FEMME MEDECIN (NIGEL GODRICH)

2 octobre 2012. 19h55. Mail de Bester de Gonzai.com. Objet : « Nigel Godrich URGENT ». Le producteur de Radiohead a un nouveau projet : Ultraista, « trio anglais » qu’il forme avec Laura Bettinson (chant) et Joey Waronker (batterie). L’album sortira le 17 octobre chez Fortified/La Baleine. Il est précédé du single « Smalltalk », déjà disponible en ligne. Ils joueront demain au Silencio, le club désigné par Lynch et ils donneront des interviews. Bester devait s’y coller mais finalement il se décommande. « Or Godrich, ça vaut le coup ». Un peu oui ! Ultraista, je ne sais pas mais Godrich clairement. Ok pour moi ! Godrich quoi !

Son histoire est inséparable de celle de Radiohead. Leurs destins se croisent en 94 alors qu’ils enregistrent My Iron Lung EP, 8 titres qui annonce la transition entre Pablo Honey, premier album brûlant comme une première giclade, un peu Quasimodo, pas beau, honni et The Bends, ce virage, doux visage, pyramidal, qui, ne sonnant ni anglais ni américain, dessinera comme une troisième voie au-dessus de la mêlée. Nigel Godrich a 23 ans, soit, fait rare peut-être unique à l’époque, un peu moins que les gars qu’il s’apprête à produire. Diplômé d’une école d’ingé-son, il sort d’un studio où il servait thés et cafés à toute heure.

Depuis trois ans Nigel travaille aux studios RAK à Londres. Il y assiste John Leckie, un type qui a été ingé-son pour Pink Floyd, Mott The Hoople, John Lennon et George Harrison aux studios Abbey Road dans les années 70 puis qui a produit Magazine, Simple Minds, XTC, Stone Roses, Verve, Ride… et qui produira ensuite Cast, Kula Shaker, Spiritualized, Muse… Nigel est là car il s’est passionné pour le son en découvrant le Reggatta de Blanc de Police (à l’écoute de l’album, produit par un certain Nigel Gray, il se serait dit : « si ce Nigel peut le faire, je peux le faire aussi ». Et un peu par atavisme : son père était ingé-son à la BBC.

En attendant il aide donc Leckie sur cet EP de Radiohead. Et il est repris sur The Bends. Mais là ça se corse. Le groupe est paralysé. C’est l’effet « Creep », ce tube (malgré eux ?) qu’ils ont rebaptisé « Crap » et du fameux cap du « toujours difficile deuxième album », surtout quand le premier a marché. Bref, à un moment Leckie doit s’absenter deux jours. Entre lui et le groupe, l’entente sera telle, genre « le chat n’est pas là les souris dansent », « chante, danse et mets tes baskets », qu’ils en profiteront pour boucler quelques faces B, dont « Black Star », qui leur plait tant qu’elle finira sur le disque. C’est le début de l’idylle.

Godrich quitte RAK mais continue à voir Radiohead pour mettre quelques faces B en boîte (« Talk Show Host », « Lucky »…). The Bends explose sur la scène pop-rock mondiale. Parlophone propose des grosses pointures pour produire le prochain album. Ils refusent. Scott Litt, producteur de REM depuis l’album de leur percée mainstream, Document (87), offre ses services. Niet. Ils veulent Nigel. Ils prennent le chèque de la maison de disques (140 000 dollars) et l’appellent. Leur idée : s’autoproduire et prendre la tangente avec lui. Ils lui demandent de leur monter un studio mobile : « Dude, qu’est-ce qu’on doit acheter ? »

« Une grosse table de mixage, deux gros racks, un magnéto deux pouces », voilà le matos qu’ils ont ramené. Enjoy. Le must de l’époque. « Avec ça tu étais libre d’aller où tu veux ». Avec ça, il devient leur Bro Tools, leur so(u)rcier du son et suivant ses conseils ils quittent alors leur local de répétition, Canned Applause, un vieux dépôt de pommes de l’Oxfordshire situé à 10 km de la ville la plus proche, pour un lieu encore plus paumé où ils séjourneront plus de trois mois : il s’agit de St Catherine’s Court, le manoir de l’actrice Jane Seymour (Docteur Quinn, femme médecin), qui a déjà reçu Johnny Cash et Cure (Wild Moon Swings).

« Aller en studio, c’est un peu comme aller chez le médecin », dira Thom Yorke. Entendre : on sent les fantômes de tous musiciens qui s’y sont déjà pressés pour se faire accoucher. « Et se soustraire au monde est une excellente chose, continuera le leader de Radiohead. C’est le seul moyen de se concentrer quand on travaille comme nous. J’imagine que ce que je dis sonne un peu « Actors Studio ». Mais c’est d’ailleurs comme ça que Nigel a tendance à nous décrire et ce n’est pas faux : pour travailler comme nous, il faut pouvoir s’endormir et se réveiller avec le « rôle » en tête. Le reste doit devenir une zone lointaine et grisée. »

« Pour les groupes qui l’appellent à leur chevet, Nigel Godrich est tout à la fois le directeur de conscience et l’homme de confiance voire de bonne conscience. C’est celui qui accepte les confessions et facilite la victoire du surmoi sur un moi bande mou » explicitera, à la sortie du Regeneration de Divine Comedy (2001), Jean-Daniel Bauvallet des Inrockuptibles. Ça aussi ce n’est pas faux. A l’époque Neil Hannon devait se réinventer, « se débarrasser de ses tics cabotins et de ses réflexes grandiloquents ». Il l’avait donc appelé et Godrich avait enlevé les « tentures de velours » pour ne conserver « que les murs les plus droits ».

« Il est celui qui, dans un changement de direction, est appelé pour régler le licenciement des anciens fans les plus obtus, les moins ouverts aux désirs d’aventures » ajoutera JDB. Son travail avec McCartney en sera une nouvelle preuve. Il ne prendra pas de pincettes quand, recommandé par George Martin, le producteur des Beatles, il produira « Sir Paul ». Il lui demandera de renvoyer ses musiciens pour jouer lui-même de tous les instruments et aussi de jeter ses chansons trop fleur bleue. Chaos and Creation in the Backyard (2005) sera accueilli par la critique comme le meilleur album de McCartney depuis bien longtemps.

Un autre exemple ? Son intervention sur The Eraser (2006), l’album solo de Thom Yorke. Sans lui ces neuf titres n’auraient jamais pris forme. En deux ans Yorke avait stocké « l’équivalent de deux CD de musique » sur son laptop, « des bribes de basse, de boucles de guitare » parce que, dira-t-il, « je ne suis pas un songwriter. Hormis quelques anciens comme Scott Walker ou Stephen Malkmus, j’écoute plus des sons, des beats, des grooves… C’est pour ça que je suis parfois frustré à l’écoute de Radiohead : à mon corps défendant, nous faisons des chansons. Je voulais m’éloigner de ce genre de format pour The Eraser. »

Il y voyait « de la pure daube », voulait en faire un disque mais c’était « un peu du bluff »… Jusqu’à ce que Godrich y voit « quelques bonnes idées qui méritent d’être travaillées ». Alors « soudain, c’est devenu une réalité ». « Mais là tu tiens une chanson, lui affirmait-il, il faut absolument que tu chantes dessus ! ». « Il me donnait des ordres, se rappelle Thom. « C’est bon, on enregistre ta voix ! » Il l’a limité à 14 titres, à une ou deux prises de voix sans écho ni réverb, lui a donné des échéances et l’artiste s’est exécuté. « Ok, j’y vais ! ». Sans la discipline de faire de Godrich et « son obsession pour les chansons » pas d’Eraser

En 96, ce manoir est donc censé être le lieu rêvé pour que Radiohead largue les amarres. Mais rêvée, cette bâtisse ne le sera qu’un temps. Y sont-ils trop restés à défier les lois de la Création, invitant leurs propres fantômes ? « C’était comme si la maison m’oppressait, confiera Yorke. Au début, on l’intriguait et puis elle en a eu marre et elle a commencé à actionner ou arrêter les machines, rembobiner les cassettes. En plus on était au milieu de nulle part. Et quand on a fini de faire de la musique, on s’est aperçu qu’on entendait rien, même pas un oiseau. Rien. Un silence surnaturel. Je n’ai jamais pu trouver le sommeil. »

Une chose est sûre : quelque chose s’est passé entre ces murs. Ils ont été le lieu du crime, du scream, Der Schrei d’Ok Computer, la Bête et la Bible. S’y faisait un des albums de rock à guitares les plus aboutis de l’histoire sur lequel tout ou presque a déjà été dit. Qu’est-ce que ça aurait donné si l’endroit avait été truffé de caméras cachées ? Chambre d’enfants, salle de bal, hall d’entrée : le groupe utilise chaque pièce selon son acoustique, joue avec des instruments analogiques et tout ou presque est enregistré live par Nigel qui gère tout depuis la bibliothèque. Presque, parce qu’ils ont des ordis, le début d’Internet et Pro Tools.

Démultiplication des pistes, mutation des sons, découpages, collages : ce logiciel a changé la manière de faire du rock et le Corps du rock. Richard Ashcroft, le chanteur de The Verve se souvient de son impact sur leur troisième album : « Durant l’enregistrement, on faisait tourner deux Pro Tools en quête du son qu’on recherchait. C’était une période excitante. Les musiciens pouvaient tenter des choses jamais faites avant parce que la technologie ouvrait de nouveaux horizons. » Et comme « Urban Hymns fut l’un des premiers disques à utiliser Pro Tools on aurait aussi pu l’appeler Ok Computer« , me lancera-t-il, fier. Jaloux.

Même le Fantaisie Militaire d’Alain Bashung aurait pu s’appeler ainsi. « On l’a enregistré en 97, à une époque où on découvrait tout juste Pro Tools, me racontera Jean-Louis Piérot, co-producteur du disque, et dès le départ Alain voulait l’utiliser parce que son fantasme, c’était de faire travailler plusieurs arrangeurs sur les mêmes chansons, de prendre un peu de l’un, de l’autre et de mélanger le tout. » Il se lançait dans « des puzzles hallucinants ». « Seul Pro Tools permettait de faire ça, sur bandes on ne pouvait pas. » Voilà Ok Computer avait montré l’exemple, la voie. « D’ailleurs on l’écoutait au studio », me confirmera JLP.

Avec ce disque et Nigel Godrich en grand prismographe de leur volcan créatif, ils coiffent tout le monde au poteau au grand jeu du basculement numérique de la musique pop-rock. Ils ouvrent l’anthropomorphique structure guitare-basse-batterie à un autre monde où tout est possible, comme en témoigne le morphing des trois parties Bohemian Rhapsodyesque de « Paranoid Android » (en fait un collage de « plusieurs chansons inachevées ensembles dans le style d’Abbey Road«  dira Thom). Et plus encore les contrées Rock Bottomesque de Kid A(mnesiac). Un monde – leur monde – où plus rien ne sera ni rock ni électro mais autre.

J’ai toujours vu Ok Computer comme un délire cyborg, Schwarzyesque, Mr. Univers(el), et aussi T1000, fluide, parfait, androïde, androgyne. Je l’ai toujours associé à cette phrase de Moebius (Venise Céleste) : « Je crois qu’on peut faire voler n’importe quoi très haut ; même des tonnes de métal, si tu es relié à un principe… » Et à cette phrase de Rimbaud (La Lettre du voyant) : « Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant… » Aujourd’hui je m’aperçois que ces impressions « synesthésiques » sont intimement liées à la prod’ de Nigel Godrich.

« La beauté est dans l’œil de celui qui regarde » comme disait Wilde et en les faisant tous converger dans sa palette digitale et son recul de « sixième homme » (expression de Yorke à l’époque d’Ok Computer), il les a aidé à envisager leur musique comme de la couleur et leurs albums comme des toiles. Après le sursaut politique d’Hail to the Thief, In Rainbows (la fin de la tête radio, aliénée, le début de la tête radieuse, auréolée) et The King of Limbs (le corps arborescent qui ne fait plus qu’un dans le multiple, dansant, nanotechnologique, dans le suprasensible et l’infiniment petit) seront donc pure magie. Song(e)s d’une unité.

On entend souvent dire que Godrich est « le George Martin de Radiohead ». C’est vrai et pas seulement parce qu’il les a accompagnés dans de longues séances d’expérimentation, sessions qui révolutionnèrent la pop comme le firent les Beatles (à partir de 1967, arrêtant les concerts, ils s’enfermèrent presque à plein temps dans les studios d’Abbey Road pour couper des bandes, les monter à l’envers, etc. et accoucher de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, The Beatles, Yellow Submarine, Abbey Road, Let It Be : leurs chefs d’œuvres). Ça l’est aussi parce qu’il leur a permis d’arrêter de donner des concerts en chair et en os.

Radiohead a très tôt eu un rapport compliqué presque conflictuel à son public et à la scène. En tant que groupe rock alternatif pourvu d’un chanteur à voix et d’une capacité certaine à s’envoler vers un plus large succès, ils ont toujours évolué avec, au-dessus de leurs têtes, le reproche latent de réitérer l’erreur de U2 : accéder aux stades et prêcher les masses. Tout ça était vu comme un signe de compromission, de joujoufication, traitrise à la cause. Et patatra ! Malgré sa détresse, sa rage et sa sophistication Ok Computer est pris comme un gros « Creep ». Ce qu’il est : « the perfect body » & « the perfect soul » tant demandés.

Le DVD Meeting People is Easy le montre : ayant créé un monstre, un « mal-entendu », cette tournée est un Calvaire : ils pointent la déshumanisation de ce monde et deviennent un juke-box adoré par ce monde, se font dévorer vivants comme Grenouille (Le Parfum). Leur rock épique-leptique se retourne contre eux et leur file la gerbe. Construire un mur entre eux et le public ? Non, parce que ce serait con de se couper tout à fait des gens (crache ton venin / aime ton prochain), ils se remettront en cause, les emmèneront ailleurs et Godrich finira par trouver « le lieu et la formule » de leur nouvelle incarnation scénique.

En 2006, avec trois producteurs (Dilly Gent, James Chads et John Woollcombe), il lance l’émission From the Basement. Elle se passe aux studios Maida Vale à Londres. L’idée ? Filmer de grands groupes en train d’y jouer leurs morceaux mais sans public pour pouvoir les voir dans l’intimité de leur jeu et de leur alchimie. « A la racine », comme à la maison. Sous-entendu : il n’y a pas de rapport public/artiste qui n’altère la vérité de la prestation. Là ce n’est ni du live ni du studio, c’est autre chose, « This is Radiohead live in studio ». Et ça leur va comme un gant, eux dont la musique demande de plus en plus de faire le vide.

Car quels sont les meilleurs concerts que le groupe a récemment donnés ? Ce n’est pas ceux de Bercy où de je ne sais quelle grosse salle dans je ne sais quelle capitale. Non, c’est ceux qu’ils ont livré depuis leur bulle, en stud’, et qu’on a regardé depuis notre bulle, sur ordi : la prestation filmée dans leur studio d’Oxford à l’occasion du nouvel an 2007 (Scotch Mist), le Live From The Basement pour la sortie d’In Rainbows (2008) et celui marquant la sortie de The King of Limbs (2011). Voilà les meilleurs concerts qu’ils ont récemment « donnés ». Certains y voient un groupe muré dans son confort bourgeois. Moi un groupe sur la Lune.

Là, ils peuvent plus que jamais jouer leurs morceaux du moment, ceux qui les habitent et pas une sorte de best of pour que chacun en ait pour son argent (ce qui est plus ou moins inévitable à environ 50 € la place). Là, il n’y a pas le fan resté scotché sur Ok Computer qui te donne des envies de meurtre à reprendre le refrain de « Karma Police » & co. à tue-tête. Là, c’est free mais c’est pas la fête à Neu-Neu. (« Phew, for a minute there, I lost myself, I lost MYSE-E-ELF ! » : tu l’as dit bouffi !). Là, ils sont dedans, t’es dedans, dans la bulle, l’aventure intérieure, l’opération subduction. T’immerges tout ton soul in love. Frissons.

Là, l’hallu : c’est encore plus fin et puissant que sur le disque, il n’y a plus de frontières, de coutures, tout feel. Là, il y a enfin des caméras partout et tu vois tes Beatles à l’œuvre t’ouvrir comme une « Lotus Flower ». Oui, tes Beatles, ceux d’après le Big Bang de la pop, ceux du Big Crunch de tout ça et qui le traversent et qui se réinventent toujours sans faute 26 ans après leurs débuts (On A Friday) et 20 ans après leur premier album, rock, entriste. Aujourd’hui leur musique n’est plus ni indie-ologique ni mainstream, elle est juste belle, magnifiée, magnifique. Je l’écoute en boucle pendant que je (video)tape cet article…

Voilà c’est ce mec que j’ai envie de rencontrer, ce mec qui a tellement infiltré le processus de création de Radiohead et qui est tellement devenu le buddy de création de Thom Yorke qu’on a parfois le sentiment qu’ils forment un groupe dans le groupe. D’ailleurs en 2005 quand le groupe a déclaré qu’entre Nigel et eux c’était devenu « un peu trop confortable » car ils se connaissaient « par cœur » (Colin, bassiste) et qu’ils ont alors été voir ailleurs (Mark Stent), c’était un choix de groupe. Thom voulait encore de Nigel. Et Nigel reviendra et tous deux formeront Atoms for Peace pour jouer The Eraser et les débuts d’In Rainbows.

C’est ce mec que je veux rencontrer, ce Nigel Godrich qui a tellement permis à Radiohead d’être cette chose qu’on appelle Radiohead, qu’il en a mythifié Thom Yorke. Car comme l’écrit si bien Paul Valéry dans Tel Quel II un chef d’œuvre est une « merveilleuse machine à faire mesurer toute la distance et la hauteur (…) entre un Moi artificiellement porté à la plus haute puissance et un Moi au zéro, entre ce qu’il faut pour faire un ouvrage, et ce qui, dans un coup d’œil, un contact, est donné. » Du coup, par contamination, « celui qui vient de terminer une œuvre tend à se changer en celui capable de faire cette œuvre. Il réagit à la vue de son œuvre par la production en lui de l’auteur. – Et cet auteur est une fiction. »

Art et travail « ont pour objet de falsifier la spontanéité et la série. Car la série des coups de l’esprit s’écarte toujours beaucoup de la série espérée de coups favorables. On essaie de constituer une heureuse série en multipliant les épreuves. Art et travail s’emploient à constituer un langage que nul homme ne pourrait ni improviser ni soutenir, et l’apparence de couler librement d’une source est donnée à un discours plus riche, plus réglé, plus relié et composé que la nature immédiate n’en peut offrir à personne. C’est à un tel discours que se donne le nom d’inspiré. (…) On appelait Muse cet auteur qui est dans l’auteur. »

Ashcroft a connu cette drogue. A cette époque il était lui aussi le produit d’un rock-buster. Lui aussi au cœur de cette centrifugeuse super hérotique. Tellement qu’aux BRIT Awards de 98 Urban Hymnsa tout raflé (meilleur album, groupe et producteur) devant Radiohead (pas assez BRIT sans doute). Mais en solo, il perdra de sa superbe et devra attendre que Chris Martin défende son deuxième album solo (Human Conditions) et le prenne en 2005 sur la scène du Live Aid avec Coldplay le temps d’une reprise de « Bitter Sweet Symphony » pour que les médias se réintéressent à lui et qu’il se sente (argh) « à nouveau lui-même ».

En 2008, Thom Yorke dira tout de cette drogue et de son péché Musesque à un journaliste de Mojo. Comme quoi, oui « Le lieu d’où l’on écrit n’est pas celui de la personne ringarde et sans relief qu’on est au quotidien » que « c’est celui qui reste quand tout s’effondre » et que « vu comment on est tous foutus, personne n’a jamais vraiment réussi à faire que ce lieu d’où l’on écrit prenne le pas sur tout le reste et éclate au grand jour » mais que « c’est dans la nature humaine de vouloir disparaître dans quelque chose qui nous dépasse et de tendre donc à croire que tu es quelqu’un de fantastique. » Ce qu’on appelle un génie.

Yorke : « J’ai joué avec le feu et j’assume complètement, tout ça – je parle de l’époque Ok Computer – c’était n’importe quoi. En plein morceau, il m’arrivait souvent de me dire que je ne pensais pas un mot de tout ça. J’étais HS. (…) Mais quand tu écris ces chansons tu essaies toujours de conjurer le fait que tu n’es qu’un petit merdier ambulant, et c’est peut-être ce qui fait que ces chansons sont bonnes. Tu croques toujours dans une pomme. Et c’est peut-être aussi pour ça que c’est parfois si dur de continuer. Car tu sors un disque, tu te réveilles, tu recommences à composer quelque chose et tout s’effondre à nouveau. »

Mais en 98, Thom savoure quand même son trip, sa traversée du miroir, il fait le job, ponctue ses fins de morceaux d’un petit « cool ». Il est le new King of Rock, le super héro antéchristo-occidental et il sait qu’il le doit aussi à Nigel. Ce 18 avril 98 alors qu’ils sont au Radio City Music Hall de New York pour clore le tour et qu’ils s’apprêtent à jouer « Lurgee » (« une chanson sur le fait de se sentir mieux ») en guise de dernier rappel, Thom convoque donc Nigel : « Qu’est-ce qu’il fait ? Nigel, Nigel, Nigel, Nigel ? Ok, vient ici. On voudrait remercier cet ami du fond du cœur. C’est avec lui qu’on a fait ce disque, Ok Computer… »

A 21 ans, il pestait d’en être réduit à faire le groom dans le premier studio qui l’avait pris. Il était au « bas de l’échelle », ayant juste l’impression de faire un job comme un autre, mais il s’y accrochait parce qu’il savait, dit-il, qu’il devait en passer par là, qu’un jour, peut-être, il serait « la bonne personne au bon endroit » et qu’il pourrait vraiment faire ce qu’il aime. « We’re accident waiting to happen » & true l’œuvre waits. Cinq ans plus tard, Godrich et sa petite houppette vivent là une scène d’hystérie telle qu’aucun producteur n’en a sans doute jamais connu par une foule qui ne sait pas ce qu’elle applaudit. Hystérie.

C’est une scène assez étrange. Primo parce que c’est comme si le poète moderne avouait tout d’un coup que « cette œuvre qu’on dit admirable, qui excite les âmes autour de [lui] » (Valéry toujours), ce n’est pas lui, son âme, mais une lente fabrication et que deuxio voici le responsable numéro un de cette supercherie (j’ai agrandi les gosses !). Et donc Godrich se pointe, tout timide, gêné (l’impression que Thom nous présente son dealer), il reçoit son hommage pour eux savent quoi, Thom le hug et on dirait vraiment qu’il disparait dans ses bras comme le petit oiseau sous l’aisselle de l’ogre bêta dans la fameuse pub Kiss Cool.

Voilà, Nigel c’est l’airbag qui a sauvé Thom, lui permettant d’exploser son Moi galactique et de libérer ce monde dans l’homme qui définit le poète pour Hugo. Et c’est ce type dont ils n’arrivent plus à se défaire (on ne largue pas comme ça celle qui vous a mis au monde) que je désire rencontrer. C’est à lui que je souhaite causer. Pour qu’il me raconte un peu son rôle dans tout ça, cette odyssée, ce processus alchimique. Parce qu’il y a des choses que Godrich only knows, je gamberge, je fais des plans sur Nigel. « Une femme derrière chaque grand homme » dit le proverbe (Aristote) : je veux parler à celle de Radiohead.

(SUITE + INTERVIEW.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

41 réponses
  1. Julie
    Julie dit :

    Vraiment superbe. Je suis entièrement d’accord sur la qualité des concerts de Radiohead sans public.
    Magnifique écriture, bravo !

  2. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    Salut Julie. Merci beaucoup pour ton commentaire surtout que j’avais pas fini l’article quand tu l’as lu. En fait à ce moment-là je pensais pas qu’il était visible sur mon site, et j’étais encore en train de travailler dessus, de faire les « derniers réglages ». Là c’est enfin fait et c’est un drôle de soulagement mêlé de satisfaction et d’éreintement donc oui merci beaucoup de m’avoir dit le bien que tu en penses 😉 Mais au fait, comment es-tu tombée dessus ?

  3. Julie
    Julie dit :

    Bonjour,
    Parlhot.com fait partie de mes sites favoris et j’y vais régulièrement. Grande fan de Radiohead, j’ai tout de suite été intriguée par ton article sur Nigel Godrich !
    Vivement l’interview !
    Très belle continuation à toi.

  4. vincent
    vincent dit :

    ouais faudrait voir à arrêter la fumette. pour en dire un peu ton article je le trouve bien chiant car effectivement c’est écrit à la manière d’une mignone qui écrit en écoutant son groupe préféré.

    j’ai envie de dire oui radiohead s’est comme toi mon groupe préféré et godrich un putain d’arrangeur. mais ce sont surtout ces 6 là de très bon marketeux. Alors oui on peut en faire et en tartiner sur radiohead pour au final nous dire quoi , que t’aimerais bien reprendre du carpaccio de saumon et que t’as des chaussures bleues.

    Du pognon c’est ca qu’ils veulent tes gars et faut pas le perdre de vue. tout leur processus créa est lié au marketing (vente dématérialisée sur internet pour au fianl gangné plus de pognon que sur une sortie normale). ba oui parce que avant de faire de la zik ba ils faisaient des études de marketing et donc que ca en dit long sur ce qu’ils sont des mecs qui prennent sans doute depuis deux albums leurs fans pour des cons. (ca n’enlève rien au fait que j’aime bien leur deux derniers)

    bref désolé mais les articles à s’en faire chialer le bas du ventre sur radiohead j’en peu plus.

  5. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    T’es inspiré mon gars sauf que bon par endroits ça se tient pas du tout ce que tu dis, je veux dire tu crois vraiment que des mecs intéressés surtout par le fric feraient ce genre de musique ? Bon c’est tellement évident que la question mérite pas d’être posée et que toi-même tu le sais donc le problème est ailleurs, c’est juste que toi aussi en fait t’as plus rien à fumer, un blocage dans ta mécanique des fluides, ou que tu voudrais parler de tes belles chaussures bleues ou que t’aimes pas les gars qui parlent de leurs émotions comme ça premier degré sur de la musique parce que genre c’est super impudique (sinon je vois pas !)

  6. Olaf
    Olaf dit :

    Dire qu’ils prennent leurs fans pour des cons sur les deux albums puis rajouter que ces albums on les aime bien, ça fait pas très sérieux quand on veut critiquer le système et les gens qui veulent de l’argent, rien que de l’argent…

    Cet article n’est pas cynique, il est écrit avec passion. Tant mieux. Le cynisme, c’est plus possible…

  7. vincent
    vincent dit :

    non je dis juste qu’il faut remettre les pendules à l’heure sur ce qu’ils sont vraiment, c’est à dire pas seulement un groupe qui a fait et fera peut être de la putain de musique, c’est aussi une machine à fric énorme. si ils étaient vraiment ce qu’ils se disent être, et bien ils feraient des concerts gratos, ne vendraient pas de goodies hors de prix etc…
    Si par essence tu publies un article sur internet en parlant de ce que tu ressens (et c’est très bien), c’est que tu souhaites à minima échanger et donc subir une critique, sinon pareil je vois pas.

    écrire pour écrire, c’est comme l’art pour l’art ca dépasse pas l’urinoir et c’est pas moi qui le dit c’est Duchamp.

    enfin c’était juste pour inciter certaines critiques à se raviser un peu.

    +++

  8. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    Mais attends Vincent, personne n’a à se raviser, de la même manière que personne ne t’a interdit de dire ce que tu dis.
    Et heureusement !
    Je n’écris pas pour dire « voilà ce que je pense et fermez vos gueules maintenant bande de motherfuckers ».
    Ne me fais pas dire ça pour le simple principe de te ménager une porte de sortie critique quand tu n’en as plus aucune ahahah !
    Je comprends pas ta critique : les mecs devraient faire de la belle musique pour des millions de personnes et carburer au smic ?
    Non mais tu planes ?
    Je pense qu’ils le méritent un minimum cet argent.
    Ils donnent de leur personne et tout et s’il y a des gens pour avoir envie d’acheter des goodies, etc. c’est comme ça, personne ne les force à faire cet acte d’achat et c’est pas vraiment ça qui enlaidit l’affaire ni le monde dans lequel on vit hein.

  9. FRANCE Charlyne
    FRANCE Charlyne dit :

    Ton article est intéressant et plein d’enthousiasme. Bravo Sylvain.
    Des concerts gratos ? Pourquoi, il y a des gens qui travaillent gratos ici? Il faut bien gagner sa croûte et ce n’est pas en vendant de CD qu’ils vont la gagner. Je ne trouve pas que le prix des places soient si cher en comparant avec d’autres spectacles vivants.
    Leur musique n’est pas du tout commerciale et cela représente un énorme risque financier qu’ils assument totalement et pour cela bravo Radiohead, Nigel et merci encore Sylvain.

  10. vincent
    vincent dit :

    je cherche pas une porte de sortie mec !
    je pense juste que la démarche. « ouech les gars on fait des albums et vous nous donner ce que vous voulez comme tunes » c’est du marketing bien huilé. quand dans des interviews et dans leurs textes on les entend cracher après le grand capital…oui ca me fait rire….
    quand tu me dis on ne force pas les gens à acheter des goodies…ba j’ai envie de te dire qu’à se moment là les vendeurs d’armes c’est pas leur fautes c’est ces cons qui les achètent, les narko trafiquant c’est pas leur faute, c’est à ces cons de drogués qui achètent la came etc….

    tu savais q’une partie de ce qu’ils vendent est fabriqué dans des pays ou on exploitent les gens ?
    l’exemple vient d’en haut tu crois pas ?
    Que ces mecs gagnent très bien leur vie ne me gêne pas, mais qu’ils critiquent et crachent sur un système qui les fait vivre oui ca me dérange un peu, voir beaucoup car ca s’appelle de la démagogie et oui je soupçonne ca chez eux.

    c’est le double discours et toute l’ambiguité de leur démarche, car ils ont voulu depuis le début politiser leur démarche en toile de fond.

    alors non radiohead n’est pas la cause de tous les maux de notre société. mais quand on fait la morale on se l’applique d’abord à soit surtout quand on a une résonance comme la leur. ce n’est que mon avis et je ne suis pas du genre parano, il ya des faits c’est tout.

  11. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    C’est impossible de discuter de manière constructive avec toi je crois car tu es trop manichéen.
    A t’écouter c’est soir on est un saint soit on est un enculé or c’est pas comme ça que vont les choses de ce monde.
    Être en vie c’est être mouillé, avoir les mains dans le cambouis et faire de sont mieux tout en sachant qu’on sera jamais tout blanc.
    L’important c’est de faire avancer les choses dans le bon sens et d’essayer d’être quelqu’un de bien.
    Et moi j’aime que ce groupe mène sa barque dans ce merdier en ménageant la chèvre et le choux, c’est humain.
    Ils ont jamais dit qu’ils étaient messianiques et au-dessus de tout ça bien au contraire.
    Les délires de puristes on sait où ça mène !
    Tu vois ?
    Mais bon voilà maintenant tu vas juste penser que je suis un fan hardcore d’un groupe sectaire et tu vas continuer à taper ton speech…
    C’est ton droit après tout.

  12. vincent
    vincent dit :

    ah c’est fout…de ne pas pouvoir juste dire ba ouais entre leur discours et leurs actions et ce qu’ils font réellement il y a un monde.
    je ne demande pas à ce que tout le monde soit blanc ou noir et choisisse un quand.
    juste d’être un peu raisonné. je ne pense absolument que radiohead est un groupe sectaire seulement un peu opportunistes point de vue capitalisme et un peu démago….ce qui n’enlève rien à leur musique mais beaucoup à leur message..

    je te laisse à tes considérations… après tout la masturbation n’est pas interdite.

    Bonne soirée

  13. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    Oui, si elle l’était apparemment tu saurais pas trop quoi faire de tes dix doigts 😉
    Tu trouves qu’ils sont opportunistes et qu’il y a « un monde » entre leurs actes et leurs paroles, je ne trouve pas que ce soit tellement le cas mais bon soit.
    Chacun sa façon de voir le schmilblick.
    Quand on s’expose et qu’on tente des choses c’est comme ça, on est souvent la cible des… irascibles ?
    Ok restons petit bras et ne faisons pas bouger les lignes !
    A bientôt pour une prochaine branlette si ça te dit, ici c’est permis ahaha

  14. CVH
    CVH dit :

    Merci Sylvain pour ce beau papier (virtuel) sur Nigel, une vision juste de sont travail et de sont implication dans cette grande aventure qu’est l’histoire de la création musicale. Un vrai et rare bonheur de lecture sur le sujet.
    Il (le papier) m’a fait remonté des souvenirs anglais : la rencontre de « Spike » (Mark Stent) dans les couloirs d’Olympic Studio de Londres et de notre écoute de démos en tête à tête dans son (feu) Purple Studio…
    Et, bien sûr, le concert mythique de Vaison La Romaine dans le théâtre antique en mai 2001 avec Nigel qui rejoint le band pendant le final pour jouer du tambourin et un couché de soleil rouge feu juste derrière la scène…

  15. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    Hé, merci Christophe, ça me fait un grand plaisir de savoir que tu as pris le temps de lire ça et que tu le prennes aussi pour m’écrire ce petit mot !
    Belle anecdote que celle avec Mark Stent (qu’avez-vous écouté comme démos ?)
    Et sache que je vais continuer à publier des choses sur « cette grande aventure qu’est l’histoire de la création musicale » puisque, comme tu le sais, tu es un des prochains sur la liste des publications Parlhot et que lentement mais sûrement celle-ci avance 😉

  16. CVH
    CVH dit :

    C’était pour le dernier album de Christophe (le moins jeune), je voulais qu’il le mixe. Mais son planning était « over boocker », donc il nous a présenté son bras droit, à savoir : Paul « P Dub » Walton. Mais on a bossé dans son studio…

  17. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    D’accord. Moi ils me font sourire ces anglais avec leurs blazes de give-me-five-I’m-a-nigger-I’m-a-jazzman : Mark « Spike Stent », Paul « P Dub » Walton… !

  18. CVH
    CVH dit :

    Ahahaha…….
    C’est Mark « Spike » Stent, car quand il était assistant ingé fin des 80’s (minot) le gars de The Mission (un groupe de l’époque) n’arrivait pas à se souvenir de son nom et que le jeune Mark ayant des « spikes » en guise de cheveux il lui était plus simple de l’appeler ainsi.
    Après, la culture du « nique-name » (ahahah) est vraiment anglo-saxonne et remonte bien avant l’arrivée des esclaves dans leur nouveau monde…

  19. JM
    JM dit :

    Nigel Godrich, le « George Martin de Radiohead »?!? Tout à fait. Thom Yorke est la réincarnation de John Lennon et Paul McCartney réunis. Cet article complaisant confirme non seulement que les étudiants en lettres modernes (non?) devraient être interdits de clavier mais aussi qu’être fan de Radiohead c’est mourir un peu, à petit feu, confit dans une admiration touchant à l’idôlatrie pure et simple (dès que l’on critique, on est « manichéen »).
    Pour ma part, j’en voudrai toujours à Godrich d’avoir fait perdre son temps (et un album) à Neil Hannon (Regeneration, pas indispensable). Et surtout, SURTOUT d’avoir permis à ce groupe d’incapables involontairement (tragi-)comiques d’accéder à une reconnaissance totalement imméritée. Car les Beatles sans George Martin, ça peut donner le Ram de Macca, All things must pass de George. Radiohead sans Godrich est une impossibilité : Radiohead EST Godrich. Soit pas grand-chose.

  20. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    C’est intéressant ton argumentaire JM : tu commences par dire, si je comprends bien, que Godrich n’arrive pas à la cheville de George Martin, ce qui est sans doute vrai quoi qu’étant de deux époques différentes ils font presque des métiers différents tellement les outils ont changé, etc, bref et tu finis par dire que « Radiohead EST Godrich ». Alors toi c’est pas manichéen que t’es, mais pleinement paradoxal ! C’est beau. Bon dérision à part sache que cet article que tu viens de lire, en bonne tartine de type consciencieux (mais qui n’a pas fait Lettres Modernes, du tout), hé bien il aura sa part II. Pas un démenti mais… tu verras (enfin si tu veux bien voir ça hein).
    A+ ?

  21. JM
    JM dit :

    Je ne vois pas en quoi c’est paradoxal : c’est au contraire d’une totale logique! Je m’explique.
    Godrich n’arrive pas à la cheville de George Martin? C’est sans doute le cas mais ce n’est pas tout à fait ce que je voulais dire (tu as raison : époque différente, rôles différents).
    Je voulais dire surtout que Radiohead n’arrive pas à la cheville des Beatles! Et que Godrich n’est pas comme George Martin (quasi, parce que les arrangements du quatuor à cordes de Yesterday, ce genre de choses…) uniquement l’assistant « technique » du groupe, celui qui leur permet de concrétiser leurs idées (en gros), mais une véritable béquille créative. C’est en cela que je dis « Radiohead EST Godrich ». Sans Godrich, Radiohead = peau de balle! Car je ne crois pas que Radiohead, le groupe, ait beaucoup d’idées à mettre en pratique! Ou alors, de très mauvaises…
    Et oui, cela m’intéresse toujours de « voir » et de lire ce que les personnes ayant un avis diamétralement opposé au mien sur ce groupe ont à dire! Curiosité intellectuelle d’un ancien étudiant en Lettres Modernes (ce n’est pas une blague)!…

  22. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    Je trouvais ton point de vue paradoxal dans le sens où tu disais que d’un côté Godrich n’était pas George Martin, c’est-à-dire un cador, et de l’autre que tu lui attribuais tout le mérite de ce qu’est Radiohead, genre sans lui ils ne seraient rien. Et en gros c’est quand même ce que tu dis donc sans élever le gars au niveau de George Martin tu dis que c’est un « bon » et que le groupe est « mauvais ». Et bien je crois que c’est plus nuancé que ça, voire plutôt l’inverse finalement. Comme je l’avance dans la seconde partie de mon article que je viens de publier « Godrich, fée du joli », à mon humble avis c’est Radiohead est une réunion de cinq types qui « explosent le cadre » et Godrich est « juste » là pour « recadrer les choses ». Mais je crois que tu tends naturellement à penser l’inverse car tu ne portes pas vraiment Radiohead dans ton coeur, je me trompe ? 😉

  23. JM
    JM dit :

    Non, tu ne te trompes pas, mais alors pas du tout! Au contraire 🙂 Comment as-tu deviné? « Groupe d’incapables involontairement (tragi-)comiques », peut-être 😉
    Si « Radiohead est une réunion de cinq types qui explosent le cadre », ce doit être celui contenant tout le ridicule du monde!
    Mais ce n’est « que » mon avis.
    Je vais de ce pas lire la seconde partie de ton article…

  24. JM
    JM dit :

    Je compatis, sincèrement! Je trouve (en toute humilité) tes réactions très saines face à un détracteur aussi acharné de Tu-Sais-Quoi 🙂 A ce sujet, c’est assez amusant que tu cites dans la suite de cet article un membre de la « communauté » radiohead.fr, au sein de laquelle je me suis fait beaucoup d’amis à l’occasion de la sortie d’In rainbows et de The king of limbs 😉

  25. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    C’est sûr qu’avec toue la finesse d’esprit et de jugement que tu possèdes tu ne peux que te faire des amis sur un site comme radiohead.fr où je ne sais du coup pas ce que tu comptais faire à part foutre le bordel ou e faire du bien en te faisant du mal.

  26. isatagada
    isatagada dit :

    Hum, je lis les commentaires à présent et … nan, rien.
    Je ne veux retenir qu’une seule chose : le passage de CVH chez toi. Et là je me demande : c’est de lui que te viens AV ? Ou c’est un hasard ? Ou alors un truc du genre « it’s a small world after all » (version française : les grands esprits se rencontrent).

  27. Sylvain Fesson
    Sylvain Fesson dit :

    En fait c’est un peu l’inverse : CVH produit le CD de AV (j’essaie de faire le max de cap là !) et, sachant cela, j’ai demandé à Adrien d’interCD en ma faveur auprès de Christophe, rapport au fait que je voulais l’interviewer. Donc voilà c’est en rencontrant-sympathisant avec AV que j’ai rencontré-sympathisé avec CVH. CQFD !

  28. JM
    JM dit :

    « Me faire du bien en me faisant du mal », c’est assez ça 🙂 Je suis le premier à reconnaître que mon rapport à Radiohead tient un peu de l’obsession… « Foutre le bordel », c’est amusant aussi! Mais j’avoue bien volontiers que c’est très facile (ils sont tellement obtus!) 😉
    (« Finesse d’esprit et de jugement » : là, clairement, tu te moques de moi mais je ne t’en veux pas!)

  29. JM
    JM dit :

    « Jamais jamais de la vie » me paraît bien résumer la situation 🙂 Dès Pablo honey (atroce Creep et plus encore ignoble Pop is dead : le titre, déjà… pfff…)! Ok computer rime avec « à la rigueur » mais aussi avec « en changeant de chanteur » et « en changeant de producteur » (pratique, ça!). Je veux dire que certaines compositions tiennent à peu près la route. Mais je suis dans un bon jour 🙂

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  1. ULTRAISTA, ELECTRO-POP ENIVRANTE | SEE YOU LATER ALLIGATOR dit :

    […] de Sylvain FESSON sur parlhot.com : – Nigel Godrich Ultraísta – Fée du joli (Nigel Godrich) – Femme médecin (Nigel Godrich) – ▴ Ultraísta, la récré électro-pop de Nigel Godrich – lemonde.com ▴ Nigel Godrich […]

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