JEAN-LOUIS COSTES : L’ART BRUTAL (2)

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20 décembre 2006. 20h. Saint-Denis, banlieue nord de Paris. « Tu veux voir la cave ? ». Ça fait déjà près d’une heure que je discute (schön) connerie avec Costes et que sa voix s’emballe, juvénile, en débit mitraillette, suit des heurts, des rires quand le photographe qui devait m’accompagner, arrive enfin l’épaule chargée, albatros, essoufflé. (On dirait que lui aussi a galéré à trouver sa maison sise en bord de canal.) On en profite donc pour faire la pause photo et Costes de nous proposer une petite visite des sous-sols. Cette cave par laquelle on accède via une petite trappe et un escalier de bois, c’est là qu’il se libère, se soulage. Ici où traînent un synthé Casio, un magnéto 4 pistes et les vestiges lubriques de quelques bricoles en plastique qu’il lâche son cerveau reptilien pour faire ses morceaux.

« Je suis un peu comme un épicier. Si quelqu’un entre dans mon magasin, je suis content. Le tout, c’est d’échapper à la routine », déclarait-il aux Inrocks en 1995. En sa compagnie on s’offre donc un mutuel décollement de routine. Pause « c’est moi qui l’ai fait ! » finie, retour à la surface de sa grotte, loin du croque-mitaine es voodoo child qu’il devient quand il fait, on revient au rez-de-chaussé où il est juste Jean-Louis Costes, cet homme timide et sain d’esprit qui nous sert du thé dans une ambiance Herta, humain, trop humain, et pas COSTES, ce nom, comme un coup de poing qui a émasculé le prénom de celui qui le porte, comme (go)golem, une machine, une marque de fabrique. On retrouve le canap et reprend le dialogue à bâtons rompus qu’on avait entamé sur l’art, la bêtise, la merde, l’écriture…

 

« ce qu’on appelle l’intelligence, c’est le mal qui tue l’humanité »

 

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Jean-Louis, des gens te comparent à Antonin Artaud, qu’en penses-tu ?

Oui, il y a un truc, c’est clair, sauf qu’Artaud n’a rien fait. Moi j’ai fait, c’est ça ma différence avec Artaud. Artaud, on me l’a fait lire récemment mais je n’aime pas le mythe. Je ne suis pas d’accord, que ce soit lui ou un autre d’ailleurs. Quand tu regardes les prescriptions qu’il a données pour le théâtre, je les ai toutes faites. Un bouquin s’appelle Artaud pour les nuls, tu le connais ?

Non.

C’est une série, ils ont même fait Heidegger pour les nuls. Donc voilà, j’ai tout en BD avec des citations donc j’ai lu. Mais j’avais déjà lu Artaud avant évidemment ! Si tu n’avais pas lu Artaud dans les années 70 tu étais un débile. Donc j’ai lu ce qu’il fallait lire. En philo et tout, j’ai tout lu ! Heidegger, je ne peux pas te dire de quoi ça parle, mais j’ai tout lu.

Tu n’as pas compris ce que tu lisais  ?

Bah je m’en fous, je lis même quand je ne comprends pas. Il fallait lire ça, je lisais ça. Je suivais, quoi. Je voulais tout lire pour être bien dans le coup. Je lisais tout. Je connais tout. Mais maintenant j’ai arrêté.

Lire Artaud t’a-t-il aidé à te fixer une ligne de conduite  ?

Non, pas ce mec-là, il ne m’en reste rien. Et pourtant il en a sorti des bouquins, il a exploité son truc, il a dû en vendre sur Le théâtre moderne (Le Théâtre et son Double, essai sorti en 1938 et réédité en 64, 72 et 85 – nda). Je ne sais pas si ça a servi. Je ne sais pas où est passé son argent. Mais bien sûr que des gens m’ont marqué dans ce que je fais. Il y a les vieux Fassbinder, des petits films indépendants comme L’année des treize lunes. Jean Genet, Jean Rouch, plein de gens m’ont marqué et je continue à les respecter, sans trop savoir tout ce qu’ils ont fait.

Et cela t’a-t-il aidé à passer à l’acte  ?

Bah oui, parce que moi si je vois un truc artistique intense, ça me donne envie de travailler. Mais si je vois un faux truc artistique, ça me donne envie d’arrêter. Quand tu sors d’un concert avec la pêche, si tu es journaliste tu as envie d’écrire un article. Si tu sors de là sans avoir envie d’écrire, c’est que ça ne va pas.

Je reviens à ce que tu as dit sur Artaud  : « lui n’a rien fait, moi j’ai fait »

Artaud n’a pas fait parce qu’il n’avait pas les moyens, il était complètement barjot la plupart du temps, à l’hôpital. Seuls les cons croient que c’est bien d’être fou. Ce n’est pas bien, ce n’est pas vrai. Artaud ce n’est pas parce qu’il était fou qu’il était Artaud. Il était aussi malade, ce qui n’a rien à voir. Il faut être con pour prendre les fous pour des gens bien. C’est super grave la folie. Je connais des fous, ça fait rire cinq minutes parce qu’ils sont super incohérents, mais eux sont en train de se détruire, d’ailleurs ils sont enfermés. La différence c’est que moi je ne suis pas enfermé  : je louvoie. Enfin je vois bien que je peux me faire flinguer pour ce que je fais, mais ils ne m’ont pas encore flingué. Ils n’ont pas encore trouvé le prétexte. Contrairement aux fous. Van Gogh ou le suicidé de la société d’Artaud, c’est un texte énorme  ! Au niveau style, Artaud dit n’importe quoi et ça nous parait cohérent, mais il n’a pas réfléchi ça avec un réseau de concepts philosophiques. Il balance. Il balance, il balance. Et des fois c’est énorme. Mais maintenant, ses prescriptions sur le théâtre, je les aie toutes suivi et je ne crois pas que lui ait fait ne serait-ce qu’une seule pièce de théâtre où il les ait mises en œuvre.

Contrairement à lui, tu as assumé ta bêtise dans la chair plus que dans le verbe. Tu es donc plus iconoclaste que lui qui en est resté aux mots. Et s’il était passé à l’acte, peut-être n’aurait-il pas vraiment osé appliquer ses prescriptions et qu’il serait resté trop académique voire à côté de la plaque…

Il n’était pas académique, c’était un clochard  ! Alors maintenant c’est un peu facile et dégueulasse d’apprécier ces gens-là parce que les putes, genre les médecins qui crachent sur moi osent aimer Artaud et tout. Mais ce mec-là c’était un clochard. Qu’une ou deux personnes friquées l’aient aidé, ok, mais ça n’a pas été plus loin.  Il avait tout le milieu artistique contre lui. D’abord parce qu’il était fou, donc sûrement très chiant à vivre. Et je ne pense pas que son génie ait été reconnu, à part par 2-3 personnes. Mais il a eu des éclairs, des trucs super forts.

Mais qu’est-ce qui te fait dire avec certitude que tu as été plus loin que lui ?

Les moyens. Moi j’ai les moyens de tout faire sans mécène. Parce qu’il y a le RMI, le magnétoscope, l’ordinateur, Internet, la photocopieuse, on n’a plus besoin d’aller mendier chez un éditeur. Chez le roi. Aujourd’hui tu n’as absolument pas besoin de subventions pour l’art. Les mecs qui en ont c’est des putes, des ordures ! Maintenant, moi, avec peu de moyens je fais une tournée dans le monde entier. Je vais faire tous les pays développés, ça veut dire que des milliers de personnes m’attendent. Donc voilà, j’ai des moyens que n’avait pas Artaud. Lui, il était bloqué dans Paris.

Mais tu penses que tes performances ont plus d’impact que les bouquins d’Artaud ?

Bien sûr, j’ai plus d’impact sur mon époque que lui n’en a eu sur la sienne. A son époque, Paris était la capitale culturelle mondiale, donc on peut avoir l’impression qu’il a eu de l’impact, mais il n’a touché qu’une poignée d’intellectuels dans des villes où personne ne le connaissait. Heureusement pour lui, la classe sociale qui l’appréciait s’est agrandit et elle l’a donc porté avec elle. Moi c’est évident que j’ai plus d’impact sur mon époque parce que j’ai les moyens de le faire. Je n’attends pas à galérer pour jouer dans la pièce de théâtre de quelqu’un d’autre. Mais moi je suis hors milieu. Parce qu’aujourd’hui le milieu artistique qui se pose comme le successeur de l’art français des années 20-30, c’est des merdes, tous ces mecs qui traînent encore à Saint Germain des Près. Il faut aller chercher au fond des cités de Saint Denis pour trouver des mecs qui déchirent vraiment. Aujourd’hui, l’art ça ne se passe plus dans le 6e arrondissement parce qu’ils sont trop riches. Dans les années 20, il y avait des choses à y trouver parce que Paris était une ville de pauvres, une ville de dingues ! Je crois qu’on ne peut même plus imaginer la liberté et l’intensité qu’il y avait à cette époque…

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Revenons à la bêtise  : on dit que tes performances sont bêtes mais ne cherchent-elles pas plutôt à révéler la bêtise des spectateurs  ?

Non. Enfin oui, dans le tas il va y avoir un mec qui me dit : « C’est bien, tu critiques le capitalisme. » Les réactions que je suscite sont vraiment à double tranchant. Si je m’habille en nazi sur scène, un mec va me dire : « Putain, tu critiques le nazisme ! » Parce que tout a l’air ridicule dans ce que je fais. Moi aussi, j’ai l’air ridicule, que je m’habille en nazi ou pas ! Mais des gens vont aussi interpréter le truc à l’envers et dire : « Hé, tu fais l’apologie du nazisme ! » Et c’est pareil, si je m’habille en juif, certains vont me traiter de raciste, d’autres d’antiraciste. Tu vois, tu n’en sors plus. On peut dire que je me moque d’un nazi parce qu’il a l’air con, et c’est ce que je fais en général, mais en fait, à ce niveau-là, moi je ne fais ni d’apologie ni de critique. D’ailleurs je ne me suis jamais habillé en nazi sur scène, même si certains le disent. Jamais. Parce que je n’ai jamais été spécialement intéressé par Hitler. A la limite, c’est eux qui m’ont fait m’y intéresser. Parce que je me suis dit que ça devait être un super sujet pour qu’ils en parlent autant. 

A l’époque, tu t’intéressais plus au personnage du Christ ?

Non, ça aussi c’est récent. Parce que c’est un truc de vieux ça. Maintenant je m’y intéresse au catholicisme. A fond. Je trouve ça super intéressant.

Tu as reçu une éducation religieuse ?

Mon éducation m’a plutôt dressé contre le catholicisme, parce que je me faisais chier. C’était l’époque du Vatican II, les cérémonies étaient décevantes. Enfant, moi j’attendais des cérémonies religieuses qu’elles me CASSENT la tête avec 200 tonnes d’encens et ils n’en mettaient pas. J’attendais, je ne sais pas, des trucs super excessifs, des opéras ! A ma première communion, j’attendais quelque chose dans ma tête, je me disais : « Il y aura une grande messe. » Et en fait, ce ne fut pas terrible, pas intense. Maintenant, je m’intéresse à fond au catholicisme parce que s’il y a un truc qui te fait l’apologie de la merde et de la connerie et qui en fait un truc génial c’est bien le catholicisme ! Regarde le portail de la cathédrale de Strasbourg : tu as des mecs qui se chient dans la bouche de A à Z en se sodomisant à rang entier. Ça a dû coûter des milliards et mettre 100 ans pour être sculpté.

Pourtant, à ce que j’en sais et ce qu’on en voit, le catholicisme condamne la chair pour mieux célébrer l’esprit et l’idée de Paradis…

Ce n’est pas vrai ça. C’est de la propagande pure et dure. C’est faux, mon vieux. C’est faux. J’ai acheté le catéchisme pour voir. Et regarde dans Dante. L’enfer de Dante (La Divine Comédie, poème de Dante Alighieri qui aurait été composé entre 1307 et 1321 – nda). Moi, je pensais que l’orgie, le sexe, les abus sexuels, tout ça, c’était classé bien grave dans les péchés et bien pas du tout ! Il y a 250 niveaux d’enfer et le plus mauvais niveau c’est celui de la médisance, c’est de dire aux autres de s’améliorer. Ça, ils le condamnent gravement dans ce manuel pour jésuites. Et laisse tomber pour ce qui est des mœurs sexuelles dans l’Église. Qui est-ce qui les matraque pour ça ? Ce n’est pas l’Église. Elle n’a rien dit l’Église sur ça. Elle s’en fout en fait des histoires de cul. C’est la société laïque qui dit que les prêtres sont des ordures de s’être plus ou moins branlé pour je ne sais pas quoi. C’est eux qui font scandale avec ça, ce n’est pas le catholicisme. Dans ce manuel pour jésuites que j’ai acheté aux puces, j’ai appris qu’au 19e siècle ils organisaient des stages, huit jours de retraite spirituelle, pour rebooster les prêtres découragés et leur redonner la foi. Et il est dit que dans le couvent les mecs baisent entre eux. Il est dit que ce n’est pas un péché. Parce que ça, ça s’appelle la faiblesse de la chair, et que c’est normal. Si tu crois que tu vas lutter contre tes instincts sexuels, tu perds ton temps ! Par contre, ce qui est considéré comme un péché c’est de chercher à se remettre sans arrêt en situation d’abus sexuels. C’est-à-dire qu’imagine tu es un prêtre et tu es en présence d’une jolie nana que tu t’aies déjà faite : bon, ça c’est la faiblesse de la chair. Mais si tu crois que ça ne va jamais se reproduire, tu vas plonger encore pire. Si tu crois que tu es plus fort que ta bite tu es cuit. Parce que lorsqu’elle bande, ça te coupe le cerveau pour que tu ne penses à rien d’autre qu’à passer à l’action. C’est pour ça que c’est facile de juger les gens qui bandent. Mais évidemment que l’Église n’est pas contre la sexualité, parce que comme toute religion, elle est pour la reproduction. Donc ils sont à fond pour la sexualité. Ils sont juste contre la sodomie !

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Si je te suis bien, ça te fait donc plaisir quand on te décrit comme « le plus grand écrivain catholique de France » ?

Je ne sais pas. De toute façon, moi quand on me dit que je suis le plus grand de quelque chose, je suis content ! Mais c’est vrai que maintenant, artistiquement, je suis très porté sur le catholicisme. Mais je n’en suis pas OBSÉDÉ ! C’est-à-dire que c’est juste qu’actuellement il y a une telle défaillance, politique, philosophique et culturelle que tu t’aperçois qu’un truc artistique peut commencer à être tout. Regarde : pourquoi Dieudonné peut-il s’avancer sur des champs philosophiques ? Pourquoi il les tâte ? Parce qu’il n’y a personne ! En ce moment, quel est le visage charismatique – en télé, en philo ou en religion – qui te fout à genoux ? Il y a peut-être Benoît XVI, mais il est un peu réservé quand même. Donc non, il n’y a personne qui te met une BAFFE mentale ! Ou alors il faut le chercher dans l’art : un chanteur, un acteur, un réalisateur. Donc, voilà, le champ artistique peut avancer sur le religieux, politique et philosophique. Moi j’ai donc tendance à avancer comme ça en me disant que l’art pourrait être la forme de la transe religieuse !  Tu sais, un jour un prêtre m’a vu à l’émission d’Ardisson et il m’a branché, genre : « Vous vous intéressez au catholicisme ? » Je lui ai dit : « Oui, à ma façon. » Et voilà que je lui raconte une anecdote, comme quoi un jour, après un spectacle, je suis sorti bourré d’une fête où je m’étais fait chier et que par hasard, je suis tombé sur un lieu de pèlerinage, mais abandonné. C’était à côté d’un supermarché, au milieu il y avait une croix avec une vieille chapelle et une source magique où les gens venaient pour des miracles. Il y avait ça en plein échange routier. J’ai commencé à partir en extase là-dedans, je suis descendu dans la source, j’ai pissé dedans, parce qu’il faut offrir quelque chose à la source. En général les gens mettent un vêtement, d’ailleurs ils le font encore, il y avait des vêtements encore accrochés. Donc je lui raconte ça au prêtre. Et hop, quelques jours après, un curé me contacte pour parler de ça dans une émission catholique le jour du vendredi saint sur la chaîne de Bolloré.

Direct 8.

Mais comme c’était en direct, j’ai édulcoré le truc, je n’ai pas dit que j’avais pissé dans la source, parce que je me suis dit : « Je ne vais pas les matraquer, ils ne savent pas qui je suis. » Après la diffusion de l’émission, le curé m’a invité chez lui et m’a dit : « J’ai été vachement déçu que vous ne disiez pas que vous aviez pisser. Parce que vous ne comprenez pas que le catholicisme c’est plus d’aller chier devant une croix que de faire de fausses prières ou de faux discours. Être catholique, c’est être ému par un truc. Ce n’est qu’une histoire d’émotion artistique. » Il m’a sorti ça, puis m’a dit : « Vous savez, au Moyen Age on disait : tel qu’on pratique, on croit. » Les mecs, tu loupais un truc dans le rituel, ils t’écartelaient. Mais ce que tu pensais de la foi et tes histoires de cul, ça ils s’en foutaient ! Tu leur faisais de beaux rituels et de beaux cantiques et ça voulait dire que tu croyais et que tu avais la PATATE ! A l’époque, il n’y avait pas de théâtre, pas de cinéma, pas de radio. Les mecs habitaient dans des huttes en branchage (rires) ! Imagine, ils ne faisaient pas plus de cinq kilomètres dans leur vie. Alors quand une fois par an ils allaient à trente bornes pour voir un gratte-ciel en pierre, c’était le film, ils tombaient en transe ! Il y a eu ça et moi je le comprends très bien. Et le prêtre qui m’a dit ça ce n’est pas un petit prêtre, il est super bien placé dans l’Église catholique.

Comment s’appelle-t-il  ?

Je ne sais plus son nom. C’est le conseiller religieux de l’émission Merci mon Dieu (il s’agit en fait de Dieu Merci !, diffusé entre 2005 et 2012 – nda). Sur le plateau de Direct 8, il y avait aussi un spécialiste de la passion du Christ et il m’a dit que ce que je disais au niveau sensuel et instinct c’était plus justifié que ce que dit un mec qui sort les dogmes du catholicisme. C’était mieux vu de ressentir que de croire. A ce sujet, j’en ai d’ailleurs entendu une belle de Benoît XVI. Quand il était encore cardinal, il a dit que Dieu, tel qu’on le conçoit d’habitude, il n’y croit pas. Évidemment qu’on ne peut pas croire  en un Dieu qui est en trois personnes, qui est partout, nulle part, né d’une nana qui n’a pas baisé et qui fait des bouts de pain et des bouts de vin (rires) ! Benoit XVI n’est pas plus con que nous, il n’est pas plus illuminé. Il y a peut-être des fous mais lui n’est pas fou, donc philosophiquement il n’y croit pas. Ce n’est PAS rationnel. Cette histoires de dogmes, c’est du n’importe quoi. Au lieu de croire bêtement en ça, il faut rentrer dans ce n’importe quoi. Il faut se mettre dans une certaine attitude mentale et artistique, comme au cinéma où tu sais que tu n’es que devant un film sur grand écran mais tu fais semblant d’y croire, tu rentres dedans, car si tu tournes la tête il n’y plus de film. Des Des spectacles comme ça, c’est un équilibre et une accumulation de choses qui ne veulent rien dire, mais quand c’est bien fait, ça te transporte. Il n’y en a plus trop à notre époque, mais avant ça le faisait. Les mecs voyaient un ensemble artistique et ça leur faisait du bien, ils rentraient chez eux et ils avaient envie de bosser, de baiser. Le but c’est toujours de les faire prospérer.

Par une fiction bienfaisante.

Oui. Je connais un pasteur haïtien, deux de ses sœurs sont parties en transe, possédées par le démon. L’une des deux a dit : « Tout est impur chez moi, je déteste les papiers, la télé, tout ce qu’on est d’accord de faire en tant que bon gauchiste. » Alors elle a cassé chez elle tout ce qui renvoyait au capitalisme. Elle voulait brûler l’immeuble, brûler les dealers. Elle a commencé ! Elle a déchiqueté toute sa moquette, tout enlevé, repeint ses murs en blanc. Le pasteur est arrivé chez elle et l’a désenvoûté. Il a dit : « Déjà, si la religion n’améliore pas ton existence, c’est que c’est de la merde. Alors ce n’est pas la peine d’aller plus loin car la religion c’est fait pour prospérer et avoir la paix. » Du SUPER concret ! Tu peux dire ça à Ségolène Royal, à tout le monde : on s’en fout de ton discours. Juste regarde : est-ce que les poubelles sont ramassées ?

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Pour toi, la bêtise siège donc quelque part dans le déni que l’esprit fait du corps ?

Oui, pour moi, il n’y a pas de bêtise dans le corps, on n’est que ça : un intestin. La tête c’est greffé comme un kyste à côté. Le corps, ça marche sans tête. Il n’y a aucune bêtise là-dedans. Au contraire, c’est super intelligent. L’intestin, ça analyse tous les produits chimiques. A tout instant, tu marches dans la rue, tu ne tombes pas par terre. Si on commence à t’expliquer comment ça fonctionne, tu as le vertige. C’est dingue, les systèmes que tu as dans les oreilles et dans le ventre et qui analysent tout en fonction de ce qui se passe. Le cerveau qui est soi-disant intelligent ce n’est rien ça, ce n’est que de la merde. Pratiquement. Ça sert dans certains cas, très limités. Ça ne sert à rien pour la survie de l’espèce. C’est surévalué par les connards qui se posent en petits chefs de cette intelligence et surévaluent donc leur propre aptitude. La bêtise, c’est la certitude intellectuelle. C’est vraiment grave ça. De se croire le plus fort, le meilleur, imbattable. Ça, c’est dangereux. Mais le gros pet, il n’y a pas de connerie là-dedans. Je ne vois pas en quoi. Je ne peux pas dire que ça ne pue pas, ça pue, mais ce n’est pas MAL. C’est normal ! Ce n’est qu’une fonction vitale ! Ce pet, il fallait le faire sinon tu avais mal au bide. La connerie ç’aurait été de le garder. Donc tous les trésors culturels qui viennent de ton intestin sont bons. Parce que c’est ton intestin qui te dirige. C’est comme le fonctionnement du cœur ou de tes poumons, ça te supplante. Même les couilles. Le cerveau passe après les couilles.

Le corps est plus important que l’esprit ?

Non, je ne suis pas dans ce rapport de plus ou de moins, parce qu’un texte ce n’est qu’un appendice de l’intestin. Ce n’est pas plus, c’est un des circuits, qui est là, qui a un rôle, je ne sais pas trop lequel, mais il a un rôle. C’est juste que des gens ont complètement surévalué ce truc-là. Et eux, c’est des cons, ils vont nous foutre dans le mur. C’est les mêmes mecs qui nous inventent toutes ces conneries de soi-disant progrès technique. Chaque progrès technique est en fait une chute. Quand on était un singe à poil, tout fonctionnait bien, on n’avait pas besoin de tant de matos. Mais chaque jour on achète plus de merde. Des prothèses pour handicapés. C’est-à-dire que tout ce qu’ils appellent « fruits de l’intelligence humaine », c’est de la décadence intégrale. L’humain est malin : il n’arrive plus à manger avec les doigts ? Il trouve un petit bâton ; il y a trop de fourmis ? il invente le fusil. A chaque fois qu’il rencontre un problème, il a recours à la technologie, à une nouvelle prothèse, et ça signe sa décadence. L’homme, c’est le dernier des handicapés, il n’est même pas foutu de bouffer et de laver son slip tout seul ! C’est très grave son problème. Et il semble avoir vraiment besoin de ses prothèses parce qu’il serait prêt à tuer la moitié de la planète pour avoir des voitures où il puisse fourrer son bide. C’est triste ça.

Pour toi la bêtise n’est donc pas le contraire de l’intelligence ?

Non, ce qu’ils appellent la bêtise c’est le bien et ce qu’ils appellent l’intelligence c’est le mal, c’est le diable en personne qui est en train de détruire l’humanité, c’est tout ce que c’est. C’est ça qu’ils appellent l’intelligence. De toute façon le diable, c’est toujours celui qui parle le et raisonne le mieux.Moi, je connais plein de créoles et d’haïtiens branchés mystique et tu sais comment ils reconnaissent quelqu’un de possédé par le diable et qui fait le mal sur terre ? C’est une personne qui est en train de t’expliquer comment faire pour améliorer ta situation. Ça, c’est le signe typique du diable. Alors, combien il y en a, à la télé et tout ? Ségolène Royal, tous ces gens-là, c’est des gens manipulés par un démon. Mais c’est super chaud parce qu’ils ont l’air blanc ! Parce que évidemment, le diable ne s’habille pas en assassin, sinon ça ne passe pas. C’est le mec le plus intelligent et le plus confiant, qui explique aux autres comment s’améliorer. Or, pour les haïtiens, si tu veux faire mieux, commence par améliorer ton taf à toi, et ferme ta gueule. Le mec bien, c’est le mec, bon il a raté son truc, il refait, tout seul, dans son coin, en se disant : « Si moi je fais mieux c’est déjà ça et ça va peut-être faire boule de neige. » Parce que tu vois, l’antiraciste typiquement, c’est un gars qui répand le mal sur terre. Sérieusement. Parce que le mec est en train de dire aux autres : « Faut pas faire ci, faut pas faire ça ! » Et dans une société, celui qui dénonce les autres crée des scissions. Un jour, une vieille antillaise de 90 balais m’a dit : « Regarde un groupe de gens qui ont un projet commun. Tu verras ce phénomène. Il y a toujours un mec qui arrive avec une putain d’exigence, genre : « On a dérivé de notre but initial, on fait le billet à 6 euros au lieu de 5 ! » Si le mec commence à te mettre une pression de pureté dans le projet, il va le faire péter en deux car tout le monde va se battre. Dire aux autres qu’il faut être meilleur, c’est une source de conflit énorme.

(OFF RECORD.)

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Merci à Bastien pour ces photos de Costes, chez lui, dans la Sarthe, issues de son article 24H avec Jean-Louis COSTES actuellement lisible dans le numéro 2 de Gonzai magazine.

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