JEAN-LOUIS COSTES : L’ART BRUTAL (1)

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20 décembre 2006. 19h15. Saint-Denis, banlieue nord de Paris. « Je l’ai acheté 400 euros en occase, ça va ? », me demande Costes, à propos du MacBook qu’il vient de poser ailleurs pour me servir un bol de thé chaud. Il y a peu de choses chez lui  : un mélange d’ascétisme et de taudis. Enfin, « chez lui » : ici c’est juste sa cuisine. Sa petite cuisine. Il y cohabite et se fighte (club ?) en toute liberté avec ses « démons ». De l’autre côté de ces 30m², derrière ce mur, vivent sa femme et sa fille, un autre lui, le domicile familial (les oiseaux se cachent pour chier). Il a racheté cette maison pas cher à un proprio qui possédait toutes les baraques bordant le canal Saint-Denis. Il dit ça et je vois qu’il ne s’est rien servi lui, qu’il est comme captivé d’avance par la discussion qui s’annonce. Dans les starting block.

La rencontre s’est faite du jour au lendemain, sur un simple coup de fil, et il m’a d’autant plus proposé de faire ça vite qu’il partait le lendemain au Canada pour débuter la tournée de son nouveau spectacle, Les petits oiseaux chient (« La la la la lee… »). Mais c’est l’idée de parler de bêtise qui l’a séduit. Je l’ai senti au tel, ça a fait tilt. J’avais prononcé le mot magique. Et il avait faim de ça : parler de sa « connerie ». Parce qu’il trouve lui-même qu’il fait ni plus ni moins des conneries. C’est comme si je lui avais dit : « M’sieur Costes, je vous ai compris ». On est donc dans sa grotte pour parler de ça et de tout ce qui s’en suivra (connerie et puis crotte). Oui, même pipi-caca. (D’ailleurs à l’époque les éditions Hermaphrodites ressortaient Viva la Merda.) Et je sens à son air qu’il y aura des séquelles.

« avoir l’air con, c’est pire que d’avoir l’air sadique ou nazi »

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Bonjour Jean-Louis. Puisqu’on est là pour parler bêtise, mettons direct les deux pieds dedans : comment parvient-on, comme toi, à accepter de faire des choses qu’on trouve « bêtes » ?

Mon problème c’est que je trouve mauvais tout ce que je fais. Surtout, je me trouve nul et con de base. Je me regarde dans un miroir, c’est mauvais, j’enregistre ma voix sur magnétophone, c’est moche, et je me suis aperçu que j’avais tendance à effacer tout ce que je faisais. Ce que font beaucoup d’artistes. Je me suis donc dit : « Il faut bien que tu avances quand même, alors laisse-toi aller, garde un peu tes conneries, tu les trieras plus tard. Car trois ans plus tard, ce ne sera plus vraiment toi dont la chanson parlera donc tu réagiras un peu comme n’importe qui d’extérieur et elle pourra même te toucher. » Et c’est comme ça que je me suis aperçu que les trucs les plus cons étaient les meilleurs.

Mais en général c’est plutôt l’inverse qui se produit : sur le coup on croit qu’on fait quelque de chose de génial et quand on le regarde quelques années plus tard on trouve que c’était de la merde parce qu’on a grandi et qu’avec le temps on a réussi affiner son style…

Bah voilà, moi je ne fais pas ça, je ne travaille pas mon style. La seule manière que j’ai trouvée pour avancer et conjurer le sort qui est le mien c’est de foncer dans le tas ! Je me laisse aller à faire quelque chose qui me parait mauvais. Mais je le fais à fond, j’avance avec une certaine peur et un certain dégoût du truc. Mais maintenant, avec l’expérience que j’ai, je suis de plus en plus sûr de faire un truc bien. Je ne peux pas te dire quelle sera la prochaine mauvaise direction où je vais aller – parce qu’il y a des milliards de cases dans le cerveau, donc des milliards de manière d’aborder le réel – mais je sais que cette direction sera la bonne. Plus c’est con, plus c’est intéressant : c’est là qu’il faut aller. Par exemple, quand je fais une chanson sur les oxyures qui s’appelle « Miam, miam les oxyures », pour moi c’est la chanson la plus con que j’ai jamais faite, il n’y a sûrement pas de quoi faire un disque complet sur un sujet aussi con que les vers intestinaux, mais si tu rentres là-dedans, dans le système intestinal, tu découvres un sujet passionnant que personne n’a jamais abordé. Pareil pour la merde.

Oui, d’ailleurs la merde c’est souvent ce qu’on sort pour te décrire à ceux qui ne te connaissent pas, « Costes c’est le gars qui fait des spectacles où y’a du caca… », comme si c’était ta spécialité…

Je ne fais pas que ça, mais il suffit de faire 1% de ton œuvre sur la merde et ça y est, pour les journalistes tu ne parles que de ça (il doit sans doute repenser au portrait de 4e de couv que Libé lui avait consacré à la sortie de son deuxième roman, Grand-Père, article dont le titre, Le Roi du Caca, avait sans doute compromis ses chances de devenir un auteur un peu plus mainstream – nda). Mais, très bizarrement, non seulement ils ne te parlent que de merde, mais en fait dans le même temps ils n’abordent pas vraiment le sujet. C’est un truc de fou : ils se contentent de ricaner sur le côté pipi caca ! Ils n’abordent pas ça comme un vrai thème. Mais bon, le caca ce n’est qu’1% de ma production. Dans le tas, il y a aussi une chanson d’amour, 2-3 chansons sur le meurtre, une chanson sur le racisme, une sur la gauche et la droite, il y a de tout en fait ! Tout et rien. Je parle même de la cuisine japonaise !

Disons que la merde est peut-être un thème difficile à creuser pour un journaliste car c’est un sujet tabou et ultra spectaculaire en soi…

Oui, au bout d’un moment j’ai effectivement compris que c’était un élément spectaculaire que je pouvais utiliser dramatiquement dans un spectacle. Parce qu’aussi mauvais que je sois ce jour-là, la merde fera toujours son effet. Le caca c’est le caca, tu n’as pas besoin de t’agiter, tu le sors, c’est bon, ça ne te demande pas d’énergie.

A quel moment as-tu réalisé que tu n’avais pas de « talent » ?

J’ai toujours pensé ça. Je ne sais pas d’où ça vient. A l’école, je ne pouvais pas sortir avec une fille, car j’avais peur de ne pas bander donc ça faisait tout foirer ! Aujourd’hui ça continue. C’est pareil dans ma production : je pense toujours que je n’arriverai pas à faire un autre disque, un autre livre…

Pourtant, des disques et des livres, t’en as sorti un paquet !

Oui, c’est à vomir, c’est de la folie, de la diarrhée ! Ma production me dépasse tellement que je n’arrive plus à suivre et sortir des disques. Mais en même temps c’est une drogue : si j’arrête, j’ai envie de me suicider car je dépéris directement. Je rajeunis si je fais une tournée, alors que je ne devrais plus faire ça depuis longtemps. Mais voilà, la connerie c’est mon bain de jouvence ! Peut-être parce je rentre dans des éléments primordiaux, merdiques et ça me détend. Ça me fait rire et ça me fait plaisir. Quand tu te vautres dans la merde, après t’es propre. Physiquement et mentalement. C’est comme un mec plein de sueur qui se prend une bonne douche après une bonne fatigue, il se sent bien après, il se sent lavé, alors qu’il était couvert de boue. Quand tu te couvres avec de la vraie merde, sur le coup tu te dégoûtes mais après t’être douché tu te sens VRAIMENT propre. PROPRE. Tu sais ce que ça veut dire que d’être bien propre, bien savonné. C’est vraiment un plaisir. Tu te sens purifié ! Je pense que ce serait bien que tout le monde passe une heure à se vautrer dans sa vraie merde. J’irais même jusqu’à dire que c’est bon pour la santé. Moi c’est un peu pour ça que j’ai construit une philosophie complète autour de l’apologie de la merde !

Ton livre qui s’intitule Viva la Merda, il parle de ça ?

Non, ça parle du contraire parce que c’est l’histoire d’un mec – typiquement moi – qui veut bien chier sur sa copine quand il bande, mais que ça dégoûte quand il a débandé. C’est l’histoire d’un couple anormal qui dérive totalement. Un jour, ils sont au bord de l’autoroute, il n’y a pas d’air d’autoroute, la nana s’arrête pour pisser et lui ça le fait bander donc il la saute. Le mec rentre donc à fond dans ses obsessions, mais la fille s’en fout, elle accepte juste pour lui faire plaisir. Le problème c’est que le mec s’enfonce là-dedans et comme moralement il n’assume pas ses obsessions, dès que des gens le voient faire, il se sent grillé et il commence par taper sa copine tellement il se sent mal puis il se met à tuer ces gens. Finalement, plus il chie plus il tue. Mais tout ça arrive uniquement parce qu’il croit qu’il a fait une chose immorale en chiant sur sa copine. Il croit que c’est un crime. Et c’est ce que sous-entend plus ou moins tout le monde. Moi je suis pareil que ce mec-là. Hors de mes délires, je suis super moraliste et réactionnaire.

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Comment en es-tu venu à te confronter concrètement à ta merde ? 

Le truc, c’est que quoi je fasse, les gens me disent que c’est de la merde. C’est de là que c’est venu. Parce que t’en viens à te dire : « Ah ouais, moi je fais de la merde ? Hé bien je vais te faire un show complet sur la merde, avec des chiottes et tout ! » (en fait de merde, dans ses spectacles il utilise un mélange d’épinards et de crème Mont Blanc au chocolat – nda) C’est comme les vers intestinaux, c’est super intéressant ! Tu pourrais passer ta vie entière à parler concrètement de la merde, ce que je ne fais pas, contrairement à ce qu’on dit. Comme je suis assez éclectique, je n’insiste pas là-dessus, mais j’ai bien vu qu’il y avait là une niche commerciale de malade ! Comme tout le monde, je trouve que la merde est un sujet très con. Je ne suis pas un génie, je suis un mec très con. Je veux dire : je n’ai pas d’intuition et je n’ai pas révolutionné la musique à douze ans et demi. Moi je voulais jouer du Deep Purple à la base, tu vois le genre ? J’ai dérivé par manque de talent. Mais c’est ça qui m’a permis d’être meilleur. C’est très con ce que je dis, mais c’est ça. C’est par manque de talent que j’ai trouvé du champ, par la saturation du son. Assez vite j’ai compris qu’il y avait des trucs à faire là-dedans, que je pouvais me servir d’une certaine maladresse. Parfois c’est une fausse note qui te permet de faire un truc génial et bien, pour moi, la merde c’est pareil, c’est tout ce qui est chaotique, imprévu et qui génère le plaisir dans le cerveau. Tout ce qui est violent et qu’on n’a pas le droit de dire me fait plaisir.

Et ça t’attire des ennuis : depuis 1997, t’as quatre procès aux fesses. Où en es-tu de tout ça ?

Les mecs sont super tenaces, ils savent très bien que je ne suis pas raciste et ils savent que je sais ça. La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme – nda), tu crois que c’est quoi ? C’est des spécialistes, ils ont des dossiers sur les nazis, ils savent où sont les milieux extrémistes en France. Ils font beaucoup de procès. La plupart des procès d’opinion en France, c’est eux qui les font.

Et ils te font un procès alors qu’ils savent que tu n’es pas raciste ?!

Bien sûr. Bon, peut-être que pendant cinq minutes un des mecs a cru ça, c’est possible, après tout il ne me connaît pas. Mais bien sûr qu’ils le savent, ils l’ont dit, ça a même été enregistré dans une émission de télé locale…

Alors où est l’intérêt de t’attaquer en justice ?

Ah, ça, il faudra leur demander ! En fait, il y a un intérêt qui fait partie d’une stratégie globale et qui consiste à s’attaquer aux faibles pour faire jurisprudence. Parce que sous prétexte que je dis pipi caca, ils pensent que je ne sais pas aligner deux mots et que je suis complètement débile. Donc ils se sont dits que j’étais une bonne cible et ils se sont mis à me matraquer pour faire jurisprudence. D’appel en appel, l’affaire est partie en couille, ça a duré dix ans, j’ai perdu quelque chose comme 150 000 francs et au bout du compte mon avocat n’avait même plus envie de me défendre. Et le problème quand tu es désigné comme un méchant, c’est que des mecs qui veulent jouer les justiciers se mettent à te suivre dans la rue pour te casser la gueule. Je me suis retrouvé dans une histoire de fous à cause d’une affaire d’extrémisme dont je n’ai rien à foutre ! Je ne sais pas qui a raison et je ne veux pas le savoir ! Ça ne me concerne pas leurs problèmes. Moi je fais mon truc et ça m’occupe déjà bien.

Comment ton image évolue-t-elle ? Tu es toujours l’objet de malentendus ou ces gens commencent à te laisser tranquille ?

Je ne sais pas comment évolue mon image auprès de ces gens mais maintenant ils s’intéressent plus à des artistes engagés politiquement comme Alain Soral et Dieudonné. Parce que eux c’est des artistes. Quoique pour Dieudonné, je ne sais pas. Mais dans ses sketchs il tient des discours engagés et en interview il n’hésite pas à dire que son œuvre est une manière d’exprimer sa vision du monde. Moi, ce n’est pas mon cas ! Je ne suis pas un artiste engagé, je suis à mort contre l’art engagé, même si je peux comprendre que des gens aient un engagement et qu’ils veuillent l’affirmer quand bien même ce serait scandaleux. Chacun peut croire et penser ce qu’il veut, pour moi ça ne pose pas de problème. Mais avoir un discours politique, une vision du monde ou une esthétique préalables à une œuvre, là je suis contre. Ça revient à se brider. Moi, c’est en faisant le truc moi-même que j’apprends quelque chose sur moi, au niveau esthétique et au niveau du sens. C’est en disant des conneries. Forcément. Pour ne pas dire de conneries, il faut dire des trucs déjà établis comme bien. Dès que tu rentres dans des territoires inconnus, c’est une jungle ténébreuse, c’est louche et c’est caca, en gros. Tout est caca. C’est le chaos ! C’est du mauvais côté, c’est le démon ! Tout ce qui n’est pas carré est considéré comme démoniaque. Moi-même quand je fais mes trucs, je pense que c’est de la merde. Je ne suis pas plus éclairé que quiconque. Je suis tout aussi conservateur que n’importe qui, mais j’arrive un peu à me laisser aller.

Ça veut dire que tu te choques toi-même ?

Non, ça veut dire que je me trouve surtout très con. On ne peut pas se choquer. Demain en sortant dehors je peux me faire éclater la tête sur le béton par un taré. Ça c’est le choc. Le choc, c’est aussi ma voisine que j’ai vue se faire écraser la tête par un mec qui l’a ensuite violée. Il lui a dit : « Crie, crie, personne t’aidera, moi je te tabasse, je te tabasse. » Enfin, ça ce n’est rien ! C’est une petite anecdote par rapport à tout ce qui se passe sur Terre. Après ça, tu ne peux pas dire que l’art choque. L’art, ça ne choque que 2-3s malades mentaux. Ma fille a deux ans et demi et rien ne la choque dans ce que je fais.

Parce que les enfants sont super ouverts et réceptifs à la bêtise.

Oui, et puis les enfants, comme les chats, savent très bien quand ça craint, quand ils n’auront pas à manger ou qu’on veut les tuer. Dans ce cas-là, ça ne passe pas par des mots, au pire ça passe par du bruit parce que le langage, ils n’en ont rien à cirer. Donc rien ne choque en art et moi je ne cherche pas à choquer par l’art.

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Au fait, comment définis-tu la connerie ?

Bah c’est quand tu te sens con ! Pour moi, la connerie, c’est une sensation. J’ai un juge en moi, c’est le juge qui bloque tout le monde. Genre un mec est en train d’écrire son bouquin et globalement il se dit : « Je vais avoir l’air con si je marque cette phrase. » Moi je le sens ça, CARRÉMENT, à chaque fois ! J’ai beau maîtriser le français, qui est ma culture, j’ai l’air con. Et avoir l’air con, c’est pire que d’avoir l’air violent, sadique, assassin ou nazi. Avoir l’air con, ça ne pardonne pas. Se sentir bête, c’est dur, mais moi je le pose quand même sur la page.

Je pense que pas mal d’artistes et d’écrivains éprouvent cet écueil de la bêtise…

Oui, sûrement, mais à ce moment-là eux ils biffent ou ils bifurquent. Mais moi j’ai remarqué que lorsque je m’arrêtais sur une phrase conne que je venais d’écrire, je créais une rupture dans le raisonnement de mon cerveau. Or il ne faut pas parce que mon cerveau ne raisonne pas, il fait des associations d’idées donc si je continue sur ma lancée je libère d’autres idées. Il ne faut pas rompre l’association qui t’est venue, il faut laisser aller le flux des idées.

Pour toi les conneries que tu peux écrire sont des tremplins vers autre chose ?

Voilà, c’est ça ! Il ne faut pas sans cesse casser le lien en faisant intervenir des trucs intelligents. L’ordinateur m’a bien aidé à ce niveau-là. L’ordinateur c’est un élément qui aide la connerie. Parce que tu peux garder tous ces passages cons qui te permettent de déboucher sur autre chose. Quelque chose qui peut même être considéré comme génial d’un point de vue académique ! Mais ce niveau de génie-là, tu ne l’atteins qu’en passant par la connerie !

Par le mélange de passages cons et intelligents ?

Oui, c’est ça. Si tu es en train de dériver vers les idées les plus connes ou les situations les plus débiles de la terre, d’un coup tu peux aboutir à un truc qui est philosophiquement super dingue et alors là c’est la super force, tu décroches la timbale ! Parce que ça crée un contraste qui fait que tu domines tout. Ta page suivante elle domine tout. Parce qu’elle a accepté de passer dans le mauvais, tu arrives enfin sur un putain de plateau au soleil que tu n’aurais pas atteins si tu n’avais pas grimpé parmi les cailloux. Si tu avais voulu que tout soit clean de A à Z, tu aurais pris le risque de ne jamais aboutir à ce genre de choses, ce qui est dommage. Après, ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas enlever des choses, il se peut que dans le tas tu ais gardé des trucs que tu trouves chiants quand tu les relis. Ça, il faut le retirer. Pour moi c’est simple finalement : celui qui te lit doit prendre du plaisir au point de pouvoir se faire son propre film dans sa tête. Moi quand je lis un livre, mon problème ce n’est pas que les idées soient connes, ça je n’en ai rien à foutre, mon premier problème c’est de trouver des idées que j’aime et que j’ai jamais entendues. C’est rare que ça arrive, mais ça, ça me fait plaisir, aussi insensées et immorales qu’elles soient ces idées. S’il y a ça, déjà je dis : « Merci ».

Tu lis beaucoup de livres ?

Non, mais tu peux trouver des idées dans n’importe quoi. Parfois sur un coup d’humour les gens te sortent un truc super paradoxal et ça te fait marrer, c’est une détente, un plaisir, mais ton intellect y trouve aussi quelque chose à manger. Voilà, ça se joue souvent dans une combinaison un tout petit peu décalée et dans ce décalage tu captes un champ qu’on ne peut pas dire avec des mots. Entre deux conneries tu chopes un truc intelligent qui ne pouvait pas s’exprimer autrement. En faisant percuter deux trucs débiles ou un truc intelligent avec un truc débile ou le truc le plus sacré avec le plus gros pet, toc ça fait naître une étincelle à l’interstice de ces deux conneries. Dans la brèche formée par ces deux choses antagonistes, ton cerveau voit quelque chose qui n’est pas dans la phrase. Le choc du mot con et du mot intelligent a fait un trou dans la feuille et quelque chose s’est passé dans ta tête. Alors que si tout est intelligent et rationnel de A à Z, à la limite il ne reste que le texte.

Et là, il n’y a plus de flash.

Non, plus de flash. Et évidemment, à l’opposé de cette méthode, en philosophie, il y a des mecs hyper forts en raisonnement. Mais là c’est justifié, ce n’est pas le même domaine.

C’est marrant parce que à ce sujet j’ai appris que Kant se serait lancé dans la philo après s’être rendu compte qu’il n’avait aucun talent littéraire. Et comme il ne voulait pas se coltiner à la nullité de son style, il s’est voué à ce domaine qui tolère l’absence totale de style.

Il y a deux méthodes d’appréhension du monde : soit tu fonctionnes dans l’instantané par association d’idées, ce que font les religions, les gens en transe, l’art ; soit tu fonctionnes à petits pas par la réflexion pour voir comment les maillons sont enchaînés, ça c’est la philosophie, la science et c’est une autre manière d’appréhender le réel. Les deux méthodes sont utiles.

Il y aurait donc d’un côté un réel sensé à explorer comme l’explore le philosophe et l’homme de sciences et de l’autre un réel absurde et chaotique en perpétuelle construction comme le construit l’artiste ?

Oui, tu es face à une matière mouvante que tu n’arriveras jamais à appréhender totalement et dans ce cas il faut juste comprendre que c’est un chaos. Mais en même temps, ces deux visions peuvent se recouper. Les scientifiques et les philosophes les plus méthodiques qui soient ont aussi des bonds. J’en suis certain. Il y a des moments où ils sont rationnels mais il y en a d’autres où ils sautent carrément. Leurs raisonnements alternent entre des moments de raison et des sauts instinctifs à la lisière de l’art. Après ils doivent travailler là-dessus par zone.

Toi, tu cumules ces deux approches du réel ?

Moi je suis plutôt du côté du n’importe quoi, de la création d’un conflit miraculeux. Certaines musiques me viennent vraiment dans l’immédiat. Improviser des paroles dessus implique donc un truc tellement immédiat que tu parles plus vite que tu ne réfléchis. Sur le coup, tu n’as donc pas le temps de savoir ce que tu as dit. Tu réalises après que tu as commencé par un thème et fini sur un autre. Mais ça, ça arrive aussi en science. Un mec peut chercher à mettre au point un médoc pour faire bander et se rendre compte qu’il a crée de la dynamite (rires) ! C’est bien qu’il a fait un saut de ouf ! Donc tu vois, ce genre de choses nous arrive à tout instant. Mais l’art n’exploite plus cet aspect-là. Tout art qui introduit trop de rationalité et trop de discours préalable sur lui-même, pour moi non seulement c’est nul, mais en plus c’est dangereux parce qu’on se retrouve avec un truc complètement totalitaire qui ferme la seule case qu’on a peut-être encore le droit d’ouvrir dans nos têtes.

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Considères-tu ta bêtise faite « art » comme une soupape ?

Oui, une soupape, une manière d’explorer la réalité, d’avancer politiquement, socialement, dans tous les domaines. C’est une méthode instinctive. Je tâtonne. C’est comme si j’étais dans une situation de danger et qu’il fallait que je trouve une solution. D’un coup c’est comme si tu voyais des taillis du haut de ton mur et tu sautes dans les taillis et tu sautes dans l’eau sans savoir si tu sais nager ! Mais tu tentes et ça marche ! Ça marche. Tu as gagné. C’est une méthode où tu y vas, quoi. C’est un peu comme si tu allais crever. Moi je fais tout comme si j’allais mourir tout de suite. Je crois tout le temps que je vais crever. Donc je suis dans une urgence pas possible !

Tu cherches de nouvelles approches « artistiques » ?

Oui, c’est ça qui est excitant. Et une nouvelle approche, c’est forcément non académique et donc bête parce non réglementé. Donc tout est perçu comme chaos à partir de ce moment-là. C’est comme le mec qui me voit en spectacle : il croit que je fais n’importe quoi. Alors que c’est hyper répété (rires) ! Mais le mec voit du n’importe quoi parce qu’il ne perçoit pas la forme. Mais un mec qui connaît ce que je fais va capter que c’est devenu un académisme. Un académisme du chaos et de la bêtise. Moi, j’ai une méthode pour me lancer dans ce chaos et une fois que j’ai ouvert ce truc-là, je peux faire cinquante CD dans la journée.

C’est quoi ta méthode ?

En fait, je crois que tout ce qu’on qualifie de con correspond à la production du cerveau instinctif, auquel s’oppose le cerveau logique. Et en art, si tu emploies le cerveau logique c’est de la merde. Tout l’art conceptuel c’est de la merde. Non seulement, cet art est à éliminer mais ces artistes aussi. Il faut leur supprimer leurs subventions et les faire crever la dalle ! Je déteste tous ces gens. Moi, je suis comme le vaudou, j’ai une méthode de laisser aller qui me permet d’éviter la merde du cerveau logique, une méthode qui me permet de mettre en marche mon délire. A un moment donné, mon cerveau reptilien part et lui c’est une machine super cohérente qui te sort des fulgurances qui s’apparentent à des bêtises. En fait, c’est comme les mecs qui parlent en langues, les évangélistes quand ils baragouinent : « Oublablablabla ! » et qu’il y a un autre type à côté qui traduit le délire parce qu’en fait, le mec fait des associations d’idées totalement dingues qu’elles peuvent témoigner d’un problème personnel ou d’une tension dans la communauté. Il sent la situation, mais ce qu’il sent va plus vite que son cerveau, d’où les : « Oublablablabla ! ». Cela signifie qu’il est en connexion instinctive avec le réel qui est super complexe et chaotique. Ce cerveau reptilien c’est le meilleur qu’on ait. C’est notre cerveau de base.

Comment as-tu découvert ton cerveau reptilien et comment le sollicites-tu ?

J’ai tout simplement entendu une connerie là-dessus à la radio. Ça parlait de stress et du cerveau. D’ailleurs c’est con de dire d’arrêter de stresser à quelqu’un, parce que la machine qui te fait stresser coupe ton cerveau rationnel ! Donc tu ne peux pas faire autrement que stresser. C’est l’instinct. Ça veut dire qu’il y a danger, que ton corps réagit à une situation inattendue ! Alors ton cerveau instinctif coupe la raison et fout plein de sang dans tes intestins, tes muscles et moins dans ta tête parce que tu n’as pas de temps à perdre à réfléchir, il te faut de l’agressivité. Il faut que tu sois prêt à courir, taper, etc. Et pour moi, l’art ça doit être pareil : servir à tout sauf à réfléchir. J’ai donc mis au point une méthode pour entrer en connexion avec mon cerveau instinctif. Chez moi, je cleane la pièce, je prépare les micros, je mets assez de cassettes vidéo dans la pièce et je m’enregistre en train de laisser parler mon cerveau reptilien. Je ne bois jamais avant de faire ça, parce qu’il faut que je sois assez rationnel pour pouvoir appuyer sur le magnéto. D’habitude, comme je ne bois pas, si je descends une bouteille de Gin avant de faire ça, c’est un truc de malade : au quart de la bouteille je pars et je crois que je vais crever. Une fois on m’a retrouvé endormi comme ça. Donc je n’utilise pas systématiquement l’alcool, mais quand c’est le cas je vide un tiers de la bouteille dans l’évier. Après, quand je suis revenu de mon délire, je deviens spectateur de moi-même et je juge à froid ce que j’ai fait, je garde les parties que je trouve toujours bien et je jette la plupart des choses qui ne me parlent plus une fois hors de l’émotion de mon délire.

Des artistes t’ont-ils poussé dans cette voie « vaudou » ?

Non, parce que j’ai fait ça par hasard. La première fois, c’était en 1984, à l’occasion d’une chanson pop bruitiste sur laquelle j’avais décidé de ne pas mettre des paroles dures comme tout le monde faisait. Parce qu’à l’époque, tu avais soit du rock bruitiste couvert de cris et autres hurlements, soit de la pop à la McCartney avec de gentilles paroles et de gentils accords. Les mecs n’arrivaient pas à écrire des paroles sur le bruit. Moi non plus d’ailleurs… Tu connais le disque Pierre et le Loup, pour les enfants ?

Non, pas vraiment.

Eh bien dans ce disque chaque instrument évoque un animal, ce qui fait que chaque son t’évoque une image. Hé bien moi je fonctionne complètement comme ça. De manière très conne. D’ailleurs ma fille, qui a deux ans, est pareille : tu lui mets un morceau en accords mineurs, elle te dit direct : « C’est triste. » Elle interprète tout, bien pas bien, directement ! Moi je suis à resté à fond dans cette interprétation en bande dessinée du son. Et voilà, en 1984, j’avais fait un morceau avec des collages de sons et, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai parlé dessus. Et ce n’était pas du tout un texte trash, c’était l’histoire d’un mec qui lisait des bouquins dans une bibliothèque, un truc très con, et à chaque rupture de son, l’histoire changeait, car je l’avais improvisée par-dessus. J’ai trouvé ce morceau dingue, mais je n’arrivais pas à le refaire. J’ai d’ailleurs cru que je ne le referai jamais de ma vie. A cette époque, je continue donc à faire de la musique expérimentale, des trucs de rock, mais sans y penser. Et hop en 1986, un soir de fatigue où j’étais peut-être plus réceptif, le truc m’est revenu et j’ai fait 5-6 morceaux dans la foulée donc j’ai sorti un album. Ce n’est qu’après que je suis devenu une machine. Maintenant, tu me mets n’importe quel bruit et ça y est je te ponds un truc. C’est de la folie bureaucratique ! Je te fais ça au kilomètre tous les jours, à tel point que ça peut être tout aussi nul et académique que le reste. Enfin, pour moi ! Mais bon, on ne peut pas inventer deux trucs dans sa vie. Un c’est déjà pas mal. C’est pour ça que ça m’a attiré lorsque tu m’as parlé du thème de la connerie au téléphone l’autre jour. Je t’ai dit : « Ça tombe trop bien car j’ai justement remarqué que plus je jouais dans la zone de la connerie plus c’était intelligent, tout simplement. » Dès qu’il y a marqué « Interdit », il faut y aller. En art évidemment. Pas dans la rue. Parce que si tu fais ça dans la rue tu vas te prendre un camion dans la gueule.

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Considères-tu ton « art » comme moraliste ?

Non, parce que je sais que je suis super fort. Enfin, je m’excuse de le dire mais en même temps je m’en fous. Je le sais, mais je ne le dis pas, genre je ricane. Mais moi je sais que ce que je fais est tellement puissant qu’il n’y a personne au-dessus de moi en ce moment. C’est tout ce que je pense. Qu’on me trouve le mec au-dessus ! Que ce soit textes ou autres. Personne ne me battra en chanson. Je ne parle pas arrangements et mélodies mais brutalité tripale. Vas-y, sors le moi ce mec qui fait mieux que moi ! Déjà j’en vois plein qui m’imitent et qui n’y arrivent pas. Par rapport à certains trucs que j’ai faits, ce n’est même pas la peine, il n’y a personne de l’époque, en France, qui s’aligne. Ailleurs, c’est possible, je ne sais pas.

Qui sont les gens qui t’imitent ?

Aujourd’hui, il y a tout un pan de musique noise avec des paroles alors évidemment, pour eux, Costes et ses vieilles cassettes, c’est devenu une référence. Même aux États-Unis. Surtout là-bas parce que pour eux c’est presque normal de mélanger sens et chaos. Ce que je fais ce n’est pas juste des bruits à la con, genre l’Ircam. On peut faire du bruit et exprimer des sentiments joyeux, tristes, toute la palette des sentiments dans le chaos musical. Et des fois ça peut devenir harmonieux parce que c’est aussi une des composantes de l’art et je ne la rejette pas. Au milieu de ton bruit, tu as le droit de faire une chanson pop. Sauf qu’il y a des connards qui n’osent pas ! Parce que la chanson pop pour eux c’est de la connerie. Et puis d’un autre côté, tu as les mecs qui critiquent ton bruit et si tu leur fait une chanson simple et pop, ils se permettent encore de te cracher dessus sous prétexte que maintenant tu es excessivement ringard, alors va comprendre !

Ils trouvent ça louche que tu te jettes d’un coup dans la gueule du bon goût pop ?

Oui, c’est comme si maintenant j’étais dans un excès de sûreté. En fait, pour ces mecs, il faut être dans un milieu tendance qui autorise 0,0001% de caca dans les œuvres. Par exemple ça va donner une pièce de théâtre qui va te faire dire : « Oh ! On s’emmerde » et dans le même temps « Ohohohohoho ! », genre un truc t’a un peu choqué, mais limite t’en rigoles. C’est une question de dose, ce qu’ils appellent « la charge subversive », toutes ces conneries ! S’il y en a qui sont cons c’est les mecs qui se croient intelligents. Pour ceux-là c’est chaud.

Avoir recours au cerveau reptilien, c’est puiser dans ce que tout le monde renie ?

Oui, parce que personne n’emploie ce moteur-là. Comme tout le monde a peur de passer pour un con, tout le monde emploie un moteur rationnel avec quatre diplômes derrière comme on nous le conseille vivement. Moi, quand le mec de chez Fayard (l’éditeur qui en 2006 a sorti Grand-Père – nda) a pris un de mes CD, il a dit : « Ah ! Mais vous n’êtes pas signé sur un label. » Voilà, en France il te faut une preuve comme quoi tu es raccordé à une institution, c’est comme un diplôme, ça veut dire que ton délire est intelligent, que tu es en règle, que tu peux circuler. Par contre, si tu te lances tout seul dans ton chaos chez toi en braillant au fond d’une cave dans une banlieue sordide, ça coince. Là, tu vas avoir l’air con et on te dira que tu fais de la merde. Alors autant emballer des paquets de merde et leur lancer dessus.

Donc ta motivation c’est de donner une image de l’homme dans sa…

Non, ma motivation de base pour la musique c’est que je suis frustré et que j’ai envie de faire chier les gens pour me venger et me faire remarquer des filles ! Moi je n’ai pas envie d’améliorer quoi que ce soit. Mais il se trouve qu’avant, comme j’étais frustré et que j’avais beaucoup de temps à perdre à faire mes trucs de haine et de branleur, je suis tombé sur une mine à force de travailler : une mine de caca qui n’avait jamais été exploitée avant (rires) ! Une mine de connerie sans fond. Sans fin. Et super bonne à exploiter.

Les gens comprennent ce que tu fais ?

Je crois que n’importe qui pourrait comprendre !

Beaucoup ne voient que ton côté trash, non ?

Oui, mais plein de gens ne s’arrêtent pas à ça. Certains ne prennent que le côté subversif à deux balles, mais maintenant il y a aussi des gens plus jeunes qui trouvent carrément romantique ce que je fais. Des nanas de 18 ans trouvent que je fais juste de la beauté alors que lorsque j’ai commencé plein de filles pensaient que c’était un truc de mec bourré au service militaire qui monte sur la table pour montrer sa bite. Mais à cette époque, il y avait déjà des japonaises qui trouvaient ça romantique. Moi-même ça m’avait étonné. Parce que moi-même je ne savais pas que j’étais romantique, moi-même je me jugeais mal.

As-tu été plus vite connu et accepté à l’étranger qu’en France ?

Non, c’est juste qu’à l’époque j’ai trouvé plus vite des dates à New York et à Tokyo qu’en France. En France, je ne pouvais pas jouer à moins de louer moi-même la salle. Aux États-Unis, c’est différent, ils n’attendent pas que d’autres se mouillent, ils font les choses et c’est pour ça qu’ils créent la mode mondiale. En France, on attend de voir si on a le droit d’aimer, parce qu’on est colonisé. On regarde : « Ah ! Ce petit bruitisme-là a l’air branché en Angleterre et aux États-Unis ! » et hop tout le monde va aimer la même musique. Mais ce même petit bruitisme, quinze jours avant on n’avait pas le droit de l’écouter. Je ne sais pas si les États-Unis vont rester encore longtemps le leader culturel mondial, mais pour l’instant ils tiennent ce rôle car c’est un pays où ils cherchent dans la merde des gens pour faire quelque chose. Là-bas, des gens sont au sommet de la société et regardent les trucs underground les plus nuls et disent : « Toi, mets du pognon et lance tel truc dans le monde entier. » C’est comme ça que ça se passe. Hé ! Il n’y a pas de secret, il faut bien les faire sortir de quelque part les Michael Jackson et consorts. Et c’est des poubelles qu’ils sortent, de la pauvreté forcément, sinon on ne les prendrait pas. Aux États-Unis, si tu n’es pas connu et que ton style est inclassable, tu peux donc toujours faire une tournée. Au début, j’ai fait une date, puis deux et ainsi de suite. Et une fois que je suis revenu des États-Unis, ça y est, j’avais des dates en France. Parce que j’avais l’AURA USA. Il faut jouer à fond là-dessus. Ça permet d’alimenter le mythe. Enfin, le côté aventurier. Et ça le fait, quoi.

Comment te sens-tu en France avec ton art atypique et ton « aura USA » ?

Moi, je suis le mec le plus riche et le plus moderne en ce moment. Parce que je suis le mec qui arrive à se passer d’un maximum de choses sans tomber dans la misère. Je domine la situation avec un minimum de matière. Au lieu de nous parler d’économie d’énergie, on ferait mieux de nous parler de baisse de consommation pour qu’on s’éclate plus avec l’imaginaire. Aujourd’hui, on découvre encore des gens qui font plein de choses super dans les milieux musicaux indépendants. Avec de très petits moyens ils inventent une forme de société vraiment cool. Et c’est peut-être un modèle à suivre, qui sait ? Si j’avais eu beaucoup de moyens à ma disposition, je n’aurais pas compris et fais ce que je fais aujourd’hui. Les cons ce sont ceux qui croient qu’on va avoir des nouvelles solutions si on a plus de giga, plus de ci, plus de ça !

On va vers une grosse paralysie ?

Oui et on ne va pas s’arrêter. On va crever de cette confiance dans une fausse intelligence.

(SUITE.)

(OFF RECORD.)

24Havec-16

Merci à Bastien pour ces photos de Costes dans la Sarthe (l’endroit le moins cher de France où, pour 10 000 euros, il a acheté une vieille baraque où il vit chichement avec sa femme, sa fille, son garçon et où il s’isole 9 heures par jour dans son studio pour créer). Elles sont issues de son article 24H avec Jean-Louis COSTES actuellement lisible dans le numéro 2 de Gonzai magazine.

4 réponses
  1. Manu
    Manu dit :

    Merci de partager avec nous ce grand moment de pensée absolument unique mais pas issu de la pensée unique !

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