SEBASTIEN TELLIER (1) « SEXUALITY »

 

25 février 2008. 13h. 18e arrondissement de Paris, chez le label Record Makers. Sébastien déborde. Ça fait cinq minutes que j’ai investi la pièce où il donne des interviews depuis une semaine pour la sortie, ce jour, de son troisième album, Sexuality, et il tchatche encore avec le journaliste précédent. C’est vraiment lui qui le blablate comme on ressert un verre à son hôte alors qu’il avait enfilé sa veste, s’apprêtait à partir et l’autre finit effectivement de ranger son matos, lui jetant juste un œil du style : « Cool man, mais j’ai ce qui faut, je dois y aller ». Tellier, un beau bavard ? Ce n’est pas un scoop. Pour quelqu’un qui a déjà interviewé l’auteur de « La Ritournelle », ce qui est mon cas (c’était pour la sortie de son précédent album, Politics) ou quelqu’un qui a vu les teasers vidéos accompagnants la sortie dudit Politics (très bons), sa bavardise est même de notoriété publique.

Sébastien Tellier est un homme de paroles et on a l’impression qu’il s’en grise, comme d’un luxe. Que ça vient de loin chez lui, que c’est de l’ordre du free hug, de la libération. Ça le rend touchant. Durant cette demie heure il parlera d’une voix étonnamment légère vu sa carcasse de barrique White. Une voix aux accents un peu nobles, champagne. Une demie heure où il gardera ses lunettes noires, comme Christophe, Polnareff et Gilbert Montagné réunis. « La barbe, c’est pour le côté mystérieux, les cheveux longs pour le côté féminin, les lunettes noires pour le côté sophistiqué » analyse-t-il, easy. Un look indémodable depuis plus de 2000 ans comme aime bien le dire l’écrivain Frédéric Beigbeder, qui le porte aussi. Et ce personnage parlera avec une telle aisance, une telle bonhomie, un tel esprit que ce sera un régal. Tellier ? Un bon client comme on dit. Beau bizarre.

« Le monde entier existe, choisis avec qui tu veux être »

Bonjour Sébastien. La première que je t’ai rencontré c’était en 2004, peu de temps après la sortie de ton deuxième album, Politics, et dès 11h tu t’enfilais du whisky. Là tu bois de l’eau…

Oui, alors tout ça j’ai arrêté (rires) ! L’alcool commençait vraiment à être trop pesant, je ne pouvais pas continuer comme ça.

Tu buvais depuis longtemps ?

Oui, car j’ai commencé quand j’avais quelque chose comme 16 ans. L’âge des premières défonce à l’école, quoi. Je me sens beaucoup mieux sans alcool. Maintenant je ne bois que du champagne voire du vin blanc, mais jamais je ne retouche à une goutte de vodka ou de Jack Daniels.

Oui aux alcools fermentés, non aux alcools distillés ?

Oui car contrairement aux autres alcools, l’alcool du Jack Daniels se diffuse très vite dans le sang donc dès la première gorgée ce whisky me procurait la sensation de partir, qui était d’ailleurs extrêmement agréable. C’est un truc que je ne ressens plus mais je m’en passe très bien.

A part ça à quoi ressemble ta vie en ce moment ?

La vis que je vis en ce moment n’est pas ma vie normale puis je suis toujours en promo…

Et tu le vis bien ?

La promo, tout ça ? Oh, plutôt bien. Je suis content de parler de ma musique, de la représenter, de la vendre. Le seul frein c’est juste que parfois mon corps me lâche et je n’ai plus la force d’y aller. Mais à part la fatigue, je vis ça très bien.

Tu dis que tu es content de parler de ta musique mais je n’ai pas l’impression que les gens te parlent si souvent de ta musique…

De moins en moins, oui. On me parle plutôt de mon personnage.

Ça te dérange ?

Quelque soit la musique qu’on fasse c’est normal qu’on l’incarne. On ne va pas faire du death metal avec un costard de douanier. Quoique, pourquoi pas (rires) ! Enfin tu vois ce que je veux dire. Donc évidemment moi j’essaie d’incarner ma musique et comme je fais une musique qui ne rentre pas trop dans les cases, j’ai créé ce personnage pour compenser. Mais c’est vrai qu’au fur et à mesure il prend un peu le pas sur la musique, mais ça je ne le contrôle pas, d’ailleurs je ne vois pas ce que mon personnage a de si intéressant…

Vraiment ?

Non (rires) ! J’aime bien parler et tout mais finalement moi et mon personnage ce n’est pas quelque chose que je vois comme étant très puissant ou très intéressant, c’est vraiment quelque chose qui est là au même titre qu’une pochette de disque !

Tu n’es pas guitariste, tu ne fais ni du rock ni du folk, il ne te suffit donc pas de sortir ton instrument et de te pointer au micro pour incarner ce truc précis du rocker ou du songwriter. Ton personnage sert-il à combler ce manque, ce no man’s land ?

Oui, mais au final la représentation n’est qu’une représentation donc ce n’est pas le plus important. Le plus important c’est l’équilibre entre le fond et la représentation. Mon personnage n’est vraiment qu’une parcelle de mon art, il a juste valeur d’affichette (rires) ! ça ne va pas plus loin. En plus quand je lis mes interviews dans les magazines je ne trouve pas que je sois particulièrement intéressant, je n’énonce ni de grandes vérités ni de grand discours social à la Coluche. J’ai l’impression que ce qui ressort de ce que je dis est plutôt stérile. Quoique : les messages les plus importants sont souvent ceux qui ne portent pas de nom. L’autre jour dans une interview croisée j’interrogeais mon pote Xavier Veilhan (artiste contemporain – nda) sur le message de son art. Parce que moi quand je vois son art j’y trouve un message, je comprends sa philosophie, je vois sa façon de vivre, alors qu’il n’y a pas de mots. Moi c’est pareil, il y a quelque chose à comprendre, ça se situe peut-être dans le rapport entre ma musique et mon personnage, mais je ne saurais pas te dire ce que c’est. Et puis il ne faut pas oublier qu’il y a des Mick Jagger, des Jimi Hendrix, des Jim Morrison et moi comparé à eux je ne suis qu’un bout de papier qui vole au vent.

Créer un personnage à chaque disque c’est envisager les disques comme des films ?

Pour moi ça n’a pas d’intérêt de refaire un disque si on a conservé la même mentalité et la même vision du monde que sur le disque précédent. On ne peut refaire un disque qu’à partir du moment où l’on est devenu quelqu’un de différent. Sexuality je ne pouvais pas le faire à l’époque de Politics parce qu’à l’époque de Politics, j’étais paranoïaque, stressé, anxieux, ce qui est compatible avec la politique, mais ce qui l’est moins avec le sexe. On ne peut pas faire un album sexuel avec les doigts tendus. J’étais donc obligé d’avoir la force psychologique de redevenir quelqu’un de plus calme et de plus en phase avec son corps. J’ai donc fait un travail sur moi-même (rires) ! qui a consisté à me détendre et il se trouve que je suis tombé amoureux il y a deux ans (de la comédienne française Amandine de la Richardière – nda) et cet amour m’a délesté de mes petits problèmes. J’ai accédé à un rapport au monde un peu plus noble et positif. C’est-à-dire que maintenant, grâce à cet amour j’aime le monde, je n’agis plus contre les choses, alors qu’avant j’avais l’impression d’être un rebelle, mais un petit rebelle de Paris 17, pas un mec qui part dans la jungle (rires) ! Mais à mon échelle j’avais quand même l’impression d’être un rebelle…

Parce que tu te cherchais ?

Oui, voilà. Alors que maintenant j’ai l’impression d’être un peu plus à la source. J’ai plus l’impression de ressembler à une rivière qu’à un rebelle ! C’est ça ma vie maintenant. Et « La Ritournelle » a joué un rôle important pour mon bien être…

« La Ritournelle » c’est le début de ton devenir de rivière ?

Oui, c’est ce qui m’a permis d’être bien. C’est peut-être même ce qui m’a permis de me sentir assez bien pour tomber vraiment passionnément amoureux et donc finalement « La Ritournelle » est la source de tout mon bonheur actuel, parce qu’elle m’a aussi apporté du confort matériel, ce qui est très plaisant. Quand on interview les chanteurs et qu’on leur parle d’argent souvent ils ne veulent pas en parler, mais en fait c’est fou comme l’argent fait du bien, c’est comme si d’un coup tout devenait gratuit…

Que le monde devenait un immense open bar ?

Oui (rires) ! Tout devient comme cette scène culte du film de zombies où à un moment ils sont seuls dans un centre commercial et ils peuvent prendre tout ce qu’ils veulent. Cette sensation est très agréable. Je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à ça mais on ne peut pas dire que l’argent soit une mauvaise chose, l’argent c’est vraiment fantastique ! Moi qui ai toujours vécu dans des taudis, des trucs abominables, ça m’a fait du bien de pouvoir avoir un train de vie plus décent et de manger enfin autre chose que les pizzas Rustica !

Les pizzas Rustica ?

Oui, c’était celles qui coûtait le moins cher, elles devaient coûter à 95 centimes d’euro, et voilà, avant je mangeais ça un repas sur deux. Aujourd’hui ça ne me viendrait plus à l’esprit de ne mettre que de l’huile d’olive sur une salade. Maintenant j’y mets de l’huile de truffe, et c’est vraiment très agréable (rires) ! Après le problème c’est que l’argent ne permet pas d’écrire de bonnes chansons. Tu auras beau dépenser, faire des plans financiers énormes, essayer de devenir un businessman, ça ne te permettra jamais de faire des bonnes chansons. La vraie vie n’est pas dans le monde de l’argent, parce que le monde de l’argent c’est le monde du repos…

Justement, à un moment, consciemment ou inconsciemment, ne vas-tu pas être tenté de sacrifier tout ce bien-être pour relancer la machine ?

Si, parce que le plaisir total c’est justement de tout dépenser au plus vite pour se remettre en danger. C’est important. Il ne faut pas se dire : « Allez, pendant 20 ans je me tourne les pouces »parce que dans ce cas-là il ne se passera rien. Si on a assez d’argent pour vivre 20 ans soit il faut le donner à des gens qui n’en ont pas beaucoup, soit il faut le dépenser. Et c’est facile de dépenser de l’argent, pour ça il y a des apparts, des bagnoles, des montres, n’importe quoi ! Je pense que lorsqu’on veut réussir dans la pop il faut être quelqu’un qui a une âme, qui aime un peu l’argent mais qu’il faut aussi être quelqu’un qui va dépenser son argent dans un truc dès qu’il en a, être quelqu’un qui ne va pas chercher à protéger et placer son argent.

Ni chercher à se protéger sentimentalement ?

Pourquoi pas, oui, mais qui ne va surtout pas chercher à protéger son argent. Parce que l’argent n’a aucun sens, c’est juste de l’amusement, du vent.

Sexuality s’ouvre sur « Roche », un morceau très estival. D’ailleurs toute la première partie de l’album semble dédiée à la célébration de l’été…

Voir les filles en bikini, savoir qu’elles se changent dans une petite cabine juste à côté, tout cet érotisme de la plage moi je l’ai connu à Biarritz parce que c’est là où j’allais en vacances avec mes parents. Donc pour moi Biarritz c’est le début de l’amour, c’est le sexe et l’été. Tout ça va ensemble. Le sexe c’est quelque chose de sophistiqué, c’est le monde où l’on a un peu envie de s’amuser, donc c’est surtout les grandes nuits d’été où il fait vraiment chaud et où on a envie de boire, de s’éclater. Après je pense aussi que ça peut être très sexuel de se nicher dans un petit terrier avec une couette, des cigares, du champagne et un feu de cheminée, parce que chez moi le rêve d’hiberner est aussi très fort, mais j’ai plus voulu Sexuality à l’image du jour qui se lève, magnifique. Parce que le désir c’est aussi quelque chose d’énergique lié au soleil, à la terre, à la biologie. Ensuite il se trouve que les étapes sexuelles évoquent le déroulement de la nuit parce que la nuit est plus propice aux fantasmes donc peut-être qu’au fur et à mesure qu’on avance dans l’album on avance dans la nuit et ça permet d’aller dans le sexe, le sexe au sens d’orgie, d’interdit. Donc voilà la nuit et le sexe s’installent et tout s’achève avec « L’Amour et la Violence ».

Qu’on sent clairement différente des autres chansons du disque…

Oui mais en même temps j’aurais pu la mettre sur n’importe quel album parce que finalement c’est juste une chanson directe, sans apparat ni rien de baroque…

Avec elle on revient d’ailleurs au chant en français inauguré en ouverture de l’album par « Roche » et du coup on renoue avec une sorte de sincérité…

Oui, c’est ça, une vraie sincérité, alors que le reste de l’album est basé sur un personnage, un grand guide sexuel que je ne suis pas. Ce que je conseille souvent aux gens, si je peux me permettre de donner des conseils, c’est de faire face à leurs problèmes lorsqu’ils se sentent bien. Je pensais ne jamais avoir à dire ça mais si je me mets à nu face à moi-même et au public dans « L’Amour et la Violence » c’est parce qu’avant j’ai fait l’amour et après l’amour, comme on se sent vraiment bien, c’est un bon moment pour se regarder en face et chercher au fond de soi. Il faut en profiter parce que finalement on analyse mieux ses problèmes quand on se sent bien que quand on se sent mal. Quand on se sent mal il faut partir, dire au revoir à tout le monde, faire semblant d’être malade. Voilà, ce n’est donc pas un hasard si cette remise en question  arrive à la fin de Sexuality, c’est parce que moi aussi maintenant dans ma vie je fais face à mes problèmes et à qui je suis quand je me sens bien.


Premier extrait de Sexuality, « Sexual Sportswear » est le morceau le plus long, mystique et planant de l’album. Est-ce sa « Ritournelle » ?

Non, pour moi « La Ritournelle » de Sexuality ce serait justement « L’Amour et la Violence ». « Sexual Sportswear » c’est plus l’apéritif pour mettre les gens dans l’ambiance.

Pour toi une tenue de sport c’est sexy ?

Oui, pour moi le fantasme sexuel vient d’une tenue de sport. Pour moi le sport c’est le mouvement, la musique c’est le mouvement, et le texte dans la musique c’est la pensée. « Sexual Sportswear » est donc une chanson de sport.

Du sport, tu en fais ?

Non (rires) ! Mais comme maintenant le sexe est au centre de ma vie, parfois, au lieu de partir en vacances, j’organise de grandes semaines de sexe à la maison et ça me permet de rester en forme. A part ça je ne fais pas de sport. Je déteste l’ambiance des salles de sport et je n’aime pas les sports collectifs.

Par contre il me semble que tu es assez branché équitation, non ?

Oui, je continue à en faire d’ailleurs, et je fais aussi beaucoup de bateau. Mais pour moi le cheval c’est plus de la balade que du sport. Les parents de mon amie ont un haras près de Deauville et c’est un peu le paradis de l’équitation ! Le week-end on prend les chevaux et on va regarder les biches, on mange dehors, c’est vraiment génial.

En quoi, dans ton désir de faire une musique sexuel, était-ce si important de solliciter les services de Guy-Manuel de Homem Christo des Daft Punk à la production de Sexuality ?

J’avais le concept, ça c’était sûr, je voulais faire un album sexuel puisque dorénavant c’était plus d’actualité dans ma vie que la politique ou la famille (qui était le thème de son premier album, L’Incroyable Vérité – nda). En plus, je ne voyais pas de meilleur sujet que l’origine de la vie pour faire un disque. Ensuite, comme je le dis souvent, je fais toujours confiance au hasard que je trouve plus amusant et plus puissant que l’esprit humain, donc je me mets face à mon piano, je ferme les yeux et je joue n’importe quoi jusqu’à tomber sur une harmonie qui puisse éveiller l’excitation ou au moins ne pas venir casser l’ambiance si elle intervient pendant l’étreinte amoureuse. Par exemple moi si on me met un disque de Garou pendant que je fais l’amour je sursaute, j’arrête tout ! Et en procédant ainsi j’ai petit à petit obtenu toutes les notes sexuelles dont j’avais besoin pour faire un disque alors je me suis mis à écrire les textes et après pour que l’album ne soit pas masturbatoire et parce qu’il parle de sexe entre deux amoureux, je me suis dit qu’il fallait que je le finisse en couple. Donc je me suis mis en quête de mon partenaire. Et là c’est comme si on me disait : « Le monde entier existe, choisis avec qui tu veux être. » J’ai donc choisi le mec qui me faisait le plus rêver. Et de tous les musiciens modernes c’est Guy-Man que je préfère. Parce c’est le seul grand producteur européen à écouter la musique avec son bassin et pas avec sa tête, ce que font aussi Pharell Williams et Timbaland…

C’est marrant que tu compares Guy-Man à Timbaland parce que je me suis fait la même réflexion en écoutant Sexuality. Cela ferait-il de toi son Justin Timberlake ?

Non parce que Justin n’est pas sa propre marionnette, or moi je suis ma propre marionnette. Je suis à la fois la marionnette et le Master of Puppets. Enfin je dis ça, je ne sais pas trop comment ils travaillent ensemble, mais Justin a l’air moins créateur que moi. Mais c’est vrai que pour Sexuality j’avais envie d’un disque de producteur comme les américains en font pour leurs grosses stars R&B, parce qu’à mon sens la seule musique qui évolue encore c’est le R&B. On peut encore sortir des disques de folk, très bien, mais ça ne fait pas avancer la folk. Pareil pour le reggae et le pop-rock. Tous ces styles de musique sont malheureusement arrivés au bout de quelque chose. Or le R&B continue d’évoluer. Donc moi je voulais cette forme, je voulais appartenir à ce monde musical sophistiqué puisque j’ai une vision sophistiquée du sexe. Après ça ne change rien au fait que le coeur de l’album est extrêmement européen parce que j’ai une vision archi latine du sexe, je parle d’un sexe qui est fait pour séduire l’esprit, ce qui est à l’extrême opposé de la vision anglo-saxonne et surtout américaine.

Le son de Sexuality est à la fois synthétique et sensuel…

Oui, c’est un son à la fois très chaud et précis, avec un côté bling-bling très glamour. C’est ce que je voulais et c’est ça que Guy-Man pouvait m’apporter. Parce que moi je ne sais que composer. Pour Politics, à part la batterie de Tony Allen et le mix de Philippe Zdar, j’avais tout fait tout seul. Pareil pour L’Incroyable Vérité mixé par Mr. Oizo. Mais Sexuality c’était tellement l’album important, tellement le but de ma vie que je ne pouvais pas prendre le risque de le faire seul. Quand on est entré en studio, j’avais déjà tout écrit donc l’image que j’aime à donner – enfin que je donne depuis aujourd’hui – c’est qu’avec Guy-Man j’avais l’impression d’être à l’arrière d’une Rolls-Royce avec chauffeur. J’étais dans le canapé et je me contentais de l’assister en lui disant : « Tourne à droite, à gauche… ». C’était vraiment ça l’enregistrement de l’album : Guy-Man me conduisait.

Ça donne un disque très moderne, trop selon certains. Ils voudraient te voir mettre l’accent sur le parti pris « intemporel » de morceaux comme « La Ritournelle ». Qu’en penses-tu ?

Ça me fait très plaisir que des gens veuillent ça, mais pour moi cette approche coulait de source parce que le sexe est à la fois l’origine du monde et quelque chose de très superficiel parce que lié à la beauté de l’éphémère. Ça on le ressent vraiment après l’éjaculation. C’est-à-dire que tu peux ressentir beaucoup de désir pour une fille, passer des semaines à la draguer et une fois que tu as éjaculé en elle tout de suite ce n’est plus pareil…

De la même manière tu as donc pris le risque que ton album soit… jetable ?!

Oui, j’aimerais qu’il soit caduque dans 10 ou 20 ans parce que ça voudrait dire que j’aurais une autre vision du sexe, et c’est un peu le but. Le sexe évolue avec la mode et l’air du temps, c’est pour ça qu’il est aussi superficiel et qu’il s’oublie. Par exemple aujourd’hui on ne voudrait plus d’un sexe des années 70. C’est pour ça que je n’ai pas plus de respect pour l’éphémère que pour l’intemporel et que j’aime autant Proust que Jean-Paul Gaultier. Parce que s’ouvrir ça veut dire ça aussi : aimer les trucs cheap comme les trucs sophistiqués. Tu vois, quand je suis chez moi je suis comme n’importe qui, j’aime bien me trimballer en peignoir, manger du gâteau en regardant la télé, jouer à la Playstation. Voilà moi je ne vais pas très loin dans la réalité. Enfin ce n’est pas que je ne vais pas très loin mais je suis juste complètement banal (SUITE).


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