L’AMOUR DU RISQUE (LALAFACTORY)

18 juin 2012. 23h00. 18e arrondissement de Paris. Péniche Antipode. «… » On reste bouche bée, après le concert de LALAfactory, comme sonné, ne sachant pas trop qu’en penser. On rend nos verres vides à la consigne. On sort. J’attends la réaction de William. J’ai l’impression de lui avoir joué un drôle de tour en l’emmenant là, tout ça parce qu’on devait se voir pour qu’il me remette le vinyle du premier EP d’Aline, groupe qu’il promeut (il est attaché de presse) et que j’avais jugé ce concert comme un bon prétexte à cette « chose promise chose due » (j’avais interviewé Aline). Quand je le regardais assis en tailleur dans la pénombre de la péniche à écouter l’ « acid pop » de LALA et que je le voyais applaudir sagement sans mot dire, je me disais : « Mince, aime-t-il ou se sent-il piégé ? C’est quand même une expérience ce concert, un truc un peu arty, loin d’être de la pop pastel comme celle d’Aline ». Une fois dehors, à la fraîche, je m’attendais à ce qu’il laisse s’échapper un « Ouf ! » ou un « Aïe ! ». Qu’il manifeste un certain embarras. Je savais qu’ils œuvraient au-delà du « J’aime / J’aime pas ». Mais qu’allais-je pouvoir lui dire ?

LALA, je les connais depuis longtemps. Je me rappelle de les avoir vus au Soleil de la Butte, à Montmartre, vers 2004. C’était du temps où j’habitais encore à Montreuil. C’est un ami, Stéphane Bellity, alias Ricky Hollywood (qui rejoindra plus tard La Féline), qui me les avait fait découvrir. Il les connaissait un peu. Lui aussi faisait de la musique. Il avait une de leurs premières démos. Dessus si des choses m’avaient un peu rebutées (mais aussi marquées) parce que trop bizarres, libres, d’autres, plus pop, m’avaient immédiatement plu comme l’onirisme subtilement déviant des chansons « uniQ » et « Autant dire ». J’avais retrouvé cette précieuse étrangeté quand je les avais vus ce soir-là. Dans cette façon qu’ils avaient de se présenter, juste elle, Julie Gasnier (chant, synthé) et lui, Daniel Valdenaire (guitare). Et dans cette façon qu’elle avait de bouger, comme une automate, très belle, distante voire défiante avec son port de tête à la Portman et ses paupières peintes comme celles de Kiki de Montparnasse dans L’étoile de mer de Man Ray. On aurait dit un insecte, une androïde, un Black Swan. Ce soir-là, j’avais pris des photos. Je ne sais plus où je les ai stockées.

Plus tard avec cet ami je me souviens même avoir vu Julie dans un spectacle de danse contemporaine avec sa Compagnie Kivitasku à Maison Pop de Montreuil. Depuis je pensais parfois encore à eux (au fait que ça existe) mais pas de nouvelles. Existaient-ils encore ? Et puis en juin dernier j’ai reçu un mail de Daniel sur ma vieille boîte (club-internet.fr, c’est dire). Il disait qu’ils seraient le 18 juin à la péniche Antipode et ça m’a fait quelque chose d’apprendre qu’ils existaient encore malgré tout ce temps, alors que leur site était à l’abandon et qu’une rapide recherche sur la blogosphère (enfin sur les premières pages de Google) révélait une quasi absence d’articles à leur sujet, comme si leur musique était inouïe ou que personne ne savait quoi en dire, qu’écrire sur eux revenait à s’élancer sur un fil tendu entre deux immeubles (mouvants les immeubles, invisible le fil), que c’était trop d’efforts. Que ça demandait de tout oublier. Un saut de l’ange. (Sur internet je ne trouverai qu’un seul article, assez éclairé, intitulé « Musique du risque », daté du 21 juin dernier et signé Gaspard Granaud.) Malgré tout ça, ça voulait dire : « ça » a tenu, « ça » existe encore.

Et je n’étais pas le seul à être électrisé par ce retour sur scène. A l’Antipode, l’ambiance était très « Arty, le contrat de confiance » : on était nombreux. Ça aussi, ça faisait plaisir. De pouvoir sentir ce « on », sentir qu’on formait comme un même corps dans l’obscurité. Ils ont joué plein de vieux titres (« Autant dire », « Comment vas-tu », « A emporter », « L’oreille sur le bois »… ) mais pas « uniQ » et plein de nouveaux aussi (« Derrière nous », « 1 puis 2 », « Mon œil », « Chez toi », « L’eau dormante »…) issus de leur nouvel album qu’ils sortaient ce soir-là (1 puis 2 : 1000 ex. tirés dont 500 consacrés à la promo en quête d’une distribution). Ils ont joué longtemps, en huis-clos. Lui avait toujours sa dégaine de Thurston Moore / Tom Verlaine, elle d’Elli Medeiros / Catherine Ringer, et leur musique son aura sur le fil du rasoir (eraser ?) mi Virgin mi Suicide. « Electronique problème technique » comme le chante Elmapi, autre musicienne indé que j’ai découverte via Stéphane / Ricky. Ils étaient là, LALA, nulle part (higher ?), pirates, comme évoluant en dehors des radars. De l’époque. Je n’ai pas pris de photos ce soir-là. Piégé, j’ai mis la main à la pâte.

(DICTAFF ON)

Crédits photos :  Ivan Marchika

4 réponses
  1. juko
    juko dit :

    ah bah y’a vraiment que sur parlhot que je peux trouver des artistes dont le discours et la parcours me parlent autant! Jvas écouter tout ça!

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