ADRIEN VIOT : « AV »

7 février 2012. 22h30. Pop In, bar rock du 11e arrondissement de Paris. Dans la salle format garage bas du front du lieu, au sous-sol. Une attente sexy. Curieuse. Ressentie. A mes côtés : des potes dont Pierre (Sonic Satellite) et Basile (Peter P). Pour rigoler, on se lance des « Ouais, ouais, ouais, ouais » potaches inspirés de l’addictif « Venus Bar » d’Adrien Viot. « Ouais, ouais, ouais, ouais » qui foutent un peu le zboub. On dirait qu’on conjure quelque chose (la sensation qu’il va se passer quelque chose ?). Qu’on joue avec des capotes. AV va apparaître.

AV ? Adrien Viot donc (compos, textes, chant), Vincent Béchet (guitare), Eugénie Goloschapov (basse) et Youenn Dekeister (machines). Un projet chanson new wave en français. Capiteux et catchy (au jeu des familles je vous laisse voir de quelle « rencontre » il retourne). En tous cas celle de ces jeunes gens (moyenne d’âge : 25) ce n’est pas rien. Ici tout est en place : l’audio, le vidéo, le discours. Jusqu’aux néons bleus/rouges (Habitat ?) qui luisent derrière eux comme une rixe techno-luminaire entre Luke et son père, l’imagerie de Kavinsky et… et de la France ?

Le concert sera court mais bon, à part le rappel (une reprise je crois), moins charismatique. On sera unanime là-dessus, déplorant le peu de morceaux mais frappé par l’écriture et le degré d’aboutissement du son. Pierre leur trouvera même un petit truc à la The xx, ce qui est loin d’être faux, précisant qu’ils devraient intéresser à mort un label comme Kitsuné. Sur le chemin du retour, admirant Bastille sous le dégradé de flocons et marchant sur du velours, je me dirai qu’il a de l’avenir cet AV, et que dès demain ce serait bien que je fasse un truc sur et avec lui.

What’s in ze barde ? Quel ADN dans ce newcomer ? Ouep, ouep, ouep, ouep, un truc avec lui, comme une collab, moi chez lui, lui chez moi. Deux seine-et-marnais. Un « entre-tiens » quoi. Pour savoir. On n’avait pas eu le temps de se voir après son concert. Le lendemain, d’un SMS, il s’en excusera, smart. Du tac au tac, je lui proposerai alors mon SAV : « Une ITW Parlhot, par mail, toi et moi, ça te dit ? Je t’envoie mes questions, petit à petit, t’y réponds, petit à petit, on chemine comme ça jusqu’au bout et advienne que pourra, ok ? » Aussitôt dit, c’était parti.

« le monde de la musique, il faut bien le dire, c’est la jungle »

Salut Adrien. Hier soir, au Pop In tu as donné ton deuxième concert. Qu’en as-tu pensé ?

J’ai du mal à avoir du recul sur mon concert, mais je crois qu’on s’est pas mal débrouillé pour un deuxième concert et j’étais content et étonné de voir autant d’inconnus dans la salle. C’est cool de jouer devant les copains mais ça va un temps… Là, la salle était comble et des potes n’ont pas pu rentrer et sont restés bloqués dans l’escalier étroit du Pop In. De voir les gens se bousculer pour te voir, c’est forcément flatteur.

Peux-tu me parler du clip de « Vénus Bar » que tu as dévoilé avant ce concert ?

C’est mon tout premier clip qui a été réalisé par une amie photographe, Eva E. Davier dont c’était également la première expérience dans le domaine. C’était plutôt excitant en termes d’adrénaline. On a commencé à bosser dessus en mai dernier, on l’a tourné en septembre en une journée à la Mécanique Ondulatoire (bar rock de Paris – nda), et il a été presque entièrement financé par les internautes via le site Ulule. J’en suis très fier car beaucoup de monde et d’amis s’y sont investis gracieusement, de la danseuse burlesque au régisseur en passant par la maquilleuse.

Pourquoi avoir choisi de clipper « Vénus Bar » ?

Je n’ai pas vraiment choisi. C’est Eva qui me l’a proposé, beaucoup d’images lui sont venues à l’écoute de « Vénus Bar ». Et comme j’aimais vraiment ses photos du coup j’ai dit : « Banco ! » Pour l’instant on n’a pas eu de vraies propositions de réalisateurs pour les autres morceaux mais si je pouvais avoir un clip pour chaque morceau je signerais tout de suite. L’inspiration me vient principalement du cinéma. J’ai commencé ce projet musical en découvrant Goblin, Carpenter, Glass et Badalamenti. La mise en scène du live et du reste est donc pour moi hyper importante…

Vous n’avez joué que six morceaux. Pourquoi si peu ?

Ouais, ce n’est pas beaucoup je sais… Nous en avons peu car créer un morceau prend du temps et je ne travaille sérieusement sur ce projet que depuis le printemps dernier. Et puis voilà, comme je suis loin de vivre de ma musique, chaque semaine je perds du temps dans un job alimentaire… Mais j’espère pouvoir faire des concerts d’au moins 45 minutes d’ici d’avril. Je commence à trouver mon son, ma voix et à savoir où je vais. J’avance de plus en plus vite.

Comment tes morceaux prennent-ils forme ?

Je compose chez moi avec un clavier maître. J’enregistre la ligne de voix sur une boite à rythme, et la ligne de basse. Après je structure le morceau avec un compositeur, souvent deux voire trois. Puis la production avec Alexandre Armengol (mon binôme en studio) est assez longue car on retouche une nouvelle fois à la structure du morceau. On réenregistre toutes les parties électro avec de vrais synthés (la plupart analogiques). L’enregistrement des basses et des guitares est aussi une étape assez compliquée car on souhaite pouvoir tester plusieurs musiciens avec des idées de sons et de notes différentes. Et enfin il y a la mise en place du live qui demande aussi beaucoup de travail car il faut réadapter toutes les parties électro.

Travailles-tu avec d’autres compositeurs en raison d’une maîtrise éventuellement limitée des instruments ? Sur scène j’ai vu que tu ne t’occupais du chant…

Je suis novice en live, je dois donc me concentrer sur moi-même mais ça devrait bientôt changer. Sinon musicalement je maîtrise les synthés, un peu la guitare, mais j’aime bosser en binôme car j’apprécie d’avoir un regard extérieur sur ce que je fais alors que tout seul je tends à me disperser. Les trois quart du temps j’apporte un texte, une ligne de chant et quelques rythmiques à Philippe et on retravaille tout ensemble. Avec Alexandre, c’est le contraire, il m’envoie un instru électro, je pose un texte et je retravaille la structure pour que ça devienne une chanson. C’est comme ça qu’on a fait « Autostrada ».

C’est marrant parce que par sa thématique et son refrain (« Drive away »), « Autostrada » semble se référer au film Drive. Je pense qu’il n’en est rien car ton morceau est antérieur. Mais peux-tu me dire à quoi il fait référence ?

En fait ce morceau est né lorsqu’Alexandre m’a fait écouter un vieille instru qui avait été refusé par son groupe, Puss In Boots. Le titre m’a beaucoup plu et j’ai imaginé un texte qui parle du film Crash de Cronenberg. Je l’ai envoyé à Mathieu Lescop, l’ex chanteur du groupe Asyl à qui j’ai écrit un texte (« Tokyo, la nuit ») pour son nouveau projet (Lescop, solo). Une semaine plus tard, il m’a envoyé un texte qui parle d’un accident de voiture. J’ai transformé ça en course poursuite pour que ce soit un peu plus cinématographique et je suis plutôt fier du résultat. Ce n’est donc pas à propos de Drive, que j’ai vu six mois après avoir achevé le texte d’ « Autostrada » et que j’ai adoré.

En fait dans ton projet AV, tu as un peu un rôle de directeur artistique à la Bashung, non ?

Un peu ouais, mais mise à part « Autostrada » j’écris mes textes seuls… C’est quelque chose que je ne me vois pas léguer à quelqu’un d’autre.

Sur scène, tu chantes caréné dans une pop new-wave atmosphérique et affutée jouée par trois musiciens. Peux-tu me les présenter et me dire comment tu les as rencontrés ?

Vincent (guitare) et Youenn (machine) sont des amis de beuverie en qui j’ai une totale confiance. Ils ont été les premiers à écouter mes morceaux et à me proposer d’y participer. J’ai de la chance de les avoir, ils s’investissent comme à fond si on était un vrai groupe. Quant à Eugénie (basse), on s’est rencontré par hasard dans un bar qui diffuse de la country à côté de chez nous (en Seine et Marne – nda).

C’est important d’avoir une fille, qui plus est mignonne, dans AV ?

Pour moi la basse est l’instrument le plus sexy et c’est celui qui prédomine dans mon projet alors quand la basse est jouée par une jolie fille qui, en plus, maitrise l’instrument, ça déboite. Eugénie est la moins expérimentée de nous quatre mais c’est la plus professionnelle et la plus disciplinée. Aussi sa présence tempère l’ambiance qu’il peut y avoir dans un groupe de mecs.

Toi, comment as-tu découvert la musique ? Quelle est ton « éducation » de la chose ?

Mes parents écoutent peu de musique, je n’ai donc pas eu d’éducation de leur part à ce niveau-là. J’ai passé toute mon enfance et mon adolescence en banlieue parisienne, à Pontault-Combault, où la culture hip-hop prédomine. J’écoutais donc les disques que mes grands frères se partageaient. Mes premiers chocs musicaux furent 2001 de Dr Dre, The Score des Fugees, Mauvais Œil de Lunatic, les albums de NTM et le premier disque de Doc Gynéco. Les seuls groupes de pop ou de rock que j’écoutais étaient Oasis et Blur. Fan de rock ou pas, c’était impossible de passer à côté… En arrivant au lycée, je me suis mis à écouter de la new-wave, grâce à un best of de The Cure que mon premier amour m’a offert. Après, je me suis passionné par tout ce qui était dans cette veine : Joy Division, Taxi Girl, Depeche Mode, etc. A la fin de mes études, en 2005, je suis parti pour la première fois de ma vie à l’étranger à Prague et j’ai rencontré par hasard le groupe Asyl qui était jouait dans une taverne. Le courant est passé et ils sont devenus mes premiers potes musiciens. Un peu plus tard à un de leurs concerts à Paris, j’ai rencontré Alice Botté (guitariste pour Jacno, Christophe, Bashung, Daniel Darc, Charlélie Couture, Elli Medeiros, Thiéfaine, Higelin – nda) qui est désormais un ami et un soutien (Adrien a interviewé Alice pour Gonzai – nda). Il a été le premier à me pousser à écrire, faire des chansons et grâce à lui j’ai découvert Alan Vega, Can, Christophe, Iggy Pop, Silver Apples, Robert Johnson, Ellie & Jacno, etc. Il m’a permis de gagner un temps précieux… Donc mon « éducation », je la lui dois en partie.

Un détail, peut-être, mais qu’as-tu fait comme études ? Supérieure je veux dire ?

Après mon Bac (L), j’ai passé un an à faire des petits boulots et j’ai tout fait pour rejoindre Paris. Je me suis inscris un peu par hasard dans une école de radio, une façon de tenter de m’approcher du le milieu de la musique. A la sortie de l’école, j’ai exercé un an comme animateur à Oui FM et je suis devenu remplaçant sur quelques radios FM. J’ai fait ça un an et j’ai décidé de partir quelques mois à Manchester où j’ai bossé comme caviste.

Pourquoi es-tu parti à Manchester ? Tu voulais marcher sur les traces de Ian Curtis ?!

Il reste peu de traces de Ian Curtis… A l’inverse de Liverpool, qui est un peu Beatles City, Manchester est une ville qui se réinvente sans arrêt. Non, si je suis parti là-bas, c’est parce que je connaissais déjà cette ville, j’y étais allé plusieurs fois, et qu’à l’époque j’avais besoin de m’isoler après une rupture… Je savais que j’y croiserai peu de français, comparé à Londres, et que malgré le décor, froid, l’ambiance chaleureuse de Manchester me ferait du bien.

Bosser à Oui FM t’a-t-il permis de faire des choses cool, des rencontres capitales ?

Ce fut une excellente expérience. J’ai pu interviewer des gens que j’adorais comme Daniel Darc, Beth Ditto, Peaches ou Mick Jones. Faire ça à la sortie de mes études, c’est sûr que c’était cool… Des rencontres capitales ? Pas vraiment. Mais si je dois retenir une personne, c’est probablement Dom Kiris qui m’a pris sous son aile à mon arrivée et m’a transmis une ligne de conduite à avoir avec les gens dans le monde de la musique ou de la radio où, il faut bien le dire, c’est la jungle.

Quelle est cette ligne éthique que Dom Kiris t’a donnée ?

Ce genre de choses ne se transmet qu’entre Bretons…

Dans tout ça quand et comment le projet AV émerge-t-il ?

Il a vraiment commencé il y a presque deux ans. Je venais de quitter Oui FM, c’était l’été, et un pote qui avait trop peur de se faire cambrioler et voler ses synthés me les a prêtés deux semaines. Après avoir apprivoisé les instruments la première semaine, je me suis installé chez mon pote Philippe Thibault, chanteur de Garçons d’Etages, et pour tester le Rogue Moog et le MS-20 on a fait une reprise des « Papillons Noirs » de Gainsbourg. Ensuite on a décidé de faire des compos… A la fin de la deuxième semaine on s’est retrouvé avec quatre morceaux originaux et une reprise. A mon retour de Manchester, il y a un an, j’ai retravaillé certaines de ces compos avec Alexandre Armengol qui est lui aussi accroc aux vieux synthés analogiques.

A part Gainsbourg, quels auteurs-compositeurs-interprètes français aimes-tu ?

C’est vrai que Gainsbourg semble un peu inévitable quand on chante en français, mais il y aussi Bashung avec lequel j’ai parfois du mal à garder mon objectivité. Je n’arrête pas de découvrir ou redécouvrir des titres ou des albums… J’aime aussi beaucoup Jean-Louis Murat. Le personnage me fascine autant que sa musique. Un pote m’a fait découvrir il y a quelques mois les albums Cheyenne Autumn et Le Manteau de pluie qui, en ce moment, tournent en boucle sur mon iPod. Et puis il y a Christophe, pour moi l’un des très rares chanteurs français à proposer quelque chose de différent à tous points de vue. Un ovni. J’aime également Miossec. Boire, 1964 ou Finistériens sont les disques que j’écoute quand j’ai un petit coup de déprime.

Quelle est ta « punchline » préférée de Bashung ?

« Je me tue à te dire / Qu’on ne va pas mourir » dans la chanson « Mes Bras ». C’est beau, hein ? J’aurais aimé trouver certains jeux de mots subtils d’un album comme L’Imprudence.

J’ai d’ailleurs cru comprendre que tu avais pris des cours d’écriture avec Jean Fauque, son co-parolier pour Osez Joséphine, Chatterton, Fantaisie Militaire et L’Imprudence. Comment as-tu l’idée de les suivre, comment se déroulent-ils et comment y accède-t-on ?

En fait au moment où je me suis inscris à la SACEM mon dossier a retenu l’attention d’un comité de soutien de jeunes artistes qui m’a proposé de me financer un atelier de création de deux jours avec Jean Fauque au Studio des Variétés. C’était une première pour moi mais également pour lui. Cinq auteurs dont moi y participaient. Et les cours consistaient à lui faire écouter nos chansons en cours de préparation pour avoir son avis et ses conseils. Je ne sais pas si ce type de formation va se refaire, il faut se renseigner auprès du Studio des Variétés.

Pour l’avoir rencontré par hasard il y a 3-4 ans à une soirée pince-fesses de l’émission CD’aujourd’hui, il me semble que Fauque est très bavard, jamais avare d’une anecdote. En le côtoyant un peu en as-tu appris de belles sur Bashung ou d’autres ?

Pour tout avouer, le midi on mangeait tous au restaurant avec lui et on était tous un peu éméchés en reprenant les cours après… Donc oui, il nous a raconté de nombreuses anecdotes mais au final je n’en ai pas retenu beaucoup. Je n’ai pas une très grande mémoire et j’ai tendance à déformer les histoires, je suis un peu « Jean Michel Raconte Mal ». Désolé.

Je sais que tu étais à la soirée hommage au « beau bizarre » de Christophe montée par le site Gonzai à la Maroquinerie le 11 février dernier, on s’y est vu. Qu’en as-tu pensé ?

J’ai trouvé le premier groupe (Phantom & The Ravendove – nda) pathétique, beaucoup trop fake, je me demandais ce qu’il foutait là. J’ai pas mal aimé Guillaume Fédou. Je ne le connaissais pas. J’ai également aimé Alister, notamment les chansons « FBI » et « Mauvaise Rencontre » issues de son dernier album réalisé avec Château Marmont. Quant à Christophe, ce n’est pas le meilleur concert que j’ai vu de lui, mais c’était tout de même un bon moment. Il est toujours céleste.

Et Daniel Darc alors ?

Je l’ai oublié car je l’écoute assez peu ces derniers temps et que je suis un peu passé à côté du dernier disque (La Taille de mon âme, plutôt bon – nda), mais évidemment c’est une influence.

Et dans les auteurs-compositeurs-interprètes français de la nouvelle génération ?

Je pense à La Femme : maladroit mais tellement frais. Quand je les ai découverts je me suis dit : « C’est cool, je ne suis pas tout seul ». Pareil pour Mustang, leur premier album ne m’avait pas laissé indifférent. Sinon l’été dernier j’ai découvert Marc Desse : une voix sublime, de belles chansons pop et une production en mode « bedroom studio » comme sur le Disque Sourd de Dominique A. Et j’aime aussi beaucoup Niki Demiller, Lady Chevrotine, Moziimo, Granville, Ricky Hollywood… En ce moment il y a pas mal de jeunes groupes en français très intéressants, c’est cool. Ah ! Et j’allais oublier : Orelsan. Aucune censure avec lui et ça fait du bien !

C’est vrai. Et là c’est tes racines rap qui parlent ! Toi qui pratique aussi un chanté-parlé à la lisière du rap et qui mélange chanson française, rock et approche hip hop du « mic », que penses-tu d’un gars comme Benjamin Biolay ?

C’est un mec talentueux, c’est certain. Il fait preuve d’imprudence sur certaines chansons mais je trouve parfois dommage qu’il ne le fasse pas sur tout un disque, qu’il ne soit plus concept, axé sur un thème plus précis, mais bon je pense qu’il a peur qu’on le taxe encore de se la jouer Gainsbourg. Mais j’ai beaucoup de respect pour lui, j’aimerais avoir un dixième de son talent.

Sur « Vénus Bar », il y a un gimmick vocal assez wesh wesh : « Ouais, ouais, ouais, ouais ». Sur son nouvel album à venir Barbara Carlotti a carrément un morceau intitulé comme ça. Wesh ! C’est une maladie ou quoi ?

C’est la deuxième fois qu’on m’en parle… Je connais très mal ce que fait Barbara Carlotti… Quant au « Ouais ouais ouais ouais », je ne saurais même plus te dire comment ça m’est venu mais les gens le retiennent. Certains trouvent ça cool, d’autres un peu easy.

Tes quelques morceaux parlent tous de sexe. J’ai pu me rendre compte qu’à l’instar du « Ouais, ouais, ouais, ouais » certains trouvaient ça cool, catchy, d’autres un peu ado. Perso, je ne saurai séparer ces deux aspects mais je repense par exemple à « Plan C » et son « Elle ne pense qu’à ma… ». ça m’a fait penser à Saez et à son morceau « Sexe ».

Argh ! J’aurai préféré que tu fasses référence à « Fais-moi jouir » de Patrick Coutin.

Patrick Coutin ? Pourquoi ?

Parce qu’il est peut-être l’une de mes influences, il a bercé mon enfance. Et à ce titre, même s’il est kitsch, je l’adore. J’aime bien le mettre en fin de soirée quand plus personne ne calcule rien… Mais bon, pour ce qui est du sexe, lorsqu’on écrit quelque chose d’un peu dirty c’est sûr qu’il faut être prudent, ne pas être trop lourd sur les éléments trop crus.

Tu sembles vexé que je t’aie parlé de Saez…

Non, tu m’as juste fait faire un bond vertigineux de 10 ans en arrière : un pote de lycée m’avait prêté un double disque (God Blesse – nda), j’avais 16-17 ans, ça me plaisait beaucoup à l’époque. Une fois la crise d’ado terminée, je suis très vite passé à d’autres choses. Mais en 2008 j’ai assisté à une interview de lui à Oui FM : l’animateur lui avait demandé pourquoi sur son album certains titres n’avaient aucune production musicale. Il avait répondu : « Parce que je me suis dit que les textes étaient tellement biens qu’il n’y avait pas besoin de production ». Ce jour-là je me suis dit que c’était vraiment un clown. Je le compare souvent à Francis Lalanne, je pense que ce sont des mecs talentueux et très cultivés, mais le problème c’est qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de jouer une caricature d’eux-mêmes et de se comporter comme des bouffons. A cause de ta question je crois que je viens de perdre toute possibilité d’avoir des adolescents torturés dans mes fans.

Niveau « guilty pleasure », tu préfères son rival, Raphaël ?

Je le trouve plus honnête mais je ne connais que son premier disque (Hôtel de l’univers – nda) que j’écoutais à la même époque. Mais suis-je vraiment obligé de choisir celui que je préfère ?

Je suis étonné que tu aies aimé le concert donné par Guillaume Fédou à la Maroquinerie. J’ai trouvé qu’il n’avait rien de cette force de dévoilement intérieur / extérieur, de cette tension fond / forme qui fait le sel des « vrais », qu’il était trop dans la posture, guindée, codifiée, famélique, dans le second degré qui masque un premier degré douteux, celui de l’ex nobody de Province sur-parisianiste à trop avoir envie d’en être, et qui copine pour paraître (sur scène, dans la presse branchée…), joue la comédie du jeune type moderne. Du coup je l’ai trouvé aussi « fake » et « pathétique » que Phantom & The Ravendove dont l’identité glam bancale et de mauvais goût était moins cynique. Que penses-tu de tout ça ?

Moi, banlieusard seine-et-marnais, je dois donc être atteint d’un début de « parisianisme »… Ce qui m’a plu c’est sa stature de « Delerm chic ». Après je n’ai toujours pas écouté l’album et je n’ai pas franchement prêté attention à ce qu’il raconte, j’ai juste vu un clip et ce concert. Mais les amis avec qui j’étais ont détesté.

Peux-tu m’en dire plus sur le groupe Puss in Boots que tu évoquais tout à l’heure à propos d’ « Autostrada ». Il paraît que c’est aussi une sorte de collectif très actif et influent…

C’est un groupe indie pop influencé par NIN, Goldfrapp ou PJ Harvey qui existe depuis 5-6 ans. Ils organisent aussi quelques soirées au Bus Palladium.

Tu as pas mal de connexions dans le milieu : cherches-tu une certaine crédibilité rock ?

Je ne crois pas, tout ça s’est fait simplement et la musique n’a pas été au centre de tout.

Dans une récente interview qu’il a donnée pour ses 20 ans de carrière Dominique A a dit : « L’extrême professionnalisme des jeunes artistes m’impressionne mais l’innocence a disparu. Ceux qui arrivent maîtrisent déjà tous les tenants et les aboutissants du métier. Moi, en 1992, je ne maîtrisais rien. » Qu’est-ce que cela t’inspire ?

Avec tout le respect que j’ai pour Dominique A : de quels artistes parle-t-il ? Je crois au contraire que les jeunes artistes sont beaucoup moins encadrés et font plus que jamais appel au système D. Personnellement, quand j’ai commencé AV, je ne savais pas du tout où j’allais… Mais c’est sûr qu’aujourd’hui les artistes sont obligés de maîtriser les outils de communication et de partage 2.0. Pour moi c’est peut-être la seule différence. Après, en 1992 je ne sais pas trop comment ça se passait, j’étais au CP et je n’avais même pas encore commencé la flûte.

Un EP autoproduit en préparation ?

Non, pour l’instant on a décidé de garder nos morceaux pour un label.

As-tu des touches avec des labels ? En as-tu démarché ? Certains te tournent-ils autour ? Des directeurs artistiques ou des journalistes défricheurs sont-ils venus te voir en live ?

Au premier concert à l’Alimentation Générale (bar rock de Paris – nda), que j’avais voulu discret, j’étais le premier étonné de voir des pros dans la salle. C’était, paraît-il, aussi le cas au Pop In. Depuis on a eu quelques rendez-vous, c’est flatteur bien sûr, mais d’un côté j’ai vraiment besoin de bosser sur les prochains titres dans le même état d’esprit que lorsque j’ai démarré le projet. Sans aucun calcul.

Vises-tu un label spécifique, dans lequel tu te sentirais à ta place ?

Je connais bien les labels français, mais pas du tout les gens qui y bossent. Je suis quand même assez novice dans le milieu de la musique. Or je pense que ça se fera surtout sur une rencontre avec un directeur artistique qui comprendra le projet.

Un concert à venir ? Des nouveaux morceaux à présenter ?

Oui, le 7 mars à L’international (bar rock de Paris – nda) et on y jouera « Une Fortune de mer » de Miossec, qu’on ne jouera probablement que ce soir-là. Après il n’y aura pas de concert avant le mois de mai, le 3 à La Blanchisserie à Boulogne-Billancourt avec Lescop et le 5 à La Peniche à Lille avec Juveniles. D’ici là je pense et j’espère avoir trois morceaux de plus.

(OFF RECORD.)

Crédits :

Portraits noir et blanc : Fabien Dumas

Photos live : Astrid Penny K

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