Hey Sarah, pop philtre d’amour

Sarah Amsellem par Lou Sarda

Ce samedi 2 décembre par un froid de canard je m’étais rendu à La Bocata, 31 rue Milton. Et ce n’était pas pour ses tapas et ses carambars à gogo, même si c’était les vrais, les « vintage-original », au caramel amigo. C’était pour voir le projet qui réunit Sarah Amsellem (chant, sampleur, pad électronique) et Stéphanie Acquette (guitare, basse, chœurs).

J’avais découvert Hey Sarah sur scène quelques jours plus tôt pour la sortie de la première compilation du disquaire-lieu-de-concert La Passerelle.2. C’était le 27 novembre à l’OGIB (Montreuil) et le temps d’un court set j’avais été enchanté par « My Electrodes », « Loudspeaker » et « Stormy Sky ».

Dans un bref compte rendu j’avais alors salué leur « pop-rock teinté de secousses orientales électronisantes ». Ça les avait fait rire le coup de l’orientalisme électronisant, enfin surtout Stéphanie, parce que Sarah, comme elle me le dira, elle était juste étonnée. « C’est marrant que tu ais qualifié notre set ainsi parce qu’on a bien des morceaux comme ça mais on les avait pas joué ce soir-là ».

Ce soir, elles allaient jouer en mode Beyrouth, parmi les tables à peine débarrassées, serrées à côté de la rambarde colimaçon qui mène aux chiottes. Il n’y aurait pas le beau son d’une vraie salle de concert comme au « GIB ». Mais il n’y aurait qu’elles, tout un concert, et j’allais alors découvrir aussi l’existence de « Jack is a rose », « Holly », « The Hill », « Ok Woman », « Open Hand », « Star Frog Killer » et « Miracles ».

« My Electrodes » m’a refrappé. C’est un étonnant shaker qui marie à des couplets armés d’une rythmique martiale quasi Joy Divisionesque des refrains tout à coup très oniriques, enveloppants, qui s’ouvrent sur une sensibilité aérienne, éthérée qui rappelle les premiers Morcheeba et Portishead.

D’ailleurs, à peine m’étais-je dit cela qu’elles proposaient une reprise du morceau inaugural d’Out of Season, le premier album de Beth Gibbons. « Mysteries », morceau ultime s’il en est, et rendu là avec, comment dire, tant de justesse, de grâce tragique, angélique… Tête dans les mains, j’en savourais la montée des larmes et le vertige de mon propre sang, efflorescent, comme devant un miracle. Et tout cela sans forcer, simple. Guitare-voix.

Sarah Amsellem par Pat Lasap (OGIB, 27/11/17)

Leur répertoire réserve aussi des ritournelles plus enjouées et piquantes, comme le « Lovecats » des Cure, à l’image d’« Open Hand ». C’est une pop trip-hop tour à tour diaphane et épicée qu’il nous est donné d’apprécier. Sans revival ni dogme esthétique. Quelque chose d’hédoniste et sensualiste jusque dans la tristesse. Le cristal qui berce, le vin qui enivre. Et tout ça circule si naturellement dans leurs veines qu’il semble n’y avoir là aucune prétention.

Clope d’après concert. Des gens fumant sur le trottoir glacé. Je discutais avec Marie Destouet qui aide Hey Sarah sur plein de choses, comme on le fait quand on accompagne dans ses débuts un groupe qu’on aime, de manière informelle, en faisant presque tout ce qui touche à l’extra-artistique. Tout ce qui touche le cœur. Esprit de famille.

Stéphanie Acquette par Pat Lasap (OGIB, 27/11/17)

J’apprends que Sarah n’a pas encore sorti de disque avec ce projet-là, que pour l’instant seul « Stormy Sky », le single, est en écoute sur le net. Je dis à Marie que j’ai beaucoup aimé la variété de couleurs pop qui s’exprime là. Comme un philtre. J’espère qu’elle ne perdra rien de cette magie bien à elle en enregistrant. Qu’elle ne cédera pas à certaines sirènes en homogénéisant tout cela dans un son. Ces  différentes facettes, c’est ce qui fait son charme. J’ai envie d’écouter ces 10 morceaux gravés sur un beau disque tels qu’elle les veut elle.

Je pense à Sarah qui fume une cigarette à deux pas. Elle ressemble tellement à une fille que j’aime et ai aimé. C’est dans les traits, les yeux, la peau. Une question de lumière cuivre, de silhouette persane. De secousses orientales, oui, électronisantes. A côté de moi, un type qui était dans le public. Il dit à son pote, tout goguenard pour se donner du cœur à l’ouvrage : « Est-ce que je vais lui dire que c’était vraiment très bien ? »

Hey Sarah par Pat Lasap (OGIB, 27/11/17)

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