T.O : SHE DREAMS IN VEDAS (2)

draft blues twin peaks

16 août 2012. Berlin Nord. 23h30. « Au départ je prenais pas trop ça au sérieux » m’avoue Téo que je cuisine dans sa cuisine autour d’un tea time nocturne depuis déjà trente bonnes minutes autour de She Dreams in Vedas, le projet qu’il a formé vers décembre 2011 en tant que compositeur avec son amie wannabe be pop star, Johanna. Et je suis comme Téo : moi aussi je ne prenais pas au sérieux cette « music story » lancée par elle et lui « between Berlin and Paris ». Mais alors pas du tout.

Cette histoire d’ « Alice moderne qui s’imagine être Bowie dans un Walt Disney écrit par Ginsberg » comme elle l’écrira dans sa bio, je la subodorais déjà, et ça ne me disait rien qui vaille. Ça sentait le culte sans recul des idoles rock, le suivisme de la fan gavée de références hors-sol, l’adulescence et le mimétisme généré par l’industrie du rêve, Warhol compris. Selfie et autographe. Bref, pour moi qui suis plutôt de l’école des Radiohead et Dominique A, c’était tout ce qu’il ne fallait pas faire.

(Je ne dirai pas qu’il y ait pu avoir ne serait-ce qu’une once de jalousie dans ce jugement, ce n’est pas parce qu’on est journaliste musical et qu’on a des tonnes de poèmes qui défoncent depuis des lustres dans les tiroirs qu’on est frustré dès que le premier pote venu qui se rêve pop star décide de saisir sa chance en s’en donnant les moyens, je dirai juste que putain pour moi sur le papier cette entreprise manquait sincèrement de mordant et de rupture avec les gods en vigueur pour trouer la page.)

Et puis j’ai écouté en exclu quelques-uns des 8 titres qu’ils avaient maquettés et je me suis dit (façon Inrocks) : « Putain ! « Insomnia » ressemble à la rencontre de Nico, Au Revoir Simone et Belle and Sebastian. » Quelque chose s’est instillé en moi. Le procès latent pour pratique de rétropop ne s’est pas envolé mais il a commencé à s’estomper comme Marty McFly sur la photo de famille quand il squatte le passé. Il s’est comme incliné devant l’allant émotionnel de ces mélodies simples, belles.

Il y avait là un bienfait, une fraîcheur et une candeur qui dénotaient franchement de tous ces groupes qui se la racontent alors qu’ils font juste de la musique, qu’aussi bien foutue soit-elle (et parfois trop bien foutue est-elle), ils font juste de la musique, qu’ils n’ont pas les chansons, pas ce qu’on appelle bêtement « le supplément d’âme ». Johanna ne l’a pas non plus : elle chante juste du lieu d’où peu chantent, du lieu où tout sonne juste même chanté faux : du tréfonds de ses songes et ses avanies.

Et ça m’a étonné quand j’ai entendu ça. Oui, lézardouillé quelque chose en moi. Des certitudes ? Ah, I’m just a jail house guy ? Alors il a fallu que j’en parle à Teo. En vacances à Berlin où lui vit depuis quelques années, je ne pouvais pas ne pas lui en parler, l’interviewer lui – dans son absence à elle – sur elle et She Dreams. Au départ, pudique, Teo s’esquivait, il pensait n’avoir rien à dire mais là ça fait déjà un bon thé qu’on parle de pop musique et de philosophie indienne, de Velvet et Vedas…

« Johanna, c’est un personnage de Rohmer »

 

2. TO face

Téo, sur quels artistes vous vous retrouvez Johanna et toi ?
Elle aime Keren Ann. Moi aussi j’aime bien Keren Ann mais plus pour certains trucs de guitare… Elle adore Pink Floyd, et ça c’est moins truc, elle adore Dark Side of the Moon, elle l’a en vinyle chez elle et elle l’écoute souvent. Je crois qu’on se retrouve surtout sur Bowie en fait. Bowie, Lou Reed et Philip Glass. Ouais, beaucoup sur Philip Glass. Bon, pour l’instant on n’a pas fait du Philip Glass (rires) ! Mais moi Glass j’adore parce que ça fait toujours : « Tudududududu » (il chante – nda). Ces rythmes, c’est ce que j’aime et je les retrouve un peu chez Placebo. Philip Glass a pris ça dans la musique indienne. Parce qu’il compose pas en fonction de notre solfège à nous mais en fonction du solfège indien. Ce genre de rythmes, j’adorerai faire ça avec Johanna mais ce sera pour l’étape suivante. Je pense que pour l’instant il faut que ça reste vachement pop. Basique quoi.

Je vois. La première fois que j’ai entendu quelques chansons de She Dreams in Vedas et que j’ai découvert la voix chantée de Johanna – je ne l’avais jamais entendu chanter auparavant – j’ai trouvé qu’il y avait, toute proportion gardée, un truc à la Nico dans son chant, une sorte de lassitude, un ton assez bas qui étonne quand on connaît sa voix parlée…
Ouais, Nico ça fait partie des trucs qu’on partage, et j’adore le décalage entre la musique et sa voix… Mais elle a déjà changé sa manière de chanter. Au tout début, elle chantait plus doucement et n’allait pas dans les aigus. Depuis elle a appris à avoir plus de souffle pour qu’on l’entend mieux et du coup sur un morceau comme « Love Rises » elle chante dorénavant les aigus et ça rend vachement bien, je trouve. Et puis maintenant elle essaie de jouer devant des gens… Mais oui, il reste ce petit côté à la Nico que j’aime bien. C’est normal : le Velvet, c’est La référence. J’adorerais faire des trucs de ce genre. D’ailleurs l’autre jour, je lui ai envoyé le morceau « I’m Sticking With You » (sorti en 1985 sur VU, compilation de morceaux inédits – nda) du Velvet où ils sont trois à chanter. Il y a la batteuse, Maureen Tucker, le bassiste, dont j’ai oublié le nom (Doug Yule – nda) et puis Lou Reed qui arrive à la fin. Et le bassiste et la batteuse chantent faux, c’est ça que j’aime. Du coup quand Lou Reed arrive c’est magnifique. D’autant plus magnifique. On dit que Lou Reed ne sait pas chanter, mais c’est faux.

Comme Bashung, il a un vrai flow.
Oui et puis il sait toujours choper la bonne note. C’est comme la guitare, c’est pas vraiment un super guitariste mais il sait toujours choper la bonne note et finalement je trouve que c’est ça qui compte. C’est pas une bête de technique mais il a l’oreille. Sur l’album Transformer, il y a un morceau que j’adore, c’est « New York Telephone Conversation ». Bowie est derrière et c’est léger, naïf, c’est un peu Pop Art. J’adore ça.

Quelle est ta définition du Pop Art ?
La simplicité alliée à un truc. Je veux dire, Warhol c’est pas compliqué ce qu’il fait mais malgré tout quand je vois Mao ou Marilyn Monroe, je me dis qu’il y a un truc. Et c’est pas parce qu’ils sont connus parce que quand je vois la chaise électrique (Big Electric Chair – nda), ça me fait aussi un truc, tu vois ? C’est efficace. C’est parfois un peu comique mais pas stupide non plus… Ouais Pop Art en fait et Nouvelle Vague aussi. Elle a d’ailleurs un côté Nouvelle Vague, Johanna. Elle n’aime pas Rohmer, mais je trouve qu’elle a un côté personnage de Rohmer.

Un mélange de naïveté, de tragique et de drôlerie.
Oui, oui, c’est jamais trop sérieux mais en même temps c’est compliqué, c’est pas grave et je trouve que ça fait vraiment d’elle un personnage des films de Rohmer et pourtant elle n’aime pas Rohmer. Ça me surprend un peu. Mais Arno (le choriste, clavieriste et clippeur du groupenda) adore Rohmer (rires) !

Johanna est une amie, tu la connais bien. Qu’est-ce que ça fait de se mettre à composer pour quelqu’un qu’on connaît bien comme ça ? Ça nourrit l’inspiration ? Ça la freine ?
Je ne saurais pas dire mais c’est vrai que, la connaissant, je n’aurais pas pu faire du Vespertine. Déjà techniquement, je n’aurais pas pu, c’est trop complexe, non, ce que j’ai vu pour elle pas rapport à ce que je sais d’elle, c’est des morceaux simples avec des accords mineurs, tu vois ? C’est un fond de tristesse mais pas du Barbara. Un truc qui soit léger tout en ayant une petite profondeur. « Love Rises », c’est ça…

Une pop comme le petit parapluie qui illustre ce morceau ?
Oui comme ce petit parapluie (rires) ! Ce dessin, c’est Tim, un pote à moi qui l’a fait. Et tiens, Tim est d’ailleurs d’origine indienne. Il est né en Inde…

She Dreams, c’est vraiment un projet indien pop alors !
Oui (rires) ! D’ailleurs depuis que « Draft Blues » a pris des sonorités indiennes c’est mon morceau préféré. Je trouve qu’il a vraiment décollé, trouvé son identité…

De quoi parle « Draft Blues » ?
Euh, ça parle d’une page blanche qui est toute seule et qui a voudrait qu’on la remplisse. C’est le blues du brouillon.

Ou de la blancheur… ?
Ou de la blancheur, ouais…

Tu penses que ça illustre Johanna, cette page blanche ?
Euh, ouais, peut-être, c’est vrai.. Oui, possible. Quand on ne la connaît pas, on peut penser qu’elle est plus légère qu’elle n’est vraiment. Qu’elle manque de consistance, comme une page blanche. Mais en fait elle sait ce qu’elle veut et c’est ce qui me surprend le plus dans ce projet.

Elle fait preuve de poigne ?
Oui, c’est ça, et puis elle ne lâche pas le truc. Elle me relançait régulièrement : « Il faudrait faire ça. Est-ce que tu peux me renvoyer ce morceau pour que je refasse les voix ? » Et elle m’envoyait cinq voix différentes. En fait, ce qui me faisait peur au début, c’est qu’elle aime tout ce que lui propose. Et en fait, pas du tout. Pour « Draft Blues », à un moment j’avais fait un arrangement basse/batterie et elle n’aimait pas. Elle m’a dit : « Ça va pas, y’a trop de batterie », alors j’ai enlevé la batterie. Donc elle sait quand même ce qu’elle veut, ou au moins ce qu’elle ne veut pas. Quand après ça « Draft Blues » s’est remis a prendre un sens qui ne lui plaisait plus, elle me l’a dit : « Oh, il y a encore quelque chose que je n’aime pas », j’ai donc enlevé la basse parce qu’elle voulait quelque chose de plus doux et après j’ai fait les riffs de guitare et là elle m’a dit : « Voilà, c’est exactement comme je voudrais que ce soit ». Et ça m’a surpris, car je me suis dit qu’elle a une idée vraiment précise de ce qu’elle veut.

Johanna chez elle au naturel.

Johanna chez elle au naturel.

J’imagine que lorsqu’on est compositeur comme toi ça doit être bizarre à recevoir venant de quelqu’un qui ne connaît pas la musique, du moins instrumentalement…
Ce qui est bizarre, par exemple, c’est qu’elle voulait que je fasse des chœurs sur certains morceaux. Elle enregistrait ses voix, me les envoyait par mails et me disait : « Bon, fais tes voix maintenant ». J’étais surpris par sa proposition. Et en fait nos deux voix vont vraiment bien ensemble, je trouve. Donc oui, elle ne maîtrise pas instrumentalement la musique, mais comme elle en écoute beaucoup, qu’elle est mélomane, ça va, c’est un bon mélange. Et je suis content de travailler avec quelqu’un qui ose prendre le et les devants. J’ai beau faire mes propres projets, si je devais choisir entre jouer mes morceaux sur scène et jouer avec Johanna, je préférerais jouer avec Johanna. J’aime bien être en retrait et jouer du piano.

Tu n’aimes pas trop la scène ?
Si, mais en retrait. On en a fait avec Underwires (son premier groupe montée avec son frère– nda), on en a fait pas mal, à une époque on était même quatre sur scène. On a même ouvert pour Sébastien Tellier au Francophonic Festival à Berlin…

A quelle époque ?
Je crois que c’était 2006 (oui, après la sortie de Sessions, son troisième album – nda). Il était bien son concert d’ailleurs. On a ensuite ouvert pour Cocorosie en 2009. On était donc quatre, mon frère était devant et moi j’étais en retrait avec les deux autres musiciens. Et je préférais ça à se retrouver juste tous les deux comme ça a été le cas à la fin d’Underwires. Là c’était pas drôle. Et ce qui est bien avec ce projet c’est qu’on revient à un truc de groupe. Pour l’instant, il y a un guitariste, un bassiste et je crois qu’il y a un batteur d’origine brésilienne…

Oui, elle l’aurait recruté pour sa capacité à jouer des sonorités proches de celles, afro punk, qu’elle a entendu dans un morceau de l’album Tamer Animals du groupe Other Lives…
Oui, et tu vois, c’est pareil, là aussi elle avait une idée précise de ce qu’elle voulait. Elle en a parlé à ce Brésilien qui est un élève qu’elle a en cours, elle lui a dit : « Voilà exactement ce que je veux ». Non, mais vraiment, elle sait bien ce qu’elle veut. Et puis elle se lance pour faire des concerts, elle semble même prête à chanter dans la rue. Tu vois, au début je me suis dit que c’était sûrement un doux rêve, je me disais : « Est-ce qu’elle va pouvoir ensuite chanter sur scène devant des gens ? » Et bien oui, pas de problème.

Ça t’a fait peur à un moment que ça ne puisse être qu’un doux rêve ?
Non, car je me suis dit : « Je le fais quand même ! Même si ça mène à rien ce sera marrant ! » Moi, quand on me demande d’écrire des morceaux, je suis toujours content. J’adore ça. Et tu vois, au départ je me disais que c’était peut-être qu’un doux rêve et maintenant je commence à me dire que c’est limite plus intéressant que mes projets (rires) ! Enfin, c’est pas que c’est plus intéressant mais je suis presque plus motivé à composer pour She Dreams que pour moi-même. C’est juste dommage qu’on ne vive pas dans la même ville…

Mais peut-être que la communication entre vos deux univers qui coïncident bien se trouve intensifier par cette distance.
Ouais, je pense. Et puis avec Johanna, on est dans une amitié où il y a vachement de pudeur. Tu vois j’ai des amis, par exemple, si j’ai des états d’âmes, des histoires, je vais tout leur raconter. Ils savent tout ! Avec Johanna, on a toujours été vachement discret sur ce genre de choses. Du coup ça facilite la création, je trouve.

La musique vient se poser là ?
Oui, je pense que les émotions passent par là en fait ! Je l’ai bien vu sur « Love Rises »

L’envie de devenir pop star, le blues de la page blanche, la montée de l’amour, tout ça ne peut pas ne pas me renvoyer à ce que m’a dit Johanna un jour : « On n’a jamais été amoureux de moi ». Ouch, j’ai vachement compris ce qu’elle voulais dire quand elle m’a dit ça. C’était un dur constat. Aujourd’hui, mystique indienne ou pas, j’ai du mal à déconnecter She Dreams de cette phrase-là…
Oui, c’est vrai, comment dire ? Ce qui est marrant voire fabuleux, c’est que les gens pensent que tu te donnes à eux sur scène mais en fait non, pas vraiment, c’est plutôt un truc égoïste : tu prends de l’amour ! Et au-delà du rapport au public, rien que de pouvoir te produire comme ça sur scène, hé bien ça te fait du bien : t’es en osmose avec toi-même. Enfin avec l’image de toi que tu aimerais pouvoir tout le temps donner de toi ! L’image rêvée. Tu vois ? Par exemple, je pense qu’un type comme Marilyn Manson, ça doit un peu un bouffon dans la vie mais sur scène, avec les trucs qu’il fait, il dégage quelque chose de fort. Moi, très souvent, je me suis dit : « Je me sens bien que sur scène ! » D’ailleurs je me souviens qu’après notre tout premier concert à Angers avec Underwires, j’avais une espèce d’assurance que je n’avais jamais eue dans ma vie. Je m’en suis rendu compte et pour moi ça vaut toutes les psychanalyses parce que tu communiques de la façon la plus intelligente qui soit. Avec les émotions, les sons, avec ta voix chantée, amplifiée, et tu t’aimes à la fin. Et c’est vrai que t’apprends à t’aimer, quoi ! Il y a des gens qui sont intoxiqués à la scène à cause de ça.

Ouais, des gens accro à la connexion magique que ça engendre avec l’image d’eux en eux…
Ouais, et ce n’est vraiment qu’à la fin du concert, quand les gens applaudissent et que t’as vraiment fini de jouer que tu réalises qu’il y a pleins de gens devant toi ! Et que dans ce processus de toi avec toi t’as quand même donné quelque-chose. C’est le deuxième effet Kiss Cool : ton plaisir d’avoir été au plus proche de toi-même se double du plaisir de te rendre compte que ça signifier quelque-chose, autre chose, un don pour les gens !

C’est pas le cas chez le psy et t’es pas applaudi !
Oui, et à la fin tu paies ! Alors que là c’est eux qui paient eux, c’est tout bénef !

4. love rises pochette

A propos de thunes, pensez-vous sortir bientôt un disque ?
J’aimerais bien ! Mais je crois qu’on va faire des concerts avant ! Moi je voudrais essayer d’en faire à Berlin. Alors le problème, c’est les répètes. Quand les faire ? A-t-on besoin d’en faire beaucoup ? Je ne sais pas trop. Après je pense qu’on sortira une démo. Le son qu’on a n’est pas extraordinaire mais je crois que ça suffit pour l’envoyer à des producteurs. Mais oui, j’aimerais sortir un disque. Avec le dessin de « Love Rises » que je trouve super beau en pochette.

Un site web en cours ?
Je ne sais pas si les gens vont encore sur les sites d’artistes, je crois qu’ils vont sur Facebook voire Twitter pour les news. Johanna a une page Facebook, peut-être qu’elle fera un site, mais je pense que son Facebook suffirait presque, quoi !

Je comprends mais dans l’attente d’un disque il faut bien écouter les morceaux quelque part ?
Ah oui, alors elle a un, comment ça s’appelle déjà ? Soundcloud !

Quels morceaux propose-t-il en écoute ?
Il y a « Draft Blues », « Love Rises » et deux autres dont j’ai oublié le titre…

Il y a « Lynch Maniac », non ?
Mais oui ! « Lynch Maniac », j’avais oublié.

Comment peux-tu oublier « Lynch Maniac » (sourire) ?
C’est vrai !

Un morceau qui parle de toi !
Celui-là, j’aimerais bien qu’il soit rock. Je ne pouvais pas lui donner cette couleur parce que j’avais qu’une guitare sèche mais je pense qu’il faudra qu’il soit bien rock, péchu, quand on l’enregistrera !

Il a un côté un peu tubesque, non ?
Ouais, je trouve, mais honnêtement je vise un peu ça à chaque morceau… Quoique non, c’était pas le cas pour « Draft Blues ». Mais ouais, je pense que « Lynch Maniac » va plaire. Il y a un autre très pop qui plaira je pense, c’est « No Time To Think ». Je l’avais écrit pour Underwires.

Tu l’as recyclé dans She Dreams ?
Ben ouais, mon frère n’en voulait pas donc quand Johanna est venue et qu’elle m’a dit : « Voilà mes textes », j’ai recherché les vieux morceaux que j’avais pas utilisés. Il y en avait deux : un que je me suis gardé pour moi et « No Time To Think » dont j’ai illico pensé qu’il irait à Johanna. C’est de la pop pure, c’est pour ça que mon frère n’aimait pas. Elle a tout de suite aimé. Elle a juste modifié quelques phrases dans mon texte.

Dans ce qu’elle m’avait fait écouter je me souviens aussi d’un morceau tout en spirale rock, jubilatoire. Oui, un vrai petit ouragan qui répétait quelque chose comme « Be yourself »…
Ouais, je voudrais aussi qu’il soit bien rock. Mais… C’est terrible, je me rappelle plus de son nom ! Je les oublie toujours. J’avais le même problème avec Underwires. Tu me demandes quel morceau figure sur quel album, j’en ai aucune idée.

Et donc, j’y reviens, Johanna a écrit une chanson sur toi ?
Oui, parce que je bois du café David Lynch, que je fume les mêmes cigarettes que lui…

Des American Spirits, c’est ça ?
Ouais, et puis bien sûr je regarde ses films et je lis ses livres donc voilà, ça la faisait rire !

Tu en connaissais l’existence avant qu’elle t’amène ses textes pour bosser les compos ?
Oui, elle m’avait dit : « J’ai écrit un morceau sur toi ! » Mais je ne savais absolument pas sur quoi ça serait. Je pensais que ça parlerait sans doute de ma nouvelle vie à Berlin ou de mon goût récent pour la méditation. En tous cas, je ne sais pas pourquoi, mais le morceau a été très très très facile. C’est venu tout de suite ! Je lui ai juste demander de rajouter des verbes à la fin pour que ça soit mieux, plus long, et du coup avec la répétition du truc elle s’énerve à la fin donc c’est bien !

Elle est également fan de Lynch, non ?
Ouais, elle aime beaucoup Lynch !

Toi, c’est ton artiste fétiche tous genres confondus ?
Ben comme il fait un peu de tout… Oui, probablement (rires) ! En littérature, mon auteur préféré c’est Burroughs. Mais c’est pareil, Burroughs a aussi fait des chansons. Mais oui, je pense que l’artiste que je préfère c’est Lynch ! Même sa musique me plaît. D’ailleurs ce qui est intéressant, c’est que, comme Philip Glass, tout lui vient de la philosophie indienne, mais il ne l’a jamais dit !

Ah ouais ?
Oui, d’ailleurs dans Mon Histoire Vraie, son autobiographie (sortie aux éditions Sonatines en 2008 – nda), il y a des Vedas cités en début de chaque chapitre. Il en parle peu de son amour pour la philosophie indienne mais moi je m’en doutais en voyant Twin Peaks, et je m’en suis à nouveau douté quand j’ai su qu’il faisait de la méditation.

Pourquoi t’en étais-tu douté en voyant la série Twin Peaks ? Parce que l’agent Dale Cooper a des méthodes d’investigation quelque peu… mystiques ?
Oui, il en parle à un moment de sa méthode tibétaine. En plus à un moment il y a une scène où tu le vois méditer dans sa chambre. Donc je m’étais dit : « Tiens, c’est bizarre ! » Et après, il y a un nain et un géant, et on retrouve aussi ça dans la philosophie indienne. Récemment, je me suis donc dit : « Il y a un truc ! » Et quand j’ai acheté le livre et que j’ai vu qu’il citait les Upanishads (ensemble de textes philosophiques qui forment la base théorique de la religion hindoue – nda) et tout ça, qui font partie des Vedas, je me suis dit : « Bon ben ok ! » Et le documentaire qu’il est en train de faire, c’est en Inde (intitulé Méditation, Créativité et Paix, il suit David Lynch dans un périple dans 16 pays entre 2007 et 2009, à la rencontre de ses fans, d’étudiants en cinéma et de personnalités de divers domaines de la société, de l’Estonie à Israël en passant par la Bulgarie, la France, l’Ecosse ou le Danemark – nda). Donc je me suis dit : « Ben voilà quoi ! »

Ah la logique des choses quand le désir opère… Je me souviens qu’un jour, en me parlant de She Dreams, Johanna m’a dit une phrase qui m’est restée gravée : « Si ça marche pas, ça m’étonnerait pas ! Si ça marche, ça m’étonnerait pas ! »
Bah voilà, ça c’est de la philosophie indienne (rires) !

Comment perdre à partir du moment où l’on fait les choses avec amour ?
Oui, en gros c’est ce qu’ils disent. Il y a un livre qui fait partie des Vedas, qui s’appelle le Bhagavad-Gïtä. Lynch en cite d’ailleurs une phrase dans son livre et elle dit qu’il ne faut pas faire les choses pour les fruits que ça t’apporte mais qu’il faut les faire peu importe les fruits. C’est ça que veut dire Johanna, que si tu as envie de faire quelque chose bah tu le fais quoi !

Comme cette interview !
Oui, on l’a faite ! Et finalement, j’avais plein de choses à dire !

Johanna, Arno et le maître, Fire walk with them, Paris, octobre 2014

Johanna, Arno et le Maître (Fire walk with them, Paris, octobre 2014)

Leur premier EP sur Bandcamp.

Soundcloud de She Dreams in Vedas.

Facebook de She Dreams in Vedas.

Bandcamp de T.O

Merci à Sabrina Aïssaoui, Anna Dreyfack, Isabelle Erly et Arno Bisselbach pour leur aide dans la transcription de cette longue Berlin Conversation !

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