ce qu’on essaye de faire.

Quitte à mêler texte sombre et une musique fun…
Ouais, carrément.

J’ai d’ailleurs lu que tu adorais le disco et qu’on te devait la reprise du « Daddy Cool » de Boney M sur l’édition limitée de Sleeping With Ghosts
Ouais, j’adore le disco, j’aime plein de trucs, même la dance et le hip hop, mais le bon hip hop, genre Public Enemy, ces trucs là, pas Kanye West. Kanye West peut aller se faire mettre !

Tu rejettes en bloc ?
Ouais, désolé, pour moi c’est de la merde. De la merde. Un vrai trou du cul. Pourquoi, toi t’es fan ?

Non, du tout.
ouf, sauvé (rires) !

Mais bon je ne suis pas non plus fan de Public Enemy et pour cause : je les connais aussi mal l’un que l’autre…
Jette y une oreille, c’est toujours bien. Apocalypse 91 (The Enemy Strikes Back, le 4e album studio du groupe – nda), c’est fantastique. It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back (leur deuxième album studio, sorti en 1988 – nda) aussi. Ecoute ça.

Portrait Steve Hewitt

Merci à Astrid Karoual pour les photos de Steve Hewitt prises avant son concert le 14 décembre à la Flèche d’Or à Paris.

Merci à Stéphane Mélo pour m’avoir aidé à dérusher les 3/4 de cette interview.

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